CHANT ROYAL DONT LE ROY BAILLA LE REFRAIN
Prenant repos dessoubz un vert laurier, /
Apres travail de noble poésie ,
Un noiiveau songe assez plaisant, l'autre hier
Se présenta devant ma fantasie,
De quatre amans fort melencolieux ,
Qui devers moy vindrent par divers lieux :
Car le premier sortir d'un boys j'advise :
L'autre d'un roc : celluy d'après ne vise
Par ou il va : l'autre saulte une claye :
Et si portoient tous quatre en leur devise,
Desbender l'arc, ne guerist point la playe.
' Le refrain de ce chant est tiré de ce vers de Pe'trarque ;
Arco perlentare piaga non sana.
Ce fut la devise de Renë , roi de Sicile. Ce prince ayant perdu sa femme , Isabeau , duchesse de Lorraine , conserva une douleur sombre que rien ne put distraire. Lorsque ses courtisans lui rappelaient q«'il était encore des plaisirs pour lui , il les menait dans son cabinet, et leur montrait ces mots grave's au-dessous d'un arc dont la corde e'tait brisée. François 1er, à son voyage de Nantes, en i532 , avait vu sans doute cette devise qui se lisait, à Angers , sur les murs de la chapelle de Saint-Bernardin , que le roi René fit bâtir dans l'église des cordeliers.
6o - CHANTS DIVERS.
Le premier vint tout pasle me prier De luy donner confort par courtoysie.
Poursuyvant suis (dit il) dont le crier N'est point ouy, d'une que j'ay choisie. Elle a tiré de l'arc de ses doulx yeulx, Le perçant traict, qui me rend soucieux, Me respondant (quand de moy est requise) Que n'en peult mais ; et sa beauté exquise De moy s'absente , affin qu'en oubly l'aye. Mais pour absence en oubly n'est pas mise : Desbender l'arc, ne guerist point la playe.
L'autre disoit au rebours du premier,
J'ay bien assez, et ne me rassasie :
Car servant suis de jouyr coustumier
De la plus belle, et d'Europe, et d'Asie.
Ce neantmoins amour trop furieux
D'elle me faict estre trop curieux ,
Avant qu'avoir la jouyssance prise.
Ainsi je suis du feu la flamme esprise,
Qui plus fort croist, quand estaindre on l'essaye
Et congnois bien, qu'en amoureuse emprise
Desbender l'arc, ne guerist point la playe.
Apres je vey d'aymer un viel routier, Qui de grand cueur , soubz puissance mouysie Chanta d'amours un couplet tout entier, Louant sa dame, et blasmant jalousie, Dont les premiers ne furent envieux :
CHANTS DIVERS. 6l
Bien luy ont dict, viel homme entre les vieux, Comment seroit ta pensée surprise D'aucune amour, quand le temps, qui tout brise, T'a desnué de ta puissance gaye ?
J'ay bon vouloir (respond la teste grise) Desbender l'arc , ne guerist point la playe.
D'un rocher creux saillit tout au dernier Une ame estant de son corps dessaisie, Qui ne vouloit de Char on nautonnier Passer le fleuve. O quelle frenasie î Aller ne veult aux champs délicieux , Ains veult attendre un grand port stigieux L'ame de celle, ou s'amour est assise, Sans du venir sçavoir l'heure précise.
Lors m'esveillay, tenant pour chose vraye, Que puis qu'amour suyt la personne occise, Desbender l'arc ne guerist point la playe.
ENVOY
Prince , l'amour un querant tyrannise :
Le jouyssant cuyde estaindre, et attise : Le viel tient bon, et du mort je m'esmaye. Jugez, lequel dit le mieulx sans faintise, Desbender l'arc ne guerist point la playe.
A LA ROYNE DE NAVARRE,' DE LAQUELLE IL AVOIT RECEU UNE EPISTRE EN RYTHME.
Plaigne les morts qui plaindre les vouldra; Tant que vivray, mon cueur se resouldra A plaindre ceulx que douleur assauldra En cette vie.
0 fleur que j'ay la première servie, Ceulx que tu mis hors de peine asservie, T'ont donné peine, helas non desservie; Bien je le sçay.
