‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 413 sur 489 · SCÈNE YIII. — GEORGE DANDIN, ANGÉLIQUE, CLAUDINE · texte numérisé non relu

SCÈNE YIII. — GEORGE DANDIN, ANGÉLIQUE, CLAUDINE

GEORGE DANDIN, à la fenêtre.

Colin ! Colin ! Ah ! je vous y prends donc, madame ma femme, et vous faites des esçarnpativos pendant que je dors ! Je suis bien aise de cela, et de vous voir dehors à Theure quil est. * ■' '^'-^^>^^

Eh bien, quel grand mal est-ce quil y a à prendre le frais de la nuit?

GEORGE DANDIN

Oui, oui, l'heure est bonne à prendre le frais! C'est bien plutôt le chaud, madame la coquine; et nous savons toute l'intrigue du rendezvous et du damoiseau. Nous avons entendu votre galant entretien, et les beaux vers à ma louange que vous avez dits l'un et l'autre. Mais ma consolation, c'est que je vais être vengé, et que votre père et votre mère seront convaincus maintenant de la justice de mes plaintes et du dérèglement de votre conduite. Je les ai envoyé quérir, et ils vont être ici dans un momçnt.

ANGÉLIQUE, à part.

Ah! ciel'

CLAUDINE

Madame !

GEORGE DANDIN

Voilà un coup, sans doute, où vous ne vous attendiez pas. C'est maintenant que je triomphe, et j'ai de quoi mettre à bas votre orgueil et détruire vos artifices. Jusques ici vous avez joué mes accusations, ébloui vos parents et plâtré vos malversations. J'ai eu beau voir et beau dire, votre adresse toujours l'a emporté sur mon bon droit, et toujours vous avez trouvé moyen d'avoir raison ; mais, à cette fois. Dieu merci, les choses vont être éclaircies, et votre effronterie sera pleinement confondue.

ANGÉLIQUE

£h! je vous prie, faites-moi ouvrir la porte.

GEORGE DANDIN

Non, non : il faut attendre la venue de ceux que j'ai mandés, et je Veux qu'ils vous trouvent dehors à la belle heure qu'il est. En attendant qu'ils viennent, songez, si vous voulez, à chercher dans votre tête quelque nouveau détour pour vous tirer de cette affaire , à inventer quelque moyen de rhabiller votre escapade; à trouver quelque belle ruse pour éluder ici les gens et paroître innocente, quelque pré. texte spécieux de pèlerinage nocturne, ou d'amie en travail d'enfant, que vous veniez de secourir

ANGÉLIQUE

Non. Mon intention n'est pas de vous rien déguiser. Je ne piétend.s

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point me défendre, ni vous nier les choses, puisque vous les savez.

GEORGE DANDIN

C'est que vous voyez bien que tous les moyens vous en sont fermés, et que, dans cette affaire, vous ne sauriez inventer d'excuse qu'il ne me soit facile de convaincre de fausseté.

ANGÉLIQUE

Oui, je confesse que j'ai tort et que vous avez sujet de vous plaindre. Mais je vous demande, par grâce, de ne m'exposer point maintenant à la mauvaise humeur de mes parents et de me faire promptement ouvrir.

GEORGE DANDLX.

Je vous baise les mains.

ANGÉLIQUE

Eh! mon pauvTe petit mari! Je vous en conjure!

GEORGE DANDLV.

Ah! mon pauvre petit mari! Je suis votre petit mari maintenant, parce que vous vous sentez prise. Je suis bien aise de cela ; et vous ne vous étiez jamais avisée de me dire ces douceurs.

ANGÉLIQUE

Tenez, je vous promets de ne vous plus donner aucun sujet de déplaisir, et de me... ■

Tout cela n'est rien. Je ne veux point peï^re celte aventure; et il m'importe qu'on soit une fois éclairci à fond de vos déportements

ANGÉLIQUE

De grâce, laissez-moi vous dire. Je vous demande un moment d'audience.

GEORGE DANDIS.

Eh bien, quoi?

ANGÉLIQUE

Il est vrai que j'ai failli, je vous l'avoue encore une fois; que votre ressentiment est juste; que j'ai pris le temps de sortir pendant que vous dormiez; et que cette sortie est un rendez-vous que j'avois donné à la personne que vous dites. Mais enfin ce sont des actions que vous devez pardonner à mon âge, des emportements de jeune personne qui n'a encore rien vu et ne fait que d'entrer au monde ; des libertés où l'on s'abandonne, sans y penser de mal, et qui sans doute, dans le fond, n'ont rien de...

GEORGE DANDIN

Oui : vous le dites, et ce sont de ces choses qui ont besoin qu'on les croie pieusement.

ANGÉLIQUE

Je ne veux point m'excuser, par là, d'être coupable envers vous, et je vous prie seulement d'oublier une offense dont je vous demande

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