SCÈNE II. - DON JUAN, SGANARELLE, UN PAUVRE
SGANARELLE
Holà! ho! Thomme! ho! mon compère! ho! l'ami! un petit mot, s'il vous plaît. Enseignez-nous un peu le chemin qui mène à la ville.
Vous n'avez qu'à suivre cette route, messieurs, et détourner à main droite quand vous serez au bout de la forêt; mais je vous donne avis que vous devez vous tenir sur vos gardes, et que, depuis quelque temps, il y a des voleurs ici autour.
DON JUAN
Je te suis obligé, mon ami, et je te rends grâce de tout mon cœur.
Si vous vouliez me secourir, monsieur, de quelque aumône.
DON JUAN
Ah! ah! ton avis est intéressé, à ce que je vois.
Je suis un pau^Te homme, monsieur, retiré tout seul dans ce bois depuis dix ans, et je ne manquerai pas de prier le ciel qu'il vous donne toute sorte de biens.
DON JUAN
Eh! prie le ciel qu'il te donne un habit, sans te mettre en peine des affaires des autres.
SGANARELLE
Vous ne connoissez pas monsieur, bonhomme : il ne croit qu'en deux et deux sont quatre, et en quatre et quatre sont huit.
* Cette scène et la précédente, que l'on croyait perdues, furent publiées pour la première fois en 18i3 par M. Simonin. Il les découvrit toutes deux dans l'édition d'Amsterdam de 1683,