ACTE IV, SCÈNE Y
HARPAGON
Cela n'est rien
CLÉANTE
Je VOUS assure que j'en ai tous les r^rels du monde.
HARPAGON. V
Et moi, j'ai toutes les joies du monde de te voir raisonnable.
CLÉANTE
Quelle bonté à vous d'oublier si vite ma faute!
On oublie aisément les fautes des enfants lorsqu'ils rentrent dans leur devoir.
CLÉANTE
Quoi î ne garder aucun ressentiment de toutes mes extravagances?
• HARPAGON
C'est une chose où tu m'obliges, par la soumission et le respect où tu te ranges. Uji^^-'t-L
j (i CLÉANTE.
Je vous promets, mon père, que, jusques au tombeau, je conserverai dans mon cœur le souvenir de vos bontés.
UAUPAGON.
Et moi, je te promets qu'il n'y aura aucune chose que tu n'obtiennes ■Je moi.
CLÉANTE
Ah ! mon père, je ne vous demande plus rien: et c'est m'avoir assez donné que de me donner Mariane.
HARPAGON
Comment?
CLÉANTE
Je dis, mon père, que je suis trop content de vous, et que je trouve toutes choses dans la bonté que vous avez de m'accorder Mariane.
HARPAGON
Qui est-ce qui te parle de t'accorder Mariane?
CLÉANTE
Vous, mon père.
Moi?
CLÉANTE
Sans doute.
HARPAGON
Comment! c'est toi qui as promis d'y renoncci*.
CLÉANTE
Moi, y renoncer?
HARPAGON
Oui. ^
CLÉANTE
Point du tout.
HARPAGON
Tu ne t'es pas départi d'y prétendre?
retendre? OfM^ 1/vJ/v
CLÉANTE. I 1
plus que jamais, '
Au contraire, j'y suis porté
HARPAGON
Quoi! pendard, derechef?
Rien ne me peut changer.
HARPAGON
Laisse-moi faire, traître!
CLÉANTE
Faites tout ce qu'il vous plaira. •
HARPAGON
Je te défends de me jamais voir.
CLÉANTE
A la bonne heure.
HARPAGON
Je t'abandonne.
CLÉANTE
Abandonnez.
HARPAGON
Je te renonce pour mon fils.
CLÉANTE
Soit.
HARPAGON
Je te déshérite.
CLÉANTE
Tout ce que vous voudrez.
Et je te donne ma malédiction.
CLÉANTE
Je n'ai que faire de vos dons * .
♦ Molière ne fait point aimer Cléante; il montre dans les fautes du fllj l-suites des vices du père. (A. M.) — Si Molière a peint des mœurs vicieuses, c'est qu'elles existent; et, quand l'esprit général de sa pièce emporte leur con damnation, il a rempli sa tâche.
Si le jeune ( léa ite, à qui son père donne sa malédiction, sort en disant; « Je n'ai que faire dt vos dons, » a-t-on pu se méprendre a l'intention du loêtei Il eût pu sans doute représenter ce fils toujours respectueux envers uii père barbare- il eût édifié davantage en associant un tyran et une victime; mais la vérité, mais la force de la leçon que le poète veut donner aux pères avares, que devenaient-elles? (Chamfort.)