‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 460 sur 489 · II · texte numérisé non relu

II

fe06 L'AVARE.

dessein où tous pourriez être de devenir ma belle-mêre. Le compliment, je vousTavoue, est trop diftîcile pour moi; et c'est un titre, s'il vous plaît, que je ne vous souhaite point. Ce discours paroîtra brutal aux yeux de quelques-uns; mais je suis assuré que vous serez personne à le prendre comme il faudra; que c'est un mariage, madame, où vous vous imaginez bien que je dois avoir de la répugnance; que vous n'ignorez pas, sachant ce que je suis, comme il choque mes intérêts, et que vous voulez bien enfin que je vous dise, avec la permission de mon père, que, si les choses dépendoient de moi, cet hymen ne se feroit point.

"' HARPAGON

Voilà un compliment bien impertinent! Quelle belle confession à lui faire!

MARTANE.

Et moi, pour vous répondre, j'ai à vous dire que les clioses sont fort égales; et que, si vous auriez de la répugnance à me voir votre belle-mère, je n'en aurois pas moins, sans doute, à vous voir mon beau-fils. Ne croyez pas, je vous prie, que ce soit moi qui cherche à vous donner cette inquiétude. Je serois fort fâchée de vous causer du déplaisir; et, si je ne m'y vois forcée par une puissance absolue, je vous donne ma parole que je ne consentirai point au mariage qui vous chagrine.

HARrAGON.

Elle a raison. A sot compliment il faut une réponse de même. Je vous demande pardon, ma belle, de l'impertinence de mon fils; c'est un jeune sot, qui ne sait pas encore la conséquence des paroles qu'il dit.

Je vous promets que ce qu'il m'a dit ne m'a point du tout offensée; au contraire, il m'a fait plaisir de m' expliquer ainsi ses véritables sentiments. J'aime de lui un aveu de la sorte; et, s'il avoit parlé d'autre façon, je l'en estimerois bien moins.

HARPAGON

C'est beaucoup débouté à vous, de vouloir amsi excuser ses fautes. Le temps le rendra plus sage, et vous verrez qu'il changera de sentimenls.

CLÉANTE

Ai Non, mon père, je ne suis point capalle d'en changer, et je prie in- '^"'^ ^ stamment madame de le croire.

HARPAGOIf.

Mais voyez quelle extravagance! il continue encore plus fort.

CLÉANTE

Voulez-vous que je trahisse mon cœur?

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