‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. augmentée d'un essai sur la vie et les ouvrages de Cl. Marot, de notes historiques et critiques, et d'un glossaireChapitre 129 sur 329 · Ante sinistra cavâ mouuisset ab ilice cornix · texte numérisé non relu

Ante sinistra cavâ mouuisset ab ilice cornix

Virgile. Eglogits TX.

^ Sur la fin de juillet i53i , il parut une comète que Ton vit pendant tout le mois d'août; on ne manqua pas de dire que cet astre

Dont je laschay a mes souspirs la resne ; Car lerdouleur ne pense avoir onc eue.

Chantez , mes vers , fresche douleur conçeue. Non , taisez vous , c'est assez déploré : Elle est aux champs Elisiens receue, Hors des travaulx de ce monde esplore'.

Là ou elle est n'y a rien desfloré ,

Jamais le jour , et les plaisirs n'y meurent :

avait prédit la mort de la mère du roi. De tout lems , on a cru que les comètes étaient les précurseurs de grands malheurs , et que les rois étaient avertis de leur mort prochaine par quelque phénomène céleste. Cette erreur, dont il reste encore aujourd'hui des traces parmi le peuple, prouve que le vulgaire a été toujours le même , ignorant et superstitieux. Mais aussi de tout tems , les lumières ont été le partage d'un petit nombre d'esprits supérieurs à leur siècle. Le Roman delà JRo^e montre une sage philosophie dans le discours quUl fait tenir à dame Nature :

Ne les princes ne sont pas dignes

Que les cours du ciel donnent signes

De leur mort plus que d'un autre lioname ;

Car leur corps ne vault pas deux pommes

Envers le corps d'ung charruyer ,

Ou d'ung clerc , ou d'ung escuyer,

Car je les faictz semblables estre

Si comme il appert à leur naistre.

Rabelais, dans sa Pronostication Pantagruéline , se moque avec non moins d'esprit de ces absurdes croyances : « La plus grande » follie du monde est penser que il y ayt des astres pour les roys, » papes et groz seigneurs plustost que pour nous povres et souffre- » teux : comme si nouvelles estoilles avoient esté créées depuis le » temps du déluge , ou deRomulus, ou de Pharamond, à la nou- » velle création des roys. Ce que Triboulet ne Caillette ne diroient , » qui ont esté toutesfoys gens de hault sçavoir et grand renom. » Chapitre V.

Jamais n'y meurt le vert bien colore , Ne ceulx avec qui là dedans demeurent.

Car toute odeur ambrosienne y fleurent , Et n'ont jamais ne deux ne trois saisons : Mais un printemps , et jamais ils ne pleurent Perte d'amys , ainsi que nous faisons.

En ces beaulx champs, et nayfves maisons Loyse vit, sans paour, peine, ou mesaise : Et nous ça bas pleins d'humaines raisons, Sommes marriz ( ce semble ) de son aise.

Là ne veoit rien , qui en rien luy desplaise : Là mange fruict d'inestimable prix :

Là boit liqueur , qui toute soif appaise : Là congnoistra mille nobles espritz.

Tous animaulx plaisans y sont compris , Et mille oyseaulx y font joye immortelle, Entre lesquelz vole par le pourpris , Son papeguay , qui partit avant elle.

Là elle veoit une lumière telle , Que pour la veoir mourir debvrions vouloir. Puis qu'elle a donc tant de joye éternelle, Cessez mes vers , cessez de vous douloir.

Mettez voz montz et pins en nonchaloir , Yenez en France , o Nymphes de Savoye

Pour faire honneur à celle qui valoir Feit par son loz , son pays , et sa voye.

Savoysienne estoit bien le sçavoye , Si faictes vous : venez doncques , affin Qu'avant mourir vostre œil par deçà voye , Là ou fut raise après heureuse fin.

Portez au bras chascune plein coffm D'herbes et fleurs , du lieu de sa naissance , Pour les semer dessus son marbre fin , Le mieulx pourveu , dont ayons congnoissance.

Portez rameaux parvenuz à croissance :

Laurier, lyerre, et lys blancs honnorez, Romarin vert , roses en abondance : Jaune soucie, et bassinetz dorez.

Passeveloux de pourpre colorez , Lavende franche, euilletz de couleur we, Aubepins blancs , aubepins azurez , Et toutes fleurs de grand'beauté nayfve.

