ACTE III, SCENE XI
HARPAGON
Vous voyez qu'elle est grande; mais mauvaise herbe croît toujours.
MARIANE, bas, à Frosine.
Oh! rhomme déplaisant!
HARPAGON, bas, 'à Frosine.
Que dit la belle?
FROSINE
Qu'elle vous trouve admirable.
HARPAGON
C'est trop d'honneur que vous me faites, adorable mignonne.
MARIANE, à part.
Quel animal * !
Je vous suis trop obligé de ces sentiments.
MARIANE, à part.
Je n'y puis plus tenir.
SCÈNE XI. — HARPAGON, MARIANE, ÉLISE, CLÉANTE, YALÈRE, FROSINE, BRINDAVOINE.
HARPAGON
Voici mon fils aussi, qui vous vient faire la révérence. MARIANE, bas, à Frosine.
Ah! Frosine, quelle rencontre! C'est justement celui dont je t'ai parlé.
FROSINE, à Mariane.
L'aventure est merveilleuse.
HARPAGON
Je vois que vous vous étonnez de me voir de si grands enfants; mais je serai bientôt défait et de l'un et de l'autre. CLÉANTE, à Mariane.
Madame, à vous dire le vrai, c'est ici une aventure où, sans doute, je ne m'attendois pas ; et mon père ne m'a pas peu surpris lorsqu'il m'a dit tantôt le dessein qu'il avoit formé.
MARIANE
Je puis dire la même chose. C'est une rencontre imprévue qui m'a surprise autant que vous; et je n'étois point préparée à une pareille avenlure.
CLÉANTE
Il est vrai que mon père, madame, ne peut pas faire un plus beau choix, et que ce m'est une sensible joie que l'honneur de vous voir; mais, avec tout cela, je ne vous assurerai pas que je me réjouis du
* Le mot n'est-il pas un peu vif, un peu cru^ dans la bouche d'une joune fille bien élevée? (Auger.)