‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 402 sur 489 · ACTE II, SCÈKE X. 4i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈKE X. 4i

MADAME DE SOTENVIIiE.

Avec elle?

GEORGE DANDIN

Oui, avec elle, et d;ms ma maison.

MONSIEUR DE SOTENVIUB. •

Dans votre maison?

GEORGE DANDIN

Oui, dans ma propre maison.

MADAME DE SOTENVILLE.

Si cela est, nous serons pour vous contre elle.

MONSIEUR DE SOTENVILLE.

Oui. L'honneur de notre famille nous est plus cher que toute chose; et, si vous dites vrai, nous la renoncerons pour notre sang et l'abandonnerons à votre colère.

GEORGE DANT)1N

Vjus n'avez qu'à me suivre.

MADAME DE SOTENVILLE.

Gardez de vous tromper,

MONSIEUR DE SOTENVILLE.

N'allez pas faire comme tantôt.

GEORGE DANDIN

Mon Dieu ! vous allez voir. (Montrant Clitandre, qui sort avec Angélique.) Tenez, ai-je menti?

SCÈNE X. — ANGÉLIQUE, CLITANDRE, CLAUDINE; MONSIEUR DE I SOTENVILLE, MADAME DE SOTENVILLE, avec GEORGE LANDIN, dans le fond du théâtre.

ANGÉLIQUE, à Clitandre.

Adieu. J'ai peur qu'on ne vous surprenne ici, et j'ai quelques nieîures à garder.

Promettez-moi donc, madame, que je pourrai vous parler cette luit.

ANGÉLIQUE

J'y ferai mes efforts.

GEORGE DANDIN, à monsieur et à madame de Sotenville. Approchons doucement par derrière, et tâchons de n'être point vus.

CLAUDINE, à Angélique.

Ah! madame, tout est perdu. Voilà votre père et votre mère, ac^ mpagnés de votre mari.

CLITANDRE

Ah! ciel!

44i GEORGE DANDIN

ANGÉLIQUE , bas, à Clilandre et à Claudine.

Ne faites pas semblant de rien, et me laissez faire tous deux. (Haut, à Clitandre.) Quoi ! VOUS osez en user de la sorte après l'affaire de tantôt! et c'est ainsi que vous dissimulez vos sentiments! On me vient rapporter que vous avez de Tamoùr pour moi, et que vous faites des desseins de me solliciter; j'en témoigne mon dépit, et m'explique à vous clairement en présence de tout le monde ; vous niez hautement la chose, et me donnez parole de n'avoir aucune pensée de m'olfenser; et cependant, le même jour, vous prenez la hardiesse de venir chez moi me rendre visite, de me dire que vous m'aimez, et de me faire cent sots contes pour me persuader de répondre à vos extravagances : comme si j'étois femme à violer la foi que j'ai donnée à un mari, et m' éloigner jamais de la vertu que mes parents m'ont enseignée! Si mon père savoit cela, il vous apprendroit bien à tenter de ces entreprises ! Mais une honnête femme n'aime point les éclats : je n'ai garde de lui en rien dire, (Après avoir fait signe à Claudine d'apporter un bâlon.) et je veux vous montrer que, toute femme que je suis, j'ai assez de courage pour me venger moi-même des offenses que l'on me fait. L'action que vous avez faite n'est pas d'un gentilhomme, et ce n'est pas en gentilhomme aussi que je veux vous traiter. (Angélique prend le bâton et le lève sur Clitandre, qui se range de façon que les coups tombent sur George Dandin.)

CLITANDRE, criant comme s'il avQJl été frappé

Ah! ah! ah! ah! ah! doucement!

SCÈNE XI. — MONSIEUR et MADAME DE SOTENVILLE, ANGÉLIQUE, GEORGE DANDIN, CLAUDINE.

CLAUDINE

Fort, madame! frappez comme il faut.

ANGÉLIQUE, faisant semblant de parler à Clitandre. S'il vous demeure quelque chose sur le cœur, je suis pour vous répondre.

CLAUDINE

Apprenez à qui vous vous jouez.

ANGÉLIQUE, faisant l'étonnée.

Ah ! mon père, vous êtes là!

MONSIEUR DE SOTENVILLE.

Oui, ma fille; et je vois qu'en sagesse et en courage tu te montre, un digne rejeton de la maison de Sotenville Viens çà; approche-toi que je t'embrasse.

MADAME DE SOTENVILLE.

Embrasse-moi aussi, ma fille. Las! je pleure de joie^ et je reconnois mon sang aux choses que tu viens de faire.

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