Chascune soit d'en porter attentive :

Puis sur la tumbe en jectez bien espais , Et n'oubliez force branches d'olive , Car elle estoit la bergère de paix.

Laquelle sceut dresser accords parfaictz Entre bergers alors que par le monde

Taschoient Tun l'autre à se rendre deffaictz, A coup de goy , de houUette , et de funde.

Vîen, le dieu Pan, vien plus tost que Taronde , Pars de tes parcs , d'Arcadie desplace y Cesse à chanter de Syringue la blonde , Approche toy , et te mets en ma place.

Pour exalter avec meilleure grâce,

Celle de qui je me suis entremis :

Non (pour certain) que d'en parler me lasse,

Mais tu as tort que tu ne la gémis.

Et toy Thenot qui à plourer t'es mis En m'escoutant parler de la tresbonne : Délivre moy le chalumeau promis, A celle fin qu'en concluant la sonne.

Et que du son rende grâces , et donne Louenge aux dieux des haultz montz et des plains, Si haultement que ce val en resonne :

Cessez mes vers , cessez icy voz plainctz.

THENOT.

O franc pasteur , combien tes vers sont pleins De grand'doulceur, et de grande amertume Le chant me plaist , et mon cueur tu contrains A se douloir plus qu'il n'a de coustume.

Quand tout est dict , Melpomené allume j

Ton style doulx à tristement chanter :

Oultre il n'est cueur ( et fust ce un cueur d'enclume) Que ce propos ne feit bien lamenter.

Parquoy (Colin) sans flatter, ne vanter, Non seulement le bon flageol mérites, Ains debvroit on chappeau te présenter . De vert laurier, pour choses tant bien dictes. *

Sus grans torèaux , et vous brebis petites , Allez au tect, assez avez brousté : ' Puis le soleil tombe en ces bas limites, Et la nuict vient devers l'autre costë.

DE MONSIEUR LE GENERAL GUILLAUME PREUD'hOMME. ^

Unique filz de Preud'homme dont l'ame Ces jours passez soubz la funèbre lame

I Ite domiim saturse , venit hesperus , itc capelloe.

Virgile. Eglogue X.

^ Les généraux des finances sont de la cre'ation du roi Jean , qui n'en établit que trois. Ils furent destine's à faire le département des tailles et impositions que les rois de France veulent être leve'es sur le peuple. Ils étaient charge's de faire apporter dans les coffres du roi tous les deniers dûs à cause des aides , et avaient plein pouvoir, autorite et mandement spécial de mettre, ordonner et e'tablir élus, receveurs , grenetiers , contrôleurs, commissaires et autres officiers nécessaires au recouvrement des finances. Leur autorité a varié; et

Laissa le corps , escoute un peu comment Celle du mien ' s'en vint en un moment Bien tost après en mon lict m'apparoistre, Et les secretz qu'elle me feit congnoistre.

Filz ( ce dit elle ) en noz champs Elisees N'a pas long temps , par les droictes brisées Est devers nous un esprit arrive , Discret , gentil, amyable, et privé, Qui deschargé de son terrestre corps , Et plus n'estant de ce monde records , S'en vint trouver au plus beau du pourpris , Les immortelz et ileurissans espritz Des renommez vieux poètes Galliques, Qui en accords plus divins qu'angeliques. Tout à l'entour des lauriers tous jours vertz, AUoient chantans à l'envy maintz beaulx vers. ^

Luy là venu , ilz cessèrent leurs cliantz : Et il leur dit , o l'eslite des champs ElisienSj espritz en vérité

enfin ces charges ont e'të supprime'es et unies , en 1577 , à celles des tre'soriers de France 5 mais quoique ces derniers eussent le .nom de trésoriers de France , ils n'avaient cependant aucun maniement de finances. L. Dufbcsnot.

* L"*ame de Jean Marot.

^ On rencontre dans cette complainte de le'gères imitations du sixième livre de rÉnéide. Virgile nous représente les poètes dans rÉljsée :

Latumque choro Pœana canentea

fnter oooraluin lanvi nemu.«

COMPLAtNTES. 291

Pardessus tous rempliz de deité, Je ne suis point esprit de poésie :

Mais je suis tel , qu'amour et fantasie J'avois en vous et en voâtre vertu , Estant encor de chair et d'os vestu.

Et délaissant le monde terrien, ,

Je quictay tout , et si n'apportay rien Que les beaulx vers de voz célestes veines , Qui en mes soings , mes labeurs , et mes peines Me soulageoient, tout par cueur les disant, Avec amys ou princes devisant :

Parmy lesquelz alors en toute gloire, De voz haultz noms il estoit faict mémoire.

