II
Puis allons veoir Penfant au povre nie , Tant exalté d'Helie, aussi d'Enoc, Et adoré de maint grand roy, et duc : S'on nous dit nac , il fauldra dire noc : Chantons Noël tant au soir, qu'au desjuc.
Colin Georget , et toy Margot du Clac' Escoute un peu et ne dors plus illec : N'a pas long temps sommeillant près d'un lac, Me fut advis, qu'en ce grand chemin sec Un .jeune enfant se combatoit avec Un grand serpent, et dangereux aspic :
Mais l'enfanteau en moins de dire pic , D'une grand' croix luy donna si grand choc Qu'il l'abbatit, et luy cassa le suc : Garde n'avoit de dire en ce defroc Chantons Noël tant au soir, qu'au desjuc.
Quand je l'ouy frapper et tic, et tac,
Et luy donner si merveilleux eschec ,
L'ange me dit d'un joyeux estomach.
Chante Noël, en françoys, ou en grec,
Et de chagrin ne donne plus un zec,
Car le serpent a esté prins au. bric :
Lors m'esveillay et comme fantastic
Tous mes trouppeaulx je laissay près un roc ,
Si m'en allay plus fier qu'un archiduc
En Bethléem : Robin, Gautier, et Roch,
Chantons Noël tant au soir, qu'au desjuc.
INVOY.
Prince dévot, souverain catholic, Sa maison n'est de pierre, ne de bric. Car tous les vents y soufflent à grand floc : Et qu'ainsi soit, demandez à sainct Luc. Sus donc avant, pendons soucy au croc, Chantons Noël tant au soir, qu'au desjuc.
XYIII.
DE GARESME. 1
Cessez acteurs d'escrire en éloquence
D'armes, d'amours, de fables, et sornettes :
Venez dicter soubz piteuse loquence
Livres plaintifz de tristes chansonnettes :
N'escrivez d'or, mais de couleurs brunettés^
A celle fin que tout dueil y abonde :
Car Jesuchrist, l'aigneau tout pur et munde,
Pour nous tirer des enfers détestables,
Endura mort horrible, et furibunde
En ces sainctz jours piteux, et lamentables.
Romps tes flageolz, dieu Pan, par violence, Et va gémir en champestres logettes :
Laissez les boys, vous, nymphes d'excellence,
» Les rimes de la précédente ballade étaient toutes masculines, dans celle-ci, elles sont toutes féminines ; c'était à qui se créerait de nouvelles difficultés.
Et VOUS rendez en cavernes subjectes : Ne chantez plus, refrénez vos gorgettes Tous oyselletz : trouble toy la claire unde : Ciel noircy toy : et d'angoisse profonde Bestes des champs par cris espoventables Faictes trembler toute la terre ronde En ces sainctz jours piteux, et lamentables.
Riches habitz de noble préférence Yueillez changer dames, et pucellettes Aux ornementz de dolente apparence.
Et resserrez voz blanches mammelletes :
En temps d'esté fleurissent vioUettes, Et en yver sèchent par tout le monde : Donc puis qu'en vous joye et soûlas redonde Durant les jours à rire convenables, Pleurez au moins autant noire , que blonde En ces sainctz jours piteux , et lamentables.
Prince chrestien sans que nul te confonde, Presche chascun, qu'à jeusner il se fonde Non seulement de metz bien délectables.
Mais de pechë, et vice trop immunde En ces sainctz jours piteux, et lamentables.