SCÈNE I. - GEORGE DANDIN, seul
Ah! qu'une femme demoiselle * est une étrange affaire ! et que mon mariage est une leçon bien parlante à tous les paysans qui veulent s'élever au-dessus de leur condition, et s'allier, comme j'ai fait, à la maison d'un gentilhomme ! La noblesse,, de soi, est bonne, c'est une chose considérable, assurément ; mais elle est accompagnée de tant de mauvaises circonstances, qu'il est très-bon de ne s'y point frotter. Je suis devenu là-dessus savant à mes dépens, et connois le style ^ des nobles, lorsqu'ils nous font, nous autres, entrer dans leur famille. L":alliance qu'ils font est petite avec nos personnes : c'est notre bien seul qu'ils épousent; et j'aurois bien mieux fait, tout riche que je
* La comédie de George Dandin fit partie des divertissements dont se com-
[losa la fête magnifique donnée à Versailles par Louis XIV, le 18 juillet 1668, après a conquête de la Franche-Comté et la paix d'Aix-la-Chapelle.
* Autrefois, une damoiselle ou demoiselle était une fille ou femme née de parents nobles; ainsi l'on pouvait dire une femme demoiselle.
* Style est employé ici figurémerit pour procédé, manière d'agir. (Auger.)