‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 37 sur 489 · SCÈNE Vn. — LA PRINCESSE, seule · texte numérisé non relu

SCÈNE Vn. — LA PRINCESSE, seule

De quelle émotion inconnue sens-je mon cœur atteint? Et quelle inquiétude secrète est venue troubler tout d'un coup la tranquillité de mon âme? Ne seroit-ce point aussi ce qu'on vient de me dire? et, sans en rien savoir, n'aimerois-je point ce jeune prince? Ah! si cela étoit^

' La phrase qui précède donne le sens de ce proverI>c. * C'est-à-dire, convenons du fait.

QUATIUÈME lîSTERMÈDE. 37

je serois personne à me désespérer ! mais il est impossible que cela soil, et je vois bi( n que je no puis pas l'aimer. Quoi! je serois capable de celte lâcheté! J'ai vu toute la terre à mes pieds avec la plus grande insensibilité du monde; les respects, les hommages et les soumissions, nont jimais pu toucher mon âme, et la fierté et le dédain en auroient triomphé ! J'ai méprisé tous ceux qui m'ont aimée, et j'aimerois le seul qui me méprise! Non, non, je sais bien que je ne l'aime pas. 11 n'y a pas de raison à cela. Mais, si ce n'est pas de l'amour que ce que je sens maintenant, qu'est-ce donc que ce peut être? et d'où vient ce poison qui me court par toutes les veines, et ne me laisse point en repos avec moi-même? Sors de mon cœur, qui que tu sois, ennemi qui te caches. Attaque-moi visiblement, et deviens à mes yeux la plus affreuse bêle de tous nos bois, afin que mon dard et mes flèches me puissjBnt défaire de toi.

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