Et des ingratz tu en as faict l'essav; Mais puis le temps que banni te laissay, Sans te laisser, à servir m'adressay Une princesse. ^
ï Cl. Marot, banni de France, chassé de Ferrare, avait cherche' un asile à Venise ; Marguerite, qui prote'geait en lui un religionnaire et un amant , lui e'crivit, pour le consoler, qu'elle se flattait d'obtenir son rappel en France. Elle lui confiait sans doute dans sa lettre ce qu'elle avait à souffrir en défendant la nouvelle religion, et peutêtre les chagrins dont le roi de Navarre l'abreuvait. Le poète prend de là l'occasion de lui faire le tableau du triste sort de la duchesse de Ferrare , comme elle favorisant les doctrines de Luther et de Calvin, et, comme elle, malheureuse avec son mari.
^ Renée , duchesse de Ferrare.
Qui plus que toy d'avoir ennuy ne cesse? Ha dieu du ciel! n'auray je une maistresse Avant mourir, que son œil de destresse Puisse exempter?
N'est pas ma muse aussi propre à chanter Un doulx repos qui la peult contenter, Qu'un dur travail qui la vient tourmenter Avec oulh'ance.
Ha, Marguerite! escoute la souffrance Du noble cueur de Renée de France ; Puis comme sœur plus fort que d'espérance Console la.
Tu sçais comment hors son pays alla, ^ Et que parens et amis laissa là; Mais tu ne sçais quel traitement elle a En terre estrange./
De cent couleurs en une heure elle change, En ses repas poires d'angoisses mange, ^ Et en son vin de larmes faict meslange, Tout par ennuy.
Ennuy receu du costé de celluy Qui estre deust sa joye et son appuy, Ennuy plus grief que s'il venoit d'aultruy, Et plus à craindre.
» En i528.
^ Quelle me'taphore ridicule !
Elle ne voit ceulx à qui se veult plaindre, ^ Son œil rayant si loing ne peult attaindre, Et puis les monts pour ce bien luy estaindre Sont entre deux.
Peu d'amys a , quiconques est loing d'eulx. Le roy ton frère , et toy et tes neveux , Estes les saints , ou elle fàict ses vœux A chascune heure.
De France n'a nul grand qui la sequeure, Et des petis qui sont en sa demeure, Son mary veult sans qu'un seul y demeure , La rebouter.
Car rien qu'elle ayme , il ne sçauroit gouster : C'est la geline, a qui Ton veult oster Tous ses poussins; et scorpions bouster Dessoubz son aisle.
C'est la perdrix qu'on veult en la tonnelle Faire tomber. Mais que ne pense en elle Le roy de qui la bonté fraternelle Nous invoquons ?
Vouldroit il bien à bailleurs de bouccons Donner luy mesme à garder ses flaccons? Francs et loyaulx autour d'elle vacquons, C'est son décore.
* Le duc de Ferrare avait e'carte' de la princesse toutes les dames françaises qui l'avaient suivie en Italie.
Mais ce fasclieux, ingrat et pire encore Vouldroit réduire en petite signore La fleur de lys que tout le monde honnore D'affection.
Helas s'il faict tant de profession D'honneur, de los, de réputation, Pourquoy le train de nostre nation Yeult il deffaire?*
Faulte d'amour l'esguillonne à ce faire, Et luy engendre un désir de desplaire A celle là qui met à lui complaire Merveilleux soing.
Paris menant par force Helaine au loing , Feit qu'elle n'eust de reconfort besoing: Son traitement estoit un vray tesmoing D'amitié claire.
Helas fault il qu'amitié se desclaire Plustost au cueur d'un forceur adultère, Qu'en un mary ? sçais tu pourquoy austère Luy est ainsi ?
Il vouldroit bien à la dame sans si Oster la force et le vouloir aussi De secourir Françoys passans icy :
C'est leur refuge.
Bien je le sçals, à la bonne heure y fus je. Il vouldroit bien , si mon sens est bon juge , Par quelque grand et dangereux déluge Plus luy ravir.
Il vouldroit bien jusqu'à là l'asservir, Que d'un seul poinct ne peust au roy servir, ' Et luy a faict pour de cela cbevir Mille vacarmes.
