SCÈNE VI. — CLÉANTE, LA FLÈCHE
LA FLÈCHE, sortant du jardin avec une cassette.
Ah ! monsieur, que je vous trouve à propos ! Suivez-moi vite !
CLÉANTE
Qu'y a-t-il?
LA FLÈCHE
Suivez-moi vous dis-je : nous sommes bien.
CLÉANTE
Comment?
LA FLÈCnE.
Voici votre affaire.
Quoi?
LA FLÈCnR.
J'ai guigné ceci tout le jour, .--.y^-'.^..
CLÉANTB.
Qu'est-ce que c'est?
LA FLÈCHE
Le trésor de votre père, que j'ai attrapé.
CLÉANTE
Comment as- tu fait?
LA FLÈCHE
Vous saurez tout. Sauvons-nous : je Tenlends crier.
SCÈNE VII — HARPAGON, seul, criant au voleur dès le jardin, et venant sans chapeau *.
Au voleur! au voleur! à l'assassin! au meurtrier! Justice, juste ciel! je suis perdu, je suis assassiné! on m'a coupé la gorge : on m'a dérobé mon argent! Qui peut-ce être? Qu'est-il devenu? Où est-il? Où se cache-t-il? Que ferai-je pour le trouver? Où courir? Où ne pas courir? N'ost-il point là? N'est-tl point ici? Qui est-ce? Arrête! (A luimême, se prenant par le bras.) Rends-moi mon argent, coquin!... Ah!
* Dans Piaule, l'Avare, après le vol de sa cassette, s'écrie : « Je suis perdu I je suis assassiné! je suis mort! où irai-je? où n'irai-je pas? Arrêter! arrêtez! Qui? je ne sais. Je ne vois rien. Je cherche en aveugle. Je perds 1^ niison. Sais-je où je vais, où je suis, qui je suis? Au secours ! mes chers amis, découvrez-moi, oh! découvrez-moi celui qui m'a dérobé... Que dis-tu, toi? Je peux me fier à loi; tu m'as l'air d'un homme de bien. Vous riez : je vous connois tous, et je n'ignore pas qu'il y a ici beaucoup de voleurs. Quoi! personne ne veut me la rendre ! je vais mourir, je meurs! Qu'est-ce? dis, dis qui me l'a dérobée. Tu ne le sais
fias! Ah! je suis ruiné! .Malheureux! malheureux! me voilà s;ins ressources sur a terre! la faim, la misère, vont m'accabler... Fatale journée! qu*ai-je besoin de vivre, après la perte de tant d'or! je le gardais avec un si grand soin' Hélas! je me suis trahi moi-même! j'étais aveuglé, et maintenant on se réjouit de mon malheur!... » (A/'lulaire. acte iV. scène x.)
c'est moi! Mon esprit est troublé, et j'ignore où je suis, qui je suis, et ce que je fais. lïélas! mon pauvre argent! mon pauvre argent! mon clier ami! on m'a privé de toi; et, puisque tu m'es enlevé, j'ai perdu mon support, ma consolation, ma joie : tout est fini pour moi, et je n'ai plus que faire au monde. Sans toi, il m'est impossible de vivre. C'en est fait; je n'en puis plus; je me meurs; je suis mort; je suis enterré! N'y a-t-il personne qui veuille me ressusciter, en me rendant mon cher argent, ou en m'apprenant qui Ta pris? Euh! que ditesvous? Ce n'est personne. Il faut, qui que ce soit qui ait fait le coup, qu'avec beaucoup de soin on ait épié l'heure; et l'on a choisi justement le temps que je parlois à nîoiTTfâîlre de fils. Sortons. Je veux aller quérir la justice, et faire donner la question à toute ma maison; à servantes, à valets, à fils et à fille, et à moi aussi. Que de gens assemblés! Je ne jette mes regards sur personne qui ne me donne des soup- . çons, et tout me semble mon voleur. Eh ! de quoi est-ce qu'on parle I là? de celui qui m'a dérobé? Quel bruit fait-on là-haut? Est-ce mon I voleur qui y est? De grâce, si Ton sait des nouvelles de mon voleur, je ' supplie que l'on m'en dise. N'est-il point caché là parmi vous? Ils me regardent tous et se mettent à rire. Vous voirez qu'ils ont part, sans doute, au vol que Ton m'a fait. Allons vite, des commissaires, des ar- ? ,jL^ chers, des prévôts, des juges, des gênes, des potences et des bour- . reaux. Je veux faire pendre tout le monde ; et, si je ne retrouve mon argent, je me pendrai moi-même après...
Vv.-*^