ACTE II, SCÈNE
aimont; mais toi, tu ne me dis jamais mot, t*e3 loujou là comme eune vraie souche de bois; et je passerois vingt fois devant toi, que tu ne te grouillerois pas pour me bailler le moindre coup, ou me dire la moindre chose. Ventreguienne ! ça n'est pas bian, après tout; et t'es trop froide pour les gens.
CHARLOTTE
Uue veux-tu que j'y fasse? C'est mon himeur, et je ne me pis refondre.
PIERROT
Ignia himeur qui quienne. Quand en a. de Tamiquié pour les parsonnes, l'en en baille toujou que.uque petite signifîance.
CHARLOTTE
Enfin, je t'aime tout autant que je pis; et, si tu n'es pas content de ça, tu n'as qu'à en aimer queuque autre.
PIERROT
Eh bian, vlà pas mon compte? Tétigué! si tu m'aimois, me diroistuça?
CHARLOTTE
Pourquoi me viens-tu aussi tarabuster l'esprit?
PIERROT
Morgue! queu mal te fais-je? Je ne te demande qu'un peu d'amiquié.
CHARLOTTE
Eh bien, laisse faire aussi, et ne me presse point tant. Peut-être que ça viendra tout d'un coup sans y songer.
PIERROT
Touche donc là, Charlotte.
CHARLOTTE, donnant sa main.
Eh bien, quien.
PIERROT
Promets-moi donc que tu tâcheras de m'aimer davantage.
CHARLOTTE
J'y ferai tout ce que je pourrai; mais il faut que ça vienne de luimême. Piarrot, est-ce là ce monsieu?
PIERROT
Oui, le vlà.
CHARLOTTE
Ah! mon Guieu, qu'il est genti, et que ç'auroit été dommage qu'il eût été nayé !
PIERROT
Je rcvians tout à l'heure; je m'en vas boire chopaine, pour me rebouter tant soit peu de la fatigue que j'ais eue *.
* C'est dans le Pédant joué, de Cyrano de Bergerac, que se trouve, ?ur notre théâtre, le premier emploi du langage des paysans. Cette scène ev iSte le second exemple.