ACTE I, SCÈNE V
CLÉANTE
Ehî comment vous dérober?
HARrAGON.
Que sais-je, moi ? Où pouvez-vous donc prendre de quoi entretenir l'état que vous portez?
CLÉANTE
Moi, mon père? c'est que je joue; et, comme je suis fort heureux, je mets sur moi tout l'argent que je gagne.
HARPAGON
C'est fort mal fait. Si vous êtes heureux au jeu, vous en devriez profiter, et mettre à honnête intérêt l'argent que vous gagnez, afin de le trouver un jour. Je voudrois bien savoir, sans parler du reste, à quoi servent tous ces xubansjont vous voilà lardé depuis les pieds Nv' jusqu'à la tête, et si une demhctôuzained'aiguillettes ne suffit pas pourl^^J^ . attacher un haut-de-chausses. Il est bien nét!ÇSsaire d'employer de r^^*^***^ l'argent à des perruques , lorsque Ton peut porter des cheveux de son cru, qui ne coûtent rien ! Je vais gager qu'en perruques et rubans il y a du moins vingt pistoles ; et vingt pistoles rapportent par année "^ dix-huit livres six sous huit deniers, à ne les placer qu'au denier ,^ i^,^ douze*, f A^ JV
CLÉANTE
Vous avez raison.
Laissons cela, et parlons d'autre affaire. (Apercevant Cléante et Élise ^ qui se font des signes.) Eh! (Bas, à pari.) Je crois qu'ils se font signe Ynn^f^u^ à l'autre de me voler ma bourse. (Haut.) Que veulent dire ces gestes-là? ^
ÉLISE
Nous marchandons, mon frère et moi, à qui parlera le premier; et nous avons tous deux quelque chose à vous dire.
HARPAGON
Et moi, j'ai quelque chose aussi à vous dire à tous deux,
CLÉANTE
C*est de mariage, mon père, que nous désirons vous parler.
HARPAGON
Et c'est de mariage aussi que je veux vous entretenir,
ÉLISE
Ah ! mon père I
HARPAGON
Pourquoi ce cri? Est-ce le mot, ma fille, ou la chose qui vous lail peur?
CLÉANTE
Le mariage peut nous iaire peur à tous deux, de la façon que vous
* Un denier d'intérêt pour douze prêtés; c'est-à-dire à huit un tiers pour cent comme on dirait aujourd'hui.
pouvez Tenlendre ; et nous craignons que nos sentiments ne soient pas d'accord avec votre choix.
UARPAGON.
Un peu de patience; ne vous alarmez point. Je sais ce qu'il faut à tous deux, et vous n'aurez, ni l'un ni l'autre, aucun lieu de vous plaindre de tout ce que je prétends faire ; et, pour commencer par un bout, (A ciéanie.) avez-vous vu, dites-moi, une jeune personne appelée Mariane, qui ne loge pas lom d'ici ?
CLÉANTE
Oui, n»on père
HAr.P.vGON, à Élise.
Et vous?
ÉLISE
J'en ai ouï parler.
IIAr.PAGOX.
Comment, mon fils, trouvez-vous cetle fille?
CLÉANTE
Une fort charmante personne.
HAnPAGON.
Sa physionomie?
cLÉAirrE.
Tout honnêle et pleine d'esprit.
HARPAGOS.
Son air et sa manière?
CLÉAKTE.
Admirables, sans doute.
Ne croyez-vous pas qu'une fille comme cela mériteroit assez que Ton songeât à elle?
CLÉAKIE.
Oui, mon père.
HARPAGON
Que ce seroit un parti souhaitable/
CLÉANTE
Très-souhaitable.
HARPAGON
Qu'elle a toute la nine de faire un bon ménage?
CLÉANTE
Sans doute.
n^VBPAGON.
Et qu'un mari ai>roit satisfaction avec elle?
>, CLÉANTE
Assurément.