‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 53 sur 489 · V / , PIE I. ROT · texte numérisé non relu

V / , PIE I. ROT

Aga *, quien, Charlotte, je m en vas te conter tout fin drait comme cela est venu; car, comme dit Taulre, je les ai le premier avisés, avisés le premier je les ai. Enfin donc j'étions sur le bord de la mar,

* Aga, sorte d'interjection populaire qui exprime l'admiration, l'étonnemeni

moi elle gros Lucas, et je nous amusions à batifoler avec des motte» de tarre que je nous jesquions à la tête; car, comme tu sais bian, le gros Lucas aime à batifoler, et moi, par fouas, je batifole itou. En batifolant donc, pisque batifoler y a, jai aparçu de tout loin queuque chose qui grouilloit dans gliau, et qui venoit comme envars nous par S secousse. Je'^yois cela rj.\iblenient, et pis tout d'un coup je voyois que je ne voyois plus rian. Eh! Lucas, ç'ai-je fait, je pense que vlà (les hommes qui nageant là-bas. Voire, ce m"a-t-il fait, t'as été au tié passement d'un chat, t'asja vue trouble*. Palsanguienne, ç'ai-je lait, je nai point la vue trouble, ce sont des hommes. Point du tout, ce m"a-t-il lait, t'as la barlue. Veux-tu gager, c'ai-je fait, que je n'ai point la barlue, ç'ai-je fait, et que ce sont deux iiommes, ç'ai-je lait, qui nageant droit ici? çai-je fait. Morguienne, ce m'a-t-il fait, je gage que non. Oh! çà, ç'ai-je fait, veux-tu gager dix sous que si? Je le veux bian, ce m'a-t-il fait; et, pour te montrer, vlà argent su jeu, ce m'a-l-il fait. Moi, je n"ai point été ni fou, ni étourdi ; j'ai bravement bouté à tarre quatre pièces tapées, et cinq sous en doubles, jerniguienne, aussi hardiment que si javois avalé un vaire de vin ; car je sis hasardeux, moi, et je vas à la débandade. Je savois bian ce que je Ai faisois pourtant. Queuque gniais! Enfin donc, je n'avons pas putôt eu ^ gagé, que j'avons vu les deux hommes tout à plain, qui nous faisiant signe de les aller quérir ; et moi, de tirer auparavant les enjeux. AJlons, Lucas, ç'ai-je dit, tu vois bian qu'ils nous appelont; allons vite à leu secours. Non, ce m'a-l-il dit, ils m'ont fait pardre. Oh! donc, tanquia, qu'à la parfin, pour le faire court, je l'ai tant sarmonné, que je nous sommes boutés dans une barque, et pis j'avons tant fait cahin caha, que je les avons tirés de gliau, et pis je les avons menés cheux nous auprès du feu, et pis ils se sanl dépouillés tout nus pour se sécher, et pis il y en est venu encore deux de la même bande qui s'équiant sauvés tout seuls, et pis Malhurine est arrivée là, à qui l'en a fait les doux yeux. Vlà justement, Charlotte, comme tout ça s'est fait,

CHARLOTTE

Ne m'as-tu pas dit, Pierrot, qu'il y en a un qu'est bian pu mieux fait que les autres?

PIERROT

Oui, c'est le maître. Il faut que ce soit queuque gros, gros monsieu, car il a du dor a son habit tout depis le haut jusqu'en bas; et ceux qui It^ servont sont des monsieux eux-mêmes; et stapandant, tout gros iûonsieu quil est, il seroil par ma tiqué nayé si je n'aviomme été là.

Àrdez on peu !

* On trouve dans la Comédie des Proverbes d'Adrien de Montluc : « Tu as la berleu; je ci ois que tu as été au irépassement d'un chat; tu vois trouble. »

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