‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 71 sur 489 · ACTE m, SCÈNE 1. H · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE 1. H

DON JUA».

<i La peste soit du fat !

SGANARELLB.

« Et voilà ce que je ne puis souffrir; car il n^ a rien de plus vrai <' que le moine bourru, et je me ferois pendre pour celui-là. Mais en- « core faut-il croire quelque chose dans le monde. Qu'est-ce donc que « vous croyez*? »

Ce que je crois?

SCAIIARELTIB.

Oui.

DOIK JUM.

Je crois que deux et deux sont quatre, ^anarelle, et que quatre et quatre sont huil.

SGANARELLE

La belle croyance et les beaux articles de foi que voilà ! Votre religion, à ce que je vois, est donc rarithmétique'* 11 faut avouer qu'il se met d'étranges folies dans la tête des hommes et que, pour avoir bien étudié, on est bien moins sage le plus souvent. Pour moi, monsieur, je n'ai point étudié comme vous. Dieu merci, et personne ne sauroit se vanter de m'avoir jamais rien appris; mais avec mon petit sens, mon petit jugement, je vois les choses mieux que tous les livres, el je comprends fort bien que ce monde que nous voyons n'est pas un champignon qui soit venu tout seul en une nuit. Je voudrois bien vous demander qui a fait ces arbres-là, ces rochers, cette terre, et ce ciel que voilà là-haut; et si tout cela s'est bâti de lui-même. Vous voilà, vous, par exemple, vous êtes îà : est-ce que vous vous êtes fait tout seul, et n'a-t-il pas fallu que votre père ait engrossé votre mère pour vous faire? Pouvez-vous voir toutes les inventions dont la machine de 1 homme est composée, sans admirer de quelle façon cela est agencé l'un dans l'autre? ces nerfs, ces os, ces veines, ces artères, ces..., ce poumon, ce cœur, ce foie, et tous ces autres ingrédients qui sont là, et qui... Oh ! dame, interrompez-moi donc, si vous voulez. Je ne saurois disputer, si l'on ne m'interrompt. Vous vous taisez exprès, et me laissez parler par belle malice.

DON JDAN.

J'attends que ton raisonnement soit fini

SGANAP.ELLE.

Mon raisonnement est qu'il y a quelque chose d'admirable dans l'homme, quoi que vous puissiez dire, que tous les savants ne sauroient expliquer. Cela n'est-il pas merveilleux que me voilà ici, et que j'aie

et maltraitait les passants attardés; les nournces et les bonnes en faisaient peur aux enfants.

' Les passages guillemetés ne se trouvent pas dans la première édition.

quelque chose dans la tête qui pense cent choses différentes en un moment, et fait de mon corps tout ce qu'elle veut? Je veux frapper des mains, hausser le bras, lever les yeux au ciel, baisser la tête, remuer les pieds, aller à droit, à gauche, en avant, en arrière, tourner... (lise laisse tomber en tournant.)

DON JUAN

Bon! voilà ton laîsonnement qui a le nez cassé!

SGANARELLE

Morbleu! je suis bien sot de m'amuser à raisonner avec vous; croyez ce que vous voudrez : il m'importe bien que vous soyez damné !

DON JUAN

Mais, tout en raisonnant, je crois que nous sommes égarés. Appelle un peu cet homme que voilà là-bas pour lui demander le chemin.

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