‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 455 sur 489 · ACTE III, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI

se moque partout de vous, qu'on nous jette de tous côtés cent brocards à votre sujet, et que Ton n'est point plus ravi que de vous tenir au cul et aux chausses, et de faire sans cesse des contes de votre lé- >kLv<^«M sine. L'un dit que vous faites imprimer des almanachs particuliers, ou vous faites doubler les quatre-temps et les vigiles, afin de profiter des jeunes où vous obligez votre monde ; l'autre, que vous avez toujours une querelle toute prête à faire à vos valets dans le temps des •^êlrennes ou de leur sortie d'avec vous, pour vous trouver une raison de ne leur donner rien * . Celui-là conte qu'une fois vous fîtes assigner 'Vv>vi. le chat d'un de vos voisins, pour vous avoir mangé un reste d'un gigot de mouton ; celui-ci, que l'on vous surprit, une nuit, en venant dérober vous-même l'avoine de vos chevaux ; et que votre cocher, qui éloit celui d'avant moi, vous donna, dans l'obscurité, je ne sais combien de coups de bâton, dont vous ne voulûtes rien dire. Enfin, voulezvous que je vous dise? On ne sauroit aller nulle part, où l'on ne vous entende accommoder de toutes pièces. Vous êtes la fable et la risée de tout le monde; et jamais on ne parle de vous que sous les noms d'avare, de ladre, de vilain et de fesse-matthieu.

HARPAGON, en baUant maître Jacques.

Vous êtes un sot, un maraud, un coquin et un impudent!

MAÎTP.E JACQUES."

Eh bien, nel'avois-je pas deviné? Vous ne m'avez pas voulu croire. Je vous avois bien dit que je vous fàcherois de vous dire la vérité.

HARPAGON

Apprenez à parler !

Page 1