‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 475 sur 489 · ACTE IV, SCÈNE Y · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE Y

HARPAGON

Cela n'est rien

CLÉANTE

Je VOUS assure que j'en ai tous les r^rels du monde.

HARPAGON. V

Et moi, j'ai toutes les joies du monde de te voir raisonnable.

CLÉANTE

Quelle bonté à vous d'oublier si vite ma faute!

On oublie aisément les fautes des enfants lorsqu'ils rentrent dans leur devoir.

CLÉANTE

Quoi î ne garder aucun ressentiment de toutes mes extravagances?

• HARPAGON

C'est une chose où tu m'obliges, par la soumission et le respect où tu te ranges. Uji^^-'t-L

j (i CLÉANTE.

Je vous promets, mon père, que, jusques au tombeau, je conserverai dans mon cœur le souvenir de vos bontés.

UAUPAGON.

Et moi, je te promets qu'il n'y aura aucune chose que tu n'obtiennes ■Je moi.

CLÉANTE

Ah ! mon père, je ne vous demande plus rien: et c'est m'avoir assez donné que de me donner Mariane.

HARPAGON

Comment?

CLÉANTE

Je dis, mon père, que je suis trop content de vous, et que je trouve toutes choses dans la bonté que vous avez de m'accorder Mariane.

HARPAGON

Qui est-ce qui te parle de t'accorder Mariane?

CLÉANTE

Vous, mon père.

Moi?

CLÉANTE

Sans doute.

HARPAGON

Comment! c'est toi qui as promis d'y renoncci*.

CLÉANTE

Moi, y renoncer?

HARPAGON

Oui. ^

CLÉANTE

Point du tout.

HARPAGON

Tu ne t'es pas départi d'y prétendre?

retendre? OfM^ 1/vJ/v

CLÉANTE. I 1

plus que jamais, '

Au contraire, j'y suis porté

HARPAGON

Quoi! pendard, derechef?

Rien ne me peut changer.

HARPAGON

Laisse-moi faire, traître!

CLÉANTE

Faites tout ce qu'il vous plaira. •

HARPAGON

Je te défends de me jamais voir.

CLÉANTE

A la bonne heure.

HARPAGON

Je t'abandonne.

CLÉANTE

Abandonnez.

HARPAGON

Je te renonce pour mon fils.

CLÉANTE

Soit.

HARPAGON

Je te déshérite.

CLÉANTE

Tout ce que vous voudrez.

Et je te donne ma malédiction.

CLÉANTE

Je n'ai que faire de vos dons * .

♦ Molière ne fait point aimer Cléante; il montre dans les fautes du fllj l-suites des vices du père. (A. M.) — Si Molière a peint des mœurs vicieuses, c'est qu'elles existent; et, quand l'esprit général de sa pièce emporte leur con damnation, il a rempli sa tâche.

Si le jeune ( léa ite, à qui son père donne sa malédiction, sort en disant; « Je n'ai que faire dt vos dons, » a-t-on pu se méprendre a l'intention du loêtei Il eût pu sans doute représenter ce fils toujours respectueux envers uii père barbare- il eût édifié davantage en associant un tyran et une victime; mais la vérité, mais la force de la leçon que le poète veut donner aux pères avares, que devenaient-elles? (Chamfort.)

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