Or donc espritz pleins de bonté nayfve ,

Souffrez qu'icy avecques vous je vive,

Puis que vescu avez au cabinet

De ma mémoire. Adoncques Moulinet

Aux vers fleuriz, le grave Chastelain,

Le bien disant en rythme et prose , Alain ,

Les deux Grebans au bien resonnant style,

Octavian ' à la veine gentil e ,

Le bon Crétin aux vers équivoque,

Ton Jehan le Maire, entre eulx hault colloque,

Et moy ton père en joye le receusmes ,

Car quasy tous de luy congnoissance eusmes.

Heureux esprit (ce luy va Crétin dire)

* Voyez à l'epigramme iv du livre V les éclaîrcisseraens que l'on ^onne sur tous ces poètes.

Quelle raison plus tost vers nous le tiré ,

Que par devers tant d'espritz excellens

Qui sont ici, jadis tous opulens ,

A toy pareilz, et conseilliers royaulx,

Desquelz tu luz , voyre des plus loyaulx ?

Il luy respond. O ame débonnaire,

Penser me fais au labeur ordinaire

Que j'euz au monde : et parmy eux estant

J'y penserois encores tant , et tant ,

Que le record de ces solicitudes

Me priveroit de grans béatitudes

Qui sont céans. Je cherche les délices

Qui aux espritz sont duysans et propices :

Je cherche joye, et repos, et sçavoir.

Ou les peult on mieulx qu'entre vous avoir :

Or soit ma joye en ce poinct accomplie,

Et par sus tout, Crétin, je te supplie

De me monstrer en ces beaulx champs floriz

Nostre Ennius Guillaume de Loris, '

Qui du romant acquit si grand renom ,

Duquel aussi nous deux portons le nom ,

Dont mieulx je Tayme. Adonc Crétin le meine

Par un sentier odorant et amené,

Au bout duquel soubz un rosier plaisant

Peult veoir de loing Loris encor faisant

■ Lorris (Guillaume de), poète et jurisconsulte 7 vivait sous le règne de Saint-Louis, vers l'an 1260. Il commença, pour une dame dont il e'tait amoureux, \e Roman de la Rose, qui fut achevé par Jean Clopinel , dit de Meun. Cet ouvrage n'est qu'une longue

Tout à part soy ses regretz et clamours Apres sa rose. O puissance d'amours !

Là parvenuz , Crétin qui le plainct fort , Luy dit, Loris, Amour te doint confort, Laisse tes plainctz : voicy une noble ame, Qui évitant d'ignorance le blasme, Fut en son temps le copieux registre Des beaulx escriptz, que jadis sçeurent tistre Les bons facteurs du gallique hémisphère , Desquelz tu es le bon ancien père.

Si eusses \eu comment, sans peine prendre,

En sa mémoire il les sçavoit comprendre.

Puis de quel'grace, et avec quel plaisir

Les recitoit en lieu , temps , et loysir :

Non moins aymé eusses le reciteur

Que l'œuvre mesme , ou le compositeur.

C'est le plaisir ou il se delectoit ,

Quand du roy Franc servant fidèle estoit ,

Et gênerai des argenteuses sommes ,

Là ou du Nort prindrent le nom les hommes. '

et ennuyeuse imitation de VArt d'aimer d'Ovide 5 cependant , au milieu de ce gothique fatras , on trouve des tableaux gracieux , et d'inge'nieuses pensées exprime'es dans un langage moins barbare que celui du tems.

* Les Normands (nort rnan, homme du Nord), sortis des contre'es septentrionales , se rendirent long-tems redoutables par leurs pirateries , et vinrent enfin s'ëtablia' dans la Normandie que Charles-le- Simple leur abandonna , pour délivrer la France de leurs incursions continuelles.

C'est le second de qui les mains loyalles Seules ont eu des finances royalles Gouvernement. Or les a il laissées , Mieulx qu'avant luy en ordre bon dressées : Et au sortir du corps, ja d'aage plein, Clair, pur, et net, s'en vint en ce beau plain Chercher repos en la trouppe immortelle De nous , qui tous luy debvons amour telle Que luy à nous. Au nom du Tout Puissant Bien venu soit l'esprit resplendissant, Respond Loris , d'un nom sommes tous trois , Pour la mornifle encor un j'en vouldrois Avecques nous. De sa bouche à grand'peine Fut hors ce mot , qu'ilz veirent en la plaine Venir plus clair que nul ruby ballay, L'esprit du preux Guillaume du Bellay , ^ Tant travaillé des guerres piedmontoises , Qu'à peine eust sceu encor aller deux toises : ^ Si se vint mettre avec eulx à repos, Larmes laissant à souldars et suppostz : Laissant en France et en Piedmont ennuy , Mais non laissant homme semblable à luy.

