‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 369 sur 489 · SCÈNE VII. — MERCURE, SOSIE · texte numérisé non relu

SCÈNE VII. — MERCURE, SOSIE

MEUCURE.

Arrête ! Quoi ! tu viens ici mettre ton nez, Impudent fleureur^de cuisine!

Ail 1 de grâce, tout doux !

MERCURE

Ah! vous y retournez* Je vous ajusterai Téchine.

SOSIE

Hélas! brave et généreux moi, Modère-toi, je t'en supplie; Sosie, épargne un peu Sosie, Et ne te plais point tant à frapper dessus toi,

MERCURE

Qui de t'appeler de ce nom

A pu te donner la licence?

Ne t'en ai-je pas fait une expresse défense, Sous peine d'essuyer mille coups de bâton?

SOSIE

C'est un nom que tous deux nous pouvons à la fois

Posséder sous un même maître.

Pour Sosie en tous lieux on sait me reconnoître;

Je souffre bien que tu le sois,

Souffre aussi que je le puisse être.

Laissons aux deux Amphitryons

Faire éclater des jalousies;

Et, parmi leurs contentions, Faisons en bonne paix vivre les deux Sosies.

* Molière est peut-être le seul écrivain qui ait donné à ce verbe l'acception qu'il a ici, celle de tenir table. (Auger.) ' On a dit depuis flaireuu

*18 AMPHITRYON

MERCURE

Non, c'est assez d'un seul, et je suis obstiné A ne point souffrir de partage.

SOSIE

Du pas devant sur moi tu prendras Tavantage; Je serai le cadet, et tu seras l'aîné.

Non! un frère inconmmode, et n'est pas de mon goût, Et je veux être fils unique.

SOSIE

0 cœur barbare et tyrannique!

Souffre qu'au moins je sois ton ombre.

MERCURE

Point du tout,

SOSIE

Que d'un peu de pitié ton âme s'humanise; En cette qualité souffre-moi prés de toi : Je te serai partout une ombre si soumise, Que tu seras content de moi.

MERCURE

Point de quartier; immuable est la loi. Si d'entrer là dedans tu prends encor l'audace, Mille coups en seront le fruit. *

SOSIE

Las ! à quelle étrange disgrâce, Pauvre Sosie, es-tu réduit!

MERCURE

Quoi î ta bouche se licencie A te donner encore un nom que je défends !

Non, ce n'est pas mor que j'entends Et je parle d'un vieux Sosie Qui fut jadis de mes parents, Qu'avec très-grande barbarie, A l'heure du dîner, l'on chassa de céans.

Prends garde de tomber dans cette frénésie, Si tu veux demeurer au nombre des vivants.

SOSIE, à part.

Que je te rosserois si j'avois du courage, Double fils de putain, de trop d'orgueil enflé!

MERCURE

Que dis-tu?

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