‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 476 sur 489 · SCÈNE VI. — CLÉANTE, LA FLÈCHE · texte numérisé non relu

SCÈNE VI. — CLÉANTE, LA FLÈCHE

LA FLÈCHE, sortant du jardin avec une cassette.

Ah ! monsieur, que je vous trouve à propos ! Suivez-moi vite !

CLÉANTE

Qu'y a-t-il?

LA FLÈCHE

Suivez-moi vous dis-je : nous sommes bien.

CLÉANTE

Comment?

LA FLÈCnE.

Voici votre affaire.

Quoi?

LA FLÈCnR.

J'ai guigné ceci tout le jour, .--.y^-'.^..

CLÉANTB.

Qu'est-ce que c'est?

LA FLÈCHE

Le trésor de votre père, que j'ai attrapé.

CLÉANTE

Comment as- tu fait?

LA FLÈCHE

Vous saurez tout. Sauvons-nous : je Tenlends crier.

SCÈNE VII — HARPAGON, seul, criant au voleur dès le jardin, et venant sans chapeau *.

Au voleur! au voleur! à l'assassin! au meurtrier! Justice, juste ciel! je suis perdu, je suis assassiné! on m'a coupé la gorge : on m'a dérobé mon argent! Qui peut-ce être? Qu'est-il devenu? Où est-il? Où se cache-t-il? Que ferai-je pour le trouver? Où courir? Où ne pas courir? N'ost-il point là? N'est-tl point ici? Qui est-ce? Arrête! (A luimême, se prenant par le bras.) Rends-moi mon argent, coquin!... Ah!

* Dans Piaule, l'Avare, après le vol de sa cassette, s'écrie : « Je suis perdu I je suis assassiné! je suis mort! où irai-je? où n'irai-je pas? Arrêter! arrêtez! Qui? je ne sais. Je ne vois rien. Je cherche en aveugle. Je perds 1^ niison. Sais-je où je vais, où je suis, qui je suis? Au secours ! mes chers amis, découvrez-moi, oh! découvrez-moi celui qui m'a dérobé... Que dis-tu, toi? Je peux me fier à loi; tu m'as l'air d'un homme de bien. Vous riez : je vous connois tous, et je n'ignore pas qu'il y a ici beaucoup de voleurs. Quoi! personne ne veut me la rendre ! je vais mourir, je meurs! Qu'est-ce? dis, dis qui me l'a dérobée. Tu ne le sais

fias! Ah! je suis ruiné! .Malheureux! malheureux! me voilà s;ins ressources sur a terre! la faim, la misère, vont m'accabler... Fatale journée! qu*ai-je besoin de vivre, après la perte de tant d'or! je le gardais avec un si grand soin' Hélas! je me suis trahi moi-même! j'étais aveuglé, et maintenant on se réjouit de mon malheur!... » (A/'lulaire. acte iV. scène x.)

c'est moi! Mon esprit est troublé, et j'ignore où je suis, qui je suis, et ce que je fais. lïélas! mon pauvre argent! mon pauvre argent! mon clier ami! on m'a privé de toi; et, puisque tu m'es enlevé, j'ai perdu mon support, ma consolation, ma joie : tout est fini pour moi, et je n'ai plus que faire au monde. Sans toi, il m'est impossible de vivre. C'en est fait; je n'en puis plus; je me meurs; je suis mort; je suis enterré! N'y a-t-il personne qui veuille me ressusciter, en me rendant mon cher argent, ou en m'apprenant qui Ta pris? Euh! que ditesvous? Ce n'est personne. Il faut, qui que ce soit qui ait fait le coup, qu'avec beaucoup de soin on ait épié l'heure; et l'on a choisi justement le temps que je parlois à nîoiTTfâîlre de fils. Sortons. Je veux aller quérir la justice, et faire donner la question à toute ma maison; à servantes, à valets, à fils et à fille, et à moi aussi. Que de gens assemblés! Je ne jette mes regards sur personne qui ne me donne des soup- . çons, et tout me semble mon voleur. Eh ! de quoi est-ce qu'on parle I là? de celui qui m'a dérobé? Quel bruit fait-on là-haut? Est-ce mon I voleur qui y est? De grâce, si Ton sait des nouvelles de mon voleur, je ' supplie que l'on m'en dise. N'est-il point caché là parmi vous? Ils me regardent tous et se mettent à rire. Vous voirez qu'ils ont part, sans doute, au vol que Ton m'a fait. Allons vite, des commissaires, des ar- ? ,jL^ chers, des prévôts, des juges, des gênes, des potences et des bour- . reaux. Je veux faire pendre tout le monde ; et, si je ne retrouve mon argent, je me pendrai moi-même après...

Vv.-*^

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