Bien tost après, allans d'accord tous quatre Par les préaux tousjours herbuz s'esbatre,

* Dubellay (Guillaume), mourut en i543. Voyez l'epitaphe xiv du Cimetière.

^ Il était moins cassé par Page que par les travaux et les fatigues qu'il avait supportes.

Du mesme nom deux espritz rencontrèrent : L'un Bissipat , ' que neuf sœurs allecterent : L'autre Budé ^ qui la palme conquit Sur les sçavans du siècle ou il vesquit. Bien heureuse est, o Clément, ta naissance, Qui de luy euz privée congnoissance.

Au demeurant nostre Gaulle, ainsi comme Nous a compte Pesprit du grand Prend 'homme, De maint poète ores est décorée :

Mais entre tous, de trois moult honnoree, Dont tu es l'un , Sainct Gelais angelique , Et Heroet, à la plume heroique :

' Bissipat (Guillaume) , vicomte de Falaise , en Normandie , Tun des cent gentilshommes de Louis XII , très-habile dans les langues grecque, latine et française, mourut à Boulogne-la-Grasse , en Italie, l'an i5ii. Guillaume Crétin lui prodigue de grands éloges.

* Budé (Guillaume), conseiller du roi et maître des requêtes, né en 1467. Il ne se contenta pas des avantages de la fortune et de la naissance, et il se tourna vers la science qui pouvait seule satisfaire son ambition. Son esprit s'enrichit des connaissances les plus étendues^ il s'appliqua surtout à la langue grecque ; ses ouvrages ajoutèrent encore à sa réputation. C'est par son conseil que François 1*^'" fonda le Collége-Royal. G. Budé mourut, en i54o, âgé de soixantetreize ans. Sa simplicité philosophique ne se démentit point à ses derniers momens 5 il voulut que l'on écartât de son convoi cette vaine pompe qui montre l'orgueil jusque dans la mort. Mélin de Saint-Gelais a fait à ce sujet d'assez jolis vers :

Qui est celluy que tout le monde suyt ?

Las ! c'est Budé au cercueil estendu.

Pourquoi n'ont faict les cloches plus grand bruict ?

Son nom sans cloche est assez espandu.

Que n'a t on plus en torches despendu ,

Suyvant la mode accoutumée et sainte ?

AfCn qu'il fust par l'obscur entendu

Que des Françoys la Inmieie est esteinte.

Maulgré le temps voz espritz dureront, Tant que françoys les hommes parleront. * Ainsi le dit Tame de frais venue , A qui sans fin , est la troupe tenue De Parnassus, veu qu'en mortelle vie Aymee Ta , et en l'autre suyvie.

Poètes donc , qui en terre vivez , Le loz, le bruict de Preud'homme escrivez En chascun genre et espèce de mètre :

En escripvans , n'oubliez pas à mettre , Qu'au riche estât ou il se conduisoit , Autant sur tous sa vertu reluysoit, Comme Aurora est laysante et décore Sur toute estoille , ou Phebus sur Aurore.

Aurore adonc à la face vermeille

Sortit du ciel , et sur ce je m'esveille.

La plume prins , me mis à rythmoyer

Ma vision , affm de l'envoyer

A toy, du vray Preud'homme filz unique :

Reçoy la donc , je la te communique

Comme au plus proche , espérant que ce Val '^

Plus grand d'esprit, qu'en armes Perceval,

* Marot s'est encore promis l'immortalité à peu prrs dans les niOmes termes :

£t tant que oiiy et ncnny se dira , Par l'univers le monde me lira.

Epistre à tut. sien anij. Tome I.

2 Voyez l'ëpigrammc xxv du livre I, cfui lui est adressée.

Et dont ta sœur à bon jour fut pourveue Aura l'honneur de la seconde veue.

Et si mes vers te plaisent (comme pense) De toy ne veulx, pour toute recompense, Fors qu'en vertus sois ton père ensuivant , Si qu'on le voje encor , en toy , vivant.

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