‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 440 sur 489 · ACTE II, SCÈNE I. 4S · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I. 4S

CLÉANTE

Au denier dix- nuit? Parbleu! voilà qui est honnête. Il n'y a pas lieu de se plaindre.

LA FLÈCHE

Cela est vrai.

« Mais, comme ledit prêteur n'a pas chez lui la somme dont il est <c question, et que, pour faire plaisir à Temprimteur, il est contraint t lui-même de l'emprunter d'un autre sur le pied du denier cinq*, « il conviendra que ledit premier emprunteur paye cet intérêt, sans « préjudice du reste, attendu que ce n'est que pour l'obliger que « ledit préteur s'engage à cet emprunt. »

CLÉANTE

Comment diable ! quel Juit, quel Arabe esl-ce là? C'est plus qu'au aenier quatre *. i — -- .

* '"^ "^ ^ LA FLÈCHE

II est vrai; c'est ce que j'ai dit. Vous avez à voir là-dessus.

CLÉANTE

Que veux-tu que je voie? J'ai besoin d'argent, et il faut bien que je eonsente à tout.

LA FLÈCDE.

C'est la réponse que j'ai faite.

Il y a encore quelque chose?

LA FLÈCUE.

Ce n'est plus qu'un petit article.

« Des quinze - mille francs qu'on demande, le prêleur ne pourra « compter en arr;ent que douze mille livres; et, pour les Bfiille écus « restants, il faudra que l'eniprunleur prenne les liardes, nippes, bi- « joux dont s'ensuit le mémoire, et que ledit préteur a mis, àe bonne « foi, au plus modique prix qu il lui a été possible. »

CLÉANTE

Que veut dire cela?

LA FLÈCHE

Écoutez ie mémoire

« Premièrement, un lit de quatre pieds à bandes de point de Hon- « grie, appliquées fort proprement sur un drap de couleur d'olive, « avec six chaises et la courtepointe de même : le tout bien condi- « tienne, et doublé d'un petit taffetas chmgeant rouge et bleu.

« Plus, un pavillon à queue^ d une benne serge d'Aumale rofie se- 0 elle, ivec le mgAlet et les franges de soie. »

r^JK^r ^--^ \ CLÉANTE.

Que veut-il que je fasse W cela?

trv

A vingt pour cent.

A vingt-cinq pour centt

^^i'oJb:^ kjLà. v^JJj^^^

« LA FLÈCHE

Attendez. IfuMyt^fyS

« Plus, une tenture Me tapisserie des amours de Gornbaud et de

* Macée. . V^W-A^

« Plus, une grande table de bois de noyer, à douze colonnes on pi- « liers tournés, qui se tire par les deux bouts, et garnie, par le des- « sous, de ses six escabelles. »

CLÉANTE

Qii'ai-je affaire, morbleu...

LA FLÈCHE

Donnez-vous patience,^, ,^j^iv\S

« Plus, trois gros mousquets tout garnis de nacre de perle, avec

* les fourchettes assortissantes*.^^:.'^^^ A/A, v^/J^i

« Plus, un fourneau de brique, avec deux cornues et trois réci- « pients, fort utile à ceux qui sont curieux de distiller. »

CLÉANTE

J'enrage !

LA FLÈCHE

Doucement. '• ^ , 'fdMiA

« Plus, un luth de Bologne, garni de toutes ses cordes, ou peus^en I

« Plus, un trou-madame et un damier, avec un jeu de Toie, renou- « vêlé des Grecs, fort propre à passer le temps lorsque Ton' n'a que

* faire.

« Plus, une peau d'un lézard de trois pieds et demi, remplie de « foin : curiosité agréable pour pendre au plancher d'une chambre.

« Le tout ci-dessus mentionné, valant loyalement plus de quatre « mille cinq cents livres, et rabaissé à la valeur de mille écus par la « discrétion du préteur. »

kU < '^v^ ^A-V., \ ^;^CLÉANTE.

Que la peste Irétouffe avec'sa discrétion, le traître, le bourreau qu'il est! A-t-on jamais parlé d'une usure semblable? Et n'est-il pas content du furieux intérêt qu'il exige, sans vouloir encore m'obliger à prendre pour trois mille livres les vieux rogatons qu'il ramasse? Je n'aurai pas deux cents écus de tout cela ; et cependant il faut bien me résoudre à consentir à ce qu'il veut ; car il est en état de me faire tout accepter, et il me lient, le scélérat, le poignard sur la gorge.

LA FLÈCHE

Je vous vois, monsieur, ne vous en déplaise, dans le grand chemin justement que tenoil Panurge pour se ruiner, prenant argent d'avance, achetant cher, vendant à bon marché, et mangeant^son blé en herbe*.

qu'on enfonçait en terre, et, de

* Bâton terminé d'un bout par une pointe . Tautro, par un fer fourchu, sur lequel on ?npuyait le mousquet.

• C'est le texte même de Rabelais : « AbaUantbois, brusianl les grosses souches

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