DE LA PASSION DE NOSTRE SEIGNEUR JESUCHRIST
Li E pellican de la forest celique
Entre ses faictz tant beaulx , et nouvelletz ,
Apres les cieulx, et Tordre archangelique ,
Voulut créer ses petis oyselletz,
Puis s'envola , les laissa tous seuletz ,
Et leur donna, pour mieulx sur la terre estre,
La grand' forest de paradis terrestre,
D'arbres de vie amplement revestue
Plantez par luy, qu'on peult dire en tout estre
Le pellican, qui pour les siens se tue.
Mais ce pendant qu'en ramage musique Chantent aux boys comme rossignoUetz , Un oyseleur cauteleux , et inique Les a deceuz à glus, rbetz et filletz : Dont sont banniz des jardins verdeletz , Car des haultz fruictz trop voulurent repaistre. Parquoy en lieu sentant pouldre, et salpestre, Par plusieurs ans mainte souffrance ont eue , En attendant hors du beau lieu champestre Le pellican , qui pour les siens se tue.
Pour eulx mourut cest oysel deifique,
Car du hault boys plein de sainctz Angeletz
Vola ça bas par charité pudique,
Ou il trouva corbeaulx Iresordz, et laydz,
Qui de son sang ont faict maintz ruysseletz
Le tourmentant à dextre, et à senestre :
Si que sa mort, comme l'on peult congnoistre,
A ses petis a la vie rendue,
Ainsi leur feit sa bonté apparoistre
Le pellican, qui pour les siens se tue.
ENVOY
Les corbeaulx sont ces Juifs exilez
Qui ont à tort les membres mutilez
Du pellican, c'est du seul dieu, et maistre.
Les oyselletz sont humains, qu'il feit naistre,
Et l'oyseleur, la serpente tortue,
Qui les deceut, leur faisant mescongnoistre
Le pellican, qui pour les siens se tue. ^
* On vo^t par ces trois dernières ballades, qui ne sont pourtant pas sans mérite, que les sujets pieux ne convenaient pas au chantre de l'anaour.
La mort n'y mord.
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