‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 390 sur 489 · SCÈNE I. — CLAUDINE, LUBLN · texte numérisé non relu

SCÈNE I. — CLAUDINE, LUBLN

CLAUDINE

Oui, j'ai bien deviné qu'il falloit que cela vînt de toi, et que tu l'eusses dit à quelqu'un qui Tait rapporté à notre maître.

* LUBIN

Par ma foi, je n'en ai touché qu'un petit mot, en passant, à un homme, afin qu'il ne dît point qu'il m'avoit vu sortir; et il faut que les gens, en ce pays-ci, soient de grands babillards!

CLAUDINE

Vraiment, ce monsieur le vicomte a bien choisi son monde, que de te prendre pour son ambassadeur ; et il s'est allé servir là d'un homme bien chanceux) jv/

LUBIN

Va, une autre fois je serai plus fin, et je prendrai mieux garde à moi,

CLAUDINE

Oui, oui, il sera temps!

LUB'N.

Ne parlons plus de cela. Écoute.

CLAUDINE

Que veux-tu que j'écoute?

LUBIN

Tourne un peu ton visage devers moi.

CLAUDINE

Eh bien, qu'est-ce?

LUBIN

Claudine!

CLAUDINE

Quoi?

LUBIN

Eh! la! ne sais-tu pas bien ce que je veux dire'

CLAUDINE

Non.

LUBIN

Morgue ! je t'aime.

CLAUDINE

Tout de bon?

LUBIN

Oui, le diable m'emporte! tu peux me croire; puisque j'en Jure.

CLAUDINE

A la bonne heure.

434 GEORGE DANDIN

LUBIN

Je me sens tout tribouUler* le cœur quand je te regarde.

CLAUDINE

Je m'en réjouis.

LUBIN

Comment est-ce que tu (ais pour être si jolie?

CLAUDINE

Je fais comme font les. autres.

LUBIN

Vois-tu, il ne faut point tant de Leurre pour faire un quarteron : si tu veux, tu seras ma femme, je serai ton mari, et nous serons tous deux mari et femme.

CLAUDINE

Tu serais .peut-être jaloux comme notre maître.

LUBIN

Point.

CLAUDINE

Pour moi, je hais les maris soupçonneux; et j'en veux un q\ii ne s'épouvante de rien, un si plein de confiance et si sûr de ma chasteté, qu'il me vit sans inquiétude au milieu de trente hommes.

LUBIN

Eh bien, je serai tout comme cela.

C'est la plus sotte chose du monde que de se défier d'une femme et de la tourmenter. La vérité de l'affaire est qu'on n'y gagne rien de bon : cela nous fait songer à mal; et ce sont souvent les maris qui, avec leurs vacsupies, se font eux-mêmes ce qu'ils sont.

LUBIN

Eh bien, je te donnerai la liberté de faire tout ce qu'il te plaira.

CLAUDINE

Voilà comme il faut faire pour n'être point trompé. Lorsqu'un mari se met à notre discrétion, nous ne prenons de liberté que ce qu'il nous en faut : et il en est comme avec ceux qui nous ouvrent leur bourse, et nous disent : Prenez. Nous en usons honnêtement, et nous nous contentons de la raison. Mais ceux qui nous chicanent, nous nous efforçons de les tondre, et nous ne les épargnons point.

LUBIN

Va, je serai de ceux qui ouvrent leur bourse; et tu n'as qu'à te marier avec moi.

CLAUDINE

Eh bien, bien, nous verrons.

LUBL«Î

Viens donc ici, Claudine.

* Vieux mot qui signifie troubler, remuer.

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