‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. augmentée d'un essai sur la vie et les ouvrages de Cl. Marot, de notes historiques et critiques, et d'un glossaireChapitre 127 sur 329 · DE JEHAN L HUILIER, CONSEILLER · texte numérisé non relu

DE JEHAN L HUILIER, CONSEILLER

Incontinent que Loyse le Maîstre

Congneut qu'aux vers le corps qu'on faisoit paistre

De son espoux, le prudent Jehan L'huilier,

Helas (dit elle) amy tressingulier,

Vostre prudence au sénat honnoree ,

Eust mieulx porté que moy lasse esploree,

Le dueil de mort. Inutile je vy,

Et vous eussiez encores bien servy.

Car vous estiez vertueux et sçavant.

Las pourquoy donc ne suis je morte avant ?

En ce regret demoura des moys douze La bonne, belle, et vertueuse espouse : Puis trespassa , et en mourant va dire : C'est trop d'un an sans veoir ce qu'on désire. Mon esprit va le sien là hault chercher : Vueille mon corps auprès du sien coucher. Ce qui fut faict, et n'a sceu mort tant poindre , Qu'elle ait desjoinct ce qu'amour vouloit joindre.

La mort n'y monl.

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de madame loyse de savoye, mere du roy,' en forme d'bglogue. 2

THENOT, COLIN.

THENOT.

iLn ce beau val sont plaisirs excellens, Un clair ruisseau bruyant près de l'umbrage, L'herbe à souhait, les ventz non violens : Puis toy Colin, qui de chanter fais rage.

' Louise de Savoie , fille de Philippe , duc de Savoie , née en i477, épousa Charles, comte d'Augoulêrae. Elle eut de ce mariage Marguerite de Valois et François I*'. Son fils, monte' sur le trône, lui confia la régence du royaume. Le traite de Cambray , qu'elle termina , ne fut pas avantageux pour la France. Son caractère hautain et vindicatif se montra dans le procès qu'elle intenta au conne'table de Bourbon , qui , dit-on , n'avait pas re'pondu à son amour. Elle mourut , en i53i , et ne mérita pas d'être regrettée.

* Cette e'glogue , lorsqu'elle parut pour la première fois , re'unit tous les suffrages. Les poètes la cële'brèrent comme le chef-d'œuvre de la poésie française. Le latin même paya son tribut d'éloges à l'heureux imitateur du chantre de Mântoue. Nous ne rapporterons que ces vers recueillis dans plusieurs éditions :

TETRA.STICHON.

Coae cum Veneris formam pingebat Apelles

Eximiam , num unus clarus in orbe fuit ; Sic Lois» fatum tenu! modulatus aveaâ

Dignus perpétua laude Marotus erit.

A Pan ne veulx rabaisser son hommage : Mais quand aux champs tu l'accompagnerois , Plus tost prouffict en auroit que dommage : Il t'apprendroit , et tu Penseignerois.

Quant à chansons, tu y besongnerois De si grand art , s'on venoit à contendre , Que quand sur Pan rien tu ne gaignerois , Pan dessus toy rien ne pourroit prétendre.

S'il gaigne en prix un beau fourmage tendre , Tu gaigneras un pot de laict caille' : Ou si le laict il ayme plus cher prendre, A toy sera le fourmage baillé.

Berger Thenot, je suis esmerveille' ^

De tes chansons : et plus fort je m'y baigne

Qu'à escouter le linot esveillé

Ou Peau qui bruyt tombant d'une montaigne.

Si au matin Calliope te gaigne , Contre elle au soir obtiendras le butin : Ou s'il advient que tant noble compaigne Te gaigne au soir, tu vaincras, au matin.

Quae tibi quae tali leddam pio carminé dona ? Nam neque me tantum venientis sibilus anstri , Nec percussa juvant fluctu tam littora , nec quse Saxosas inter decurrunl Uuraina valles.

Virgile. Èiilosne V.

Or je te pry, tandis que mon mastin Fera bon guet, et que je feray paistre Noz deux trouppeaulx, chante un peu de Catin, En deschiffrant son bel habit champestre.

THENOT.

Le rossignol de chanter est le maistre, Taire convient devant luy les pivers :

Aussi estant là ou tu pourras estre, Taire feray mes chalumeaux divers.

Mais si tu veulx chanter dix foys dix vers , En déplorant la bergère Loyse :

Des coings auras six jaunes et six vertz , Des mieulx sentans qu'on veit depuis Moyse.

Et si tes vers sont d'aussi bonne mise , Que les derniers que tu feis d'Ysabeau , ' Tu n'auras pas la chose qu'ay promise , Ams beaucoup plus, et meilleur, et plus beau.

De moy auras un double chalumeau , Faict de la main de Raffy Lyonnois :

Lequel à peine ay eu pour un chevreau , Du bon pasteur Michau, que tu congnois.

Jamais encor n'en sonnay qu'une foys , Et si le garde aussi cher que la vie :

* 11 rappelle la Ballade ix.

Si l'auras tu de bon cueur toutesfoys , Faisant cela à quoy je te convie.

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