O roy Françoys, elle porte tes armes : Toyre et à toy s'adressent telz allarmes , Dont le plus doulx ne pourroit pas sans larmes Estre deduict :
Et ne peult l'autre à raison estre induict Par cil honneur où France l'a conduict; Ne par enfans que tant beaulx luy produict Par mainte année.
Ne la bonté de la noble Renée , Ne la doulceur qui avec elle est née, Ne les vertus qui l'ont environnée ^ N'y ont povoir.
J'aurois plustost entrepris d'esmouvoir, Comme Orpheus, en l'infernal manoir,
* Le duc de Ferrare s'était livré entièrement à Charles-Quint, comme fesaient alors tous les petits princes d'Italie.
Charoïi le dur, voyre Plutou le noir, Et cliien Cerbère.
O doneques roy, son cousin, frère et père, Arreste court l'entreprise impropere :
Et toy sa sœur, en qui tant elle espère, Mets y la main.
Un parentage autre que le germain ^
Y doit mouvoir ton cueur doulx et humain. Si n'y pensez, mourra quelque demain Seclie et ternie.
Car en mon cueur si secours on luy nie Veu la façon comment on la manie, Diray qu'elle est de la France bannie Autant que moy.
Qui suis icy en angoisseux esmoy, En attendant secours promis de toy, Par tes beaulx vers que je me ramentoy Avecques gloire.
Et bien souvent à part moy ne puis croire Que ta main noble ait eu de moy mémoire Jusqu'à daigner m'estre consolatoire Par ses escripts ,
Qui en mon cueur à jamais sont inscripts, Peu ne sont leuz ; leur doulceur de hault prix
Et zèle ardant me les eurent apris En peu d'espace.
Car aussitost que desespoir menace Mon œil de plus ne veoir ta claire face, Lors force m'est que de ta lettre face Mon escusson.
Si la prononce en forme de chanson Plustost en un, plustost en autre son, Puis hault, puis bas, et en ceste façon Je me console,
Tant que mon cueur de grand' liesse vole Remémorant ta royalle parolle, Qui me promet de m'effacer du rosle Des enchâssez.
Or sont desjà les plus gros feux passez : ' Rien n'ay meffaict ; au roy doulceur abonde , Tu es sa sœur; ces choses sont assez Pour rappeller le plus pervers du monde.
' Les bûchers allumés en i535, par toute la France., commentaient à s'e'teindre.
CHANTS divers: 69
CHANT NUPTIAL DU ROY d'eSCOSSE ET DE MADAME MAGDALAINE PREMIERE FILLE DE FRANCE. »
Cl El LU Y matin, que d'habit nuptial Le roy d'Escosse ornoit sa beauté blonde, Pour espouser du sceptre lilial La fille aisnee, ou tant de grâce abonde, Vous eussiez veu des peuples un grand monde , Qui de sa chambre au sortir Tattendoient , Et çà, et là, mille autres à la ronde, Qui à la file avec eulx se rendoient.
Tandis les mains des nobles gracieuses De pied en cap richement Tout vestu :
Son corps luysoit de pierres précieuses , Moins toutesfoys , que son cueur de vertu : De musq d'eslite avec ambre batu
' En i536, lorsque l'armée de l'empereur allait inonder la France , Jacques V, fidèle à l'ancienne alliance de ses ancêtres avec nos rois , s'embarqua avec seize mille hommes. Sa flotte , battue des vents contraires, aborda enfin à Dieppe. Le roi d'Ecosse joignit à Lyon François I*' , qui crut ne pouvoir mieux lui prouver sa reconnaissance, qu'en lui offrant la main de sa fille Madeleine. Le mariage fut ce'le'brë à Paris , le i®*^ janvier 1 537. Mais la reine d'Ecosse e'tant morte la même année d'une fièvre e'tique , Jacques V e'pousa en secondes noces , Marie , fille de Claude , duc de Guise , et veuve du duc de Longueville. L'infortunée Marie Stuart fut le fruit de cet hymen.
Parfumé ont son vestement propice :
Puis luy ont ceint son fort glaive poinctu , Dont il sçait faire et la guerre , et justice. Ainsi en poinct de sa chambre départ Pour s'en aller rencontrer Magdalaine :
De beauté d'homme avoit plus grande part , Que le Troyen, qui fut espris d'Helaine : Si qu'au sortir sa beauté souveraine Les regardans resjouyt tout ainsi, Que le soleil, quand à l'aube seraine Sort d'Orient pour se monstrer icy.
Vien , prince , vien : la fille au roy de France Veult estre tienne , et ton amour poursuyt : Pour toy s'est mise en royalle ordonnance , Au temple va , grand' noblesse la suy t , Maint dyamant sur la teste reluyt De la brunette : et ainsi attournee Son tainct pour vray semble une claire nuict, Quand elle est bien d'estoilles couronnée. Brunette elle est : mais pourtant elle est belle. Et te peult suyvre en tous lieux, ou iras. En chaste amour. Dangier fier, et rebelle Wy a que veoir. D'elle tu jouyras :
Mais s'il te plaist, demain tu nous diras Lequel des deux t'a le plus grief esté , Ou la longueur du jour, que desiras, Ou de la nuict la grande breveté.
La fille donc du plus grand roy du monde Elle est à toy. L'Eternel tout puissant Avant le ciel, avant la terre, et l'onde, , Te destina d'elle estre jouyssant , ' Affin , que d'elle , et de toy soit yssant Immortelz neudz d'amitié' indicible Entre le sceptre escossoys fleurissant , Et le françoys par autres invincible.
Fille de roy, mes propos addresser
A toy je veulx, escoutes moy donc ores.
Je t'adverty, qu'il te convient laisser,
Frères, et sœurs, père, et pays encores,
Pour suy vre cil ; que celluy dieu , qu'adores ,
Par sa parolle a joinct avecques toy.
Te commandant , que l'aymes , et l'honnores ,
Tu le scay bien, mais je le ramentoy.
Or suy le donc : ja te sont préparez Cent mil honneurs là, ou fault que tu voyses : D'Escosse sont tous ennuys séparez, Trompes , clairons y meinent doulces noises : Mesmes là bas les nymphes escossoyses Avec grand joye attendent ton venir,
* Ces flatteries ridicules blessent la raison et déshonorent la poésie. Dans ces tems-là , on ne connaissait pas d'autre manière de louer, Marot ne s'est pas préservé de ces énormes platitudes. Il faut avouer que les grands d'alors n'étaient pas difficiles 5 l'encens le plus grossier les contentait^ ils ne riaient pas même en s'entendant comparer au soleil et aux étoiles.
Et vont disans, qu'elles seront françoyses Pour le grand bien , qui leur doibt advenir.
Va doncques : non, ne nous vueilles priver Encor' si tost de ta noble présence :
Attens un peu, laisse passer l'y ver, Car assez tost sentirons ton absence.
Yent contre vent se bat par insolence , Printemps viendra , qui les fera renger : Lors passeras la mer sans violence, Et ne craindrons , que tu sois en danger.
Et si verras des dieux de mainte forme, ^ Comme Egeon monté sur la balaine :
Doris y est, Protheus s'y transforme, Triton sa trompe y sonne à forte alaine. Au fons de Peau sont ores sus Taraine : Mais si attens le printemps ou Peste', Tous sortiront hors de la mer seraine Pour saluer ta haulte majesté.
Sur le beau temps ainsi tu partiras,
Et en ton lieu regretz demoureront ,
Adieu dirons, adieu tu nous diras,
Dont tes doulx yeulx sur l'heure pleureront :
Mais en chemin ces larmes sécheront
• Ce spectacle était sans doute fort beau et surtout très-rare; il devait intéresser les nouveaux époux , mais ce n'était pas ici la place de tous ces monstres que Marot fait entrer souvent dans ses vers.
Au nouveau feu d'amour bien establie :
]\oz cueurs pourtant point ne s'en fascheronl, Pourveu , que point le tien ne nous oublie.
Si prions dieu, noble royne d'Escosse
Qu'au temps nouveau vienne un nouveau danger,
C'est qu'il te faille icy demourer grosse.
Pour si à coup de nous ne t'estranger.
A ce propos bien te dois alléger, '^
Car pour parens, qu'icy tu abandonnes,
Enfans auras , enfans ( pour abréger )
Qui porteront et sceptres et couronnes.
CANTIQUE DE