‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 380 sur 489 · MADAME DE SOTE^TILLE · texte numérisé non relu

MADAME DE SOTE^TILLE

Il y a fort à dire, et les choses ne sont pas égales. Apprenez, s'il vous plait, que ce n'est pas à vous à vous servir de ce mot-là avec une personne de ma condition ; que, tout notre gendre que vous soyez, il y a grande différence de vous à nous, et que vous devez vous connoître.

MONSIEUR DE SOTENVILLE.

C'en est assez, m'amour : laissons cela.

MADAME DE SOTENVILLE.

Mon Dieu! monsieur de Sotenville, vous avez des Indulgences qui n'appartiennent qu'à vous, et vous ne savez pas vous faire rendre par les gens ce qui vous est dû.

C^leu ! pardonnez-moi : on ne peut point me faire de leçons làdessus; et j'ai su montrer en ma vie, par vingt actions de vigueur, que je ne suis point homme à démordre jamais d'un pouce de mes prétentions; mais il suftit de lui avoir donné un petit avertissement. Sachons un peu, mon gendre, ce que vous avez dans l'esprit.

GEORGE DANDIN

Puisqu'il faut doncjpai'ler catégoriquement, je vous dirai, monsieur de Sotenville, que j'ai heu de...

MONSIEUR DE SOTENVILLE.

Doucement, mon gendre. Apprenez qu'il n'est pas respectueux d'ap-

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peler les gens par leur nom, et qu'à ceux qui sont au-dessus de nous il faut dire monsieur tout court.

GEORGE DANDIN

Eh bien, monsieur tout court, et non plus monsieur de Sotenvil'e, j'ai à vous dire que ma femme me donne...

MONSIEUR DE SOTENVCLLE.

Tout beau ! Apprenez aussi que vous ne devez pas dire ma femme, quand vous parlez de notre fille.

GEORGE DANDIN

J'enrage! Comment! ma femme n'est pas ma femme?

MADAME DE SOTENVILLE.

Oui, notre gendre, elle est votre femme; mais il ne vous est pas permis de l'appeler ainsi ; et c'est tout ce que vous pourriez faire, si vous aviez épousé une de vos pareilles.

GEORGE DANDIN, à part.

Ah! George Dandin, où l'es-tu foui;ré? (Haut.) Eh! do grâce, mettez, pour un moment, votre gentilhommerie à côté S et souffrez que je vous parle maintenant comme je pourrai. (A part.) Au diantre soit la tyrannie de toutes ces histoires-là! (A monsieur de Sotenvilie.) Je vous dis que je suis mal satisfait de mon mariage.

MONSIEUR DE SOTENVILLE.

Et la raison, mon gendre?

MADAME DE SOTENVILLE*»

Quoi! parler ainsi d'une chose dont vous avez tiré de si grands avantages! c u. , :

GEORGE DANDIN. - --'

Et quels avantages, madame, puisque madame va? L'aventure n'a pas été mauvaise pour vous ; car, sans moi, vos aTlaires, avec votre permission, étoient fort délabrées, et mon argent a servi à reboucher d'assez bons trous ; mais, moi, de quoi y ai-je profité, je vous prie, que d'un allongement de nom, et, au lieu de George Dandin, d'avoir reçu par vous le titre de monsieur de la Dandinière?

MONSIEUR DE SOTENVILLE.

Ne comptez-vous pour rien, mon gendre, l'avantage d'être allié à la maison de Sotenvilie?

MADAME DE SOTENVILLE.

Et à celle de la Prudoterie, dont j'ai l'honneur d'être issue ; maison où le ventre anoblit, et qui, par ce beau privilège, rendra vos enfants gentilshommes?

GEORGE DANDIN

Oui, voilà qui est bien, mes enfants seront gentilshommes ; mais je serai copu, moi, si l'on n'y met ordre.

* Aujourd'hui on dirait : de côté.

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