‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 54 sur 489 · ACTE II, SCÈNE I. SS · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I. SS

P,EBnoT. i^J^li^'i^i^

Uh ! parguierme, sans nous, il en avoit pour sa maine de fèves *.

CHARLOTTE

Est-il encore cheux toi tout nu, Piarrot?

PIERIIOÏ.

Nannain, ils l'avont r'habiUé tout devant nous. Mon Guieu, je tfen avois jamais vu s'habiller. Que d'histoires et d'engingorniaux - boutont ces messieux-là les courtisans ! Je me pardrois là dedans, pour moi, et j'étois tout ébobi de voir çà. Quien, Charlotte, ils avont des cheveux qui ne tenont point à leu tête ; et ils boutont çà, après tout, comme un gros bonnet de filasse. Us ant des chemises qui ant des manches où j'entrerions tout brandis, toi et moi. En glieu d"haut-de-chausse, ils portont un garde-robe ^ aussi large que d'ici à Pâques ; en glieu de j[(jw\X pourpoint, de petites brassières qui ne leu venont~pas jusqu'au brichet * ; et, en glieu de rabats, un grand mouchoir de cou à réziau, aveuc quatre grosses houppes de linge qui leu pendont sur Testumaque. Ils avont itou d'autres petits rabats au bout des bras, et de , grands entoiuiûis de passements aux jambes; et, parmi tout ça, tant Au|<i de rubans, tant de rubans, que c'est une vraie picimé. Ignia pas jus- -^è<^ qu'aux souliers qui n'en soyont làrcis tout depis un bout jusqu'à / l'autre; et ils sont faits d'une façon que je me romprois le cou aveuc.

CHARLOTTE

Par ma fi. Piarrot, il faut que j'aille voir un peu ça.

PIERROT

Oh! acoute un peu auparavant, Charlotte. J'ai queuque autre diose \ te dire, moi.

Eh bian, dis, qu'est-ce que c'est?

PIERROT

Vois-tu, Charlotte, il faut, comme dit l'autre, que je débonde mon cœur. Je t'aime, tu le sais bian, et je sommes pour être mariés ensemble ; mais, marguienne, je ne suis point satisfait de toi.

CHARLOTTE

Quement? qu'est-ce que c'est donc quiglia?

PIERROT

Iglia que tu me chagraines l'esprit, franchement.

CHARLOTTE

Et quement donc?

* On dit figurément : il en a pour sa mine de fèves, pour: il a été attrapé, il en a eu pour son compte. La mine est une mesure qui contient la moitié d'un «etier. (Aimé Martin.)

- Eiigiiif/oniiaiix^ fanfreluches, affiquets, ornements de cou.

* Les villageoises portaient alors sur leur jupon une espèce de tablier aj^ié garde-robe.

* Le creux qui est au haut de restomac. (Ménage.)

PIERROT

Tétiguienne, tu ne m'aimes point.

Ah! ah! n'est-ce que ça?

PIERROT

Oui, ce n'est que ça, et c'est bian assez.

CHARLOTTE

Mon Guieu, Piarrot, tu me viens toujou dire la même chose,

PIERROT

Je te dis toujou la même chose, parce que c'est toujou la même chose; et, si ce n'étoit pas toujou la même chose, je ne te dirois pas toujou la même chose.

CHARLOTTE

Mais qu'est-ce qu'il te faut? Que veux-tu?

PIERROT

Jerniguienne! je veux que tu m'aimes.

CHARLOTTE

Est-ce que je ne t'aime pas?

PIE r. ROT.

Non, tu ne m'aimes pas, et si, je fais tout ce que je pis pour ça. Je t'achète, sans reproche, des rubans à tous les marciers qui passent ; je me romps le cou à t'aller dénicher des maries; je fais jouer pour toi les vielleux quand ce vient ta fête ; et tout ça comme si je me frappois la tête contre im mur. Vois-tu, ça n'est ni biau ni honnête de n'aimer pas les gens qui nous aimont.

CHARLOTTE

Mais, mon Guieu, je t'aime aussi.

PIERROT

Oui, tu m'aimes d'une belle dégaine!

Quement veux-tu donc qu'on fasse?

PIERROT

Je veux que l'en fasse comme l'en fait, quand l'en aime comme il faut.

CHARLOTTE

Ne t'aimé-je pas aussi comme il faut?

PIERROT

Non. Quand ça est, ça se voit, et l'en fait mille petites singeries aux parsonnes quand on les aime du bon cœur. Regarde la grosse ThO' masse, comme aile est assotlée du jeune Robain; aile est toujou autour de li à l'agacer, et ne le laisse jamais en repos. Toujou al li fait queuque niche, ou li baille queuque taloche en passant; et l'autre jour qu'il étoit assis sur un escabiau, al fut le tirer de dessous li, et le •fit choir tout de son long par tarre. Jarni, vlà où l'en voit les gens qui

Page 1