SCÈNE VII. — MERCURE, SOSIE
MEUCURE.
Arrête ! Quoi ! tu viens ici mettre ton nez, Impudent fleureur^de cuisine!
Ail 1 de grâce, tout doux !
MERCURE
Ah! vous y retournez* Je vous ajusterai Téchine.
SOSIE
Hélas! brave et généreux moi, Modère-toi, je t'en supplie; Sosie, épargne un peu Sosie, Et ne te plais point tant à frapper dessus toi,
MERCURE
Qui de t'appeler de ce nom
A pu te donner la licence?
Ne t'en ai-je pas fait une expresse défense, Sous peine d'essuyer mille coups de bâton?
SOSIE
C'est un nom que tous deux nous pouvons à la fois
Posséder sous un même maître.
Pour Sosie en tous lieux on sait me reconnoître;
Je souffre bien que tu le sois,
Souffre aussi que je le puisse être.
Laissons aux deux Amphitryons
Faire éclater des jalousies;
Et, parmi leurs contentions, Faisons en bonne paix vivre les deux Sosies.
* Molière est peut-être le seul écrivain qui ait donné à ce verbe l'acception qu'il a ici, celle de tenir table. (Auger.) ' On a dit depuis flaireuu
*18 AMPHITRYON
MERCURE
Non, c'est assez d'un seul, et je suis obstiné A ne point souffrir de partage.
SOSIE
Du pas devant sur moi tu prendras Tavantage; Je serai le cadet, et tu seras l'aîné.
Non! un frère inconmmode, et n'est pas de mon goût, Et je veux être fils unique.
SOSIE
0 cœur barbare et tyrannique!
Souffre qu'au moins je sois ton ombre.
MERCURE
Point du tout,
SOSIE
Que d'un peu de pitié ton âme s'humanise; En cette qualité souffre-moi prés de toi : Je te serai partout une ombre si soumise, Que tu seras content de moi.
MERCURE
Point de quartier; immuable est la loi. Si d'entrer là dedans tu prends encor l'audace, Mille coups en seront le fruit. *
SOSIE
Las ! à quelle étrange disgrâce, Pauvre Sosie, es-tu réduit!
MERCURE
Quoi î ta bouche se licencie A te donner encore un nom que je défends !
Non, ce n'est pas mor que j'entends Et je parle d'un vieux Sosie Qui fut jadis de mes parents, Qu'avec très-grande barbarie, A l'heure du dîner, l'on chassa de céans.
Prends garde de tomber dans cette frénésie, Si tu veux demeurer au nombre des vivants.
SOSIE, à part.
Que je te rosserois si j'avois du courage, Double fils de putain, de trop d'orgueil enflé!
MERCURE
Que dis-tu?