‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 55 sur 489 · ACTE II, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE

aimont; mais toi, tu ne me dis jamais mot, t*e3 loujou là comme eune vraie souche de bois; et je passerois vingt fois devant toi, que tu ne te grouillerois pas pour me bailler le moindre coup, ou me dire la moindre chose. Ventreguienne ! ça n'est pas bian, après tout; et t'es trop froide pour les gens.

CHARLOTTE

Uue veux-tu que j'y fasse? C'est mon himeur, et je ne me pis refondre.

PIERROT

Ignia himeur qui quienne. Quand en a. de Tamiquié pour les parsonnes, l'en en baille toujou que.uque petite signifîance.

CHARLOTTE

Enfin, je t'aime tout autant que je pis; et, si tu n'es pas content de ça, tu n'as qu'à en aimer queuque autre.

PIERROT

Eh bian, vlà pas mon compte? Tétigué! si tu m'aimois, me diroistuça?

CHARLOTTE

Pourquoi me viens-tu aussi tarabuster l'esprit?

PIERROT

Morgue! queu mal te fais-je? Je ne te demande qu'un peu d'amiquié.

CHARLOTTE

Eh bien, laisse faire aussi, et ne me presse point tant. Peut-être que ça viendra tout d'un coup sans y songer.

PIERROT

Touche donc là, Charlotte.

CHARLOTTE, donnant sa main.

Eh bien, quien.

PIERROT

Promets-moi donc que tu tâcheras de m'aimer davantage.

CHARLOTTE

J'y ferai tout ce que je pourrai; mais il faut que ça vienne de luimême. Piarrot, est-ce là ce monsieu?

PIERROT

Oui, le vlà.

CHARLOTTE

Ah! mon Guieu, qu'il est genti, et que ç'auroit été dommage qu'il eût été nayé !

PIERROT

Je rcvians tout à l'heure; je m'en vas boire chopaine, pour me rebouter tant soit peu de la fatigue que j'ais eue *.

* C'est dans le Pédant joué, de Cyrano de Bergerac, que se trouve, ?ur notre théâtre, le premier emploi du langage des paysans. Cette scène ev iSte le second exemple.

Page 1