‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 423 sur 489 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

SCÈxNE m. — HARPAGON, LA FLÈCHE.

HARPAGON

Hors d'ici tout à l'heure, et qu'on ne réplique pas ! Allons, que l'on , détale de chez moi, maître juré filou, vrai gibierjdejiot£ûce!Î5>U.- k^.>^^^

LA FLÊCUE, à part. '

Je n'ai jamais rien vu de si méchant que ce maudit vieillard; et je pense, sauf correction, qu'il a le diable au corps.

HARPAGON

Tu murmures entre tes dents?

LA FLECHE

Pourquoi me chassez-vous?

U^^,4jMI HARPAGON.

C'est bien à toi,^enaard, à me demander des .raisons? Sors vite, que je ne t'assomme ! k^j^-'UL ^ ».*»*.*«««•

LA FLÈCHE

Qu'est-ce que je vous ai fait?

Tu m'as fait que je veux que tu sortes.

LA FLÈCHE

Mon maître, votre fds, m'a donné ordre de l'attendre.

HARPAGON

Va-t'en l'attendre dans la rue, et ne sois point dans ma maison, planté tout droit comme un piquet, à observer ce qui se passe, et faire ton profit de tout. Je ne veux point avoir sans cesse devant moi un espion de mes affaires, un traître dont les yeux maudits assiègent toutes mes actions, dévorent ce que je possède, et furètent de tous côtés pour voir s'il n'y a rien à voler.

LA FLÈCHE

Comment diantre voulez-vous qu'on fasse pour vous voler? Êtesvous un homme volable, quand vous renfermez toutes choses, et faite«^ sentinelle jour et nuit?

HARPAGON

Je veux renfermer ce que bon me semble, et faire sentinelle comme il me plaît. Ne voilà pas de mes mouchards, qui prennent garde à ce . qu'on fait? (Bas, à part.) Je tremble 'qu'il n'ait soupçonné quelque t-*-^*^ chose de mon argent. (Haut.) Ne serois-tu point un homme à faire courir le bruit que j'ai chez moi de l'argent caché?

LA FLÈCHE

Vous avez de l'argent caché ?

HARPAGON

Non, coquin, je ne dis pas cela. (Bas.) J'enrage ! (Haut.) Je demande si, malicieusement, tu n'irois point faire courir le bruit que j'en ai.

LA FLÈCHE

Eh ! que nous importe que vous en ayez, ou que vous n'en ayez j:ias, si c'est pour nous la même chose?

HARPAGON, levant la main pour donner un soufflel à la Flèche.

Tu fais le raisonneur! Je te baiUerai de ^ce raisonnement-ci par les oreilles! Sors d'ici, encore une fois. '^^t><,'\>-'t^v

LA FLÈCHE

Eh bien, je sors.

HARPAGON

Attends : ne m'emportes-tu rien?

LA FLÈCHE

Que vous emporterois-je?

HARPAGON

Viens, viens çà, que je voie. Montre-moi tes mains.

LA FLÈCHE

Les voilà.

HARPAGON

Les autres.

LA FLÈCHE

Les autres?

HARPAGON

Oui.

LA FLÈCHE

Les voilà.

HARPAGON, montrant les hauts-de-chausses de la F'Iéchc N'as-tu rien mis ici dedans ?

LA FLÈCHE

Voyez vous-même.

HARPAGON, lûlant le bas des chausses de la Flèche. Ces grands hauts-de-chausses sont propres à devenir les receleurs des choses qu'on dérobe ; et je voudrois qu'on en eût fait pendre quelqu'un.

LA FLÈCHE, à part.

Ah! qu'un homme comme cela mériteroit bien ce qu'il craint! et que j'aurois de joie à le voler!

HARPAGON

Heu?

LA FLÈCHE

Quoi?

HARPAGON

Qu'est-ce que tu parles de voler?

LA FLÈCHE

Je vous dis que vous fouilliez bien partout, pour voir si je vous ai volé.

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