‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 482 sur 489 · ACTE Y, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE Y, SCÈNE III

cela des conjonctures favorables; mais, puisqu'il est ainsi, je vous conjure de ne vous point fâcher et de vouloir entendre mes raisons.

HAhPAGOX.

Et quelles belles raisons peux- tu me donner, voleur infâme?

VALÈRE

Ah! monsieur, je n'ai pas mérité ces noms. Il est vrai que j'ai commis une offense envers vous ; mais, après tout, ma faute est par donnable.

HARPAGON

Comment ! pardonnable? Un guet-^^pens, un assassinat de la sorte ! ^

VALÈRE

De grâce, ne vous mettez point en colère. Quand vous m'aurez ouï, vous verrez que le mal n'est pas si grand que vous le faites.

nARPACON.

Le mal n'est pas si grand que je le fais! Quoi! mon sang, mes entrailles, pendard !

VALÈRE

Votre sang, monsieur, n'est pas tombé dans de mauvaises mains. Je suis d'une condition à ne lui point faire de tort ; et il n'y a rien, en tout ceci, que je ne puisse bien réparer.

HARPAGON

C*est bien mon intention, et que tu me restitues ce que tu m'as ran.

VALÈRE

Votre honneur, monsieur, sera pleinement satisfait.

HARPAGON

Il n'est pas question d'honneur là dedans. Mais, dis-moi, qui t'a porté à cette action ?

VALERE

Hélas! me le demandez- vous ?

HARPAGOS.

Oui, vraiment, je te le demande!

VALÈRE

Un dieu qui porte les excuses de tout ce qu'il fait faire, l'Amour.

HARPAGON

L'Amour?

VALÈRE

Bel amour, bel amour, ma foi, l'amour de mes louis d'or!

VALÈRE

Non, monsieur, ce ne sont point vos richesses qui m'ont tenté; ce n'est pas cela qui m'a ébloui ; et je proteste de ne prétendre rien à tous vos biens, pourvu que vous me laissiez celui que j'ai.

HARPAGON

Non ferai, de par tous les diables; je ne te le laisserai pas. Mais voyez quelle insolence de vouloir retenir le vol qu'il m'a fait !

VALÈRE

Appelez-vous ça un vol?

HARPAGOPf.

Si je l'appelle un vol? un trésor comme celui-là!

VALÈRE

C'est un trésor, il est vrai, et le plus précieux que vous ayez, sans doute ; mais ce ne sera pas le perdre que de me le laisser. Je vous le demande à genoux, ce trésor plein de charmes ; et, pour bien faire, il faut que vous me l'accordiez.

HARPAGON

Je n'en ferai rien. Qu'est-ce à dire cela?

VALÈRE

Nous nous sommes promis une foi mutuelle, et avons fait serment de ne nous point abîmdonner.

Le serment est admirable, et la promesse plaisante I

VALÈRE

Oui, nous nous sommes engagés d'être l'un à l'autre à jamais.

HARPAGON

Je vous en empêcherai bien, je vous assure!

VALÈRE

Rien que la mort ne nous peut séparer.

HARPAGON

C'est être bien endiablé après mon argent! j^'^^^'*"'>aH«JL

ViLÈr.E.

Je vous ai déjà dit, monsieur, que ce n'étoit point l'intérêt qui m'a- ▼oit poussé à faire ce que j'ai fait. Mon cœur n'a point agi par les ressorts que vous pensez, et un motif plus noble m'a inspiré cette résolution.

HARPAGON

Vous verrez que c'est par charité chrétienne qu'il veut avoir mon bien! Mais j'y donnerai bon ordre; et la justice, pendard effronté, me va faire raison de tout.

VALÈRE

Vous en userez comme vous voudrez, et me voilà prêt à souffrir toutes les violences qu'il vous plaira ; mais je vous prie de croire au moins que, s'il y a du mal, ce n'est que moi qu'il en faut accuser, et que votre lille, en tout ceci, n'est aucunement coupable.

HARPAGON

Je le crois bien, vraiment ! il seroit fort étrange que ma fille eût

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