‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 439 sur 489 · SCÈNE I. — CLÉÂNTE, LA FLÈCHE · texte numérisé non relu

SCÈNE I. — CLÉÂNTE, LA FLÈCHE

CLÉANTE

Ah! traître que tu es! où l'es- tu donc allé fourrer? Net'avois-je pas donné ordre...

LA FLÈCHE

Oui, monsieur; et je m'étois rendu ici pour vous attendre de pied ferme; mais monsieur votre père, le plus mal gracieux des hommes, m'a chassé dehors malgré moi, et j'ai couru risque d'être battu.

CLÉANTE

Comment va notre affaire? Les choses pressent plus que jamais; et, depuis que je t'ai vu, j'ai découvert que mon père est mon rival.

LA FLÈCHE

Votre père amoureux?

CLÉANTE

Oui ; et j'ai eu toutes les peines du monde à lui cacher le trouble où cette nouvelle m'a mis.

LA FLÈCHE

Lui, se mêler d'aimer! De quoi diable s'avise-t-il? Se moque-t-il du monde? Et l'amour a t-il^élé fait pour des gens bâtis comme lui?

<^^^,^ CLÉANTE

Il a fallu, pour mes pèches, que cette passion lui soit venne en tête.

LA FLÈCHE

Mais par quelle raison lui faire un mystère de votre amour?

CLÉANTE. ,J >.^JL^ ^JU

Pour lui donner moins de soupçon, et me conserver, aÔ besoin, des ouvertures plus aisées pour détourner ce mariage. Quelle réponse t'at-on l'ai te "^

LA FLÈCHE

Ma loi, monsieur, ceux qui empruntent sont bien malheureux; et il

faut essuyer d'étranges choses lorsqu'on est réduit à passer, comme vous, par les mains des lesse-mallhieux. W^/ku^- ^^aa^-cU/wo .

CLIÎA^ME.

L'affaire ne se fera point?

LA FLÈCHE

Pardonnez-moi. Notre mnîlre Simon, le courtier qu'on nous a donné, 0^.4Â/t^

homme agissant et plein de zèle, dit qujl^TTait rage psujurous, et il \JJL^ d

. assure que votre seule physionomie lui a gagné le cœur. l'yrrJMM

J'aurai les quinze mille francs que je demande?.

LA FLÈCHE

Oui; mais à quelques petites conditions qu'il faudra que vous acceptiez, si vous avez dessein que les choses se fassent.

CLÉANTE

Ta-t-il iîùt parler à celui qui doit prêter l'argent?

LA FLÈCHE

Ah! vraiment, cela ne va pas de la sorte. Il apporte encore plus de soin à se cacher que vous, et ce sont des mystères bien plus gramds que .vous ne pensez. On ne veut point du tout dire son nom; et l'o» -♦^«filPSïuiourd'hui Taboucher avec vous dans une maison empruntée, pour être instruit par votrfe bouclie de votre bien et de votre famille; et je ne doute point que le seul nom de votre père ne rende les choses faciles.

CLÉANTE

Et principalement ma mère étant morte, dont on ne peut m'ôter le bien *.

LA FLÈCHE

Voici quelques articles qu'il a dictés lui-même à notre entremet- ^i/^ui teur, pour vous être montrés avant que de rien faire.

« Supposé que le prêteur vaie toutes ses sûretés, et que l'emprun- <f teur soit majeur, et d'une famille où le bien soit ample, solide, as- « sure, clair, et nfet de tout embarras, on fera une bonne et exacte « obligation par-devant un notaire, le plus honnête homme qu'il se « pourra, et qui, pour cet effet, sera choisi par le prêteur, auquel il (t importe le plus que l'acte soit dûment dressé. » ' ' >j x-

CLÉANTE

U n'y a rien à dire à cela.

LA FLÈCHE

« Le prêteur, pour ne charger sa conscience d'aucun scrupule \ fl prétend ne donner son argent qu'au denier dix-huit *. » ^ ^^ ^<^ i

' Var. Et principalement notre mère étant morte, etc. "^ « I

* C'est-à-dire un denier d'intérêt pour dix-huit prêtés , ce qui équivaut à un peu plus de cinq^ et demi pour cent.

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