‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 414 sur 489 · ACTE III, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VIII

pardon de tout mon cœur, et de m'épargner, en cette rencontre, le déplaisir que me pourroient causer les reproches fâcheux de mon père et de ma mère. Si vous m'accordez généreusement la grâce que je vous demande, ce procédé obligeant, cette 1 onté que vous me ferez voir, me gagnera entièrement; elle touchera tout à fait mon cœur, et y fera naître pour vous ce que tout le pouvoir de mes parents et les liens du mariage n'avoient pu y jeter. En un mot, elle sera cause que je renoncerai à toutes les galanteries et n'aurai de rattachement qua pour vous. Oui, je vous donne ma parole que vous m'allez voir désormais la meilleure femme du monde, et que je vous téraoignerai tant d'amitié, tant d'amitié, que vous en serez satisfait.

GEORGE DANDIN

Ah ! crocodile, qui flattes les gens pour les étrangler!

ANGÉLIQUE

Accordez-moi cette faveur.

GEORGE DANDW.

Point d'aflaires. Je suis inexorable.

ANGÉLIQUE

Montrez-vous

généreux.

GEORGE DAKDIN.

Non.

ANGÉLIQUE

De grâce!

GEORGE DANDIN

Point.

ANGELIQUE

Je VOUS en conjure de tout mon cœur.

GEORGE DANDIN

Non, non, non. Je veux qu'on soit détrompé de vous et que votre confusion éclate.

Eh bien, si vous me réduisez au désespoir, je vous avertis qu'une femme, en cet état, est capable de tout, et que je ferai quelque chose ici dont vous vous repentirez.

GEORGE DANDIN

Eh! que ferez-vous, s'il vous plaît?

ANGÉLIQUE

Mon cœur se portera jusqu'aux extrêmes résolutions ; et, de ce couteau que voici, je me tuerai sur la place

GEORGE DANDIN

Ah! ah! A la bonne heure.

ANGÉLIQUE

Pas tant à la bonne heure pour vous que vous vous imaginez. On sait tous côtés nos différends, et les chagrins perpétuels que vous con-

456 GEORGE DaKDIN.

cevez contre moi. Lorsqu'on me trouvera morte, il n*y aura personne qui mette en doute que ce ne soit vous qui m'aurez tuée ; et mes parents ne sont pas gens, assurément, à laisser cette mort impunie, et ils en feront, sur votre personne, toute la punition que leur pourront offrir et les poursuites de la justice et la chaleur de leur ressentiment. C'est par là que je trouverai moyen de me venger de vous; et je ne suis pas la première qui ait su recourir à de pareilles vengeances, qui n'ait pas fait difficulté de se donner la mort pour perdre ceux qui ont la cruauté de nous pousser à la dernière extrémité.

GEORGE DANDIN

Je suis votre valet. On ne s'avise plus de se tuer soi-même, et ia mode en est passée il y a longtemps.

C'est une chose dont vous pouvez vous tenir sûr ; et, si vous persistez dans votre refus, si vous ne me faites ouvrir, je vous jure que, tout à l'heure, je vais vous faire voir jusques où peut aller la résolution d'une personne qu'on met au désespoir.

GEORGE DANDIN

Bagatelles, bagatelles. C'est pour me Taire peur.

ANGÉLIQUE

Eh bien, puisqu'il le faut, voici qui nous contentera tous deux,

et montrera si je me moque. (Après avoir fail semblant de se tuer.) Ah!

c'en est fait. Fasse le ciel que ma mort soit Vengée comme je le souhaite, et que celui qui en est la cause reçoive un juste châtiment de la dureté qu'il a eue pour moi !

GEORGE DANDIN

Ouais! seroit-elle bien si malicieuse que de s'être tuée pour me faire pendre? Prenons un bout de chandelle pour aller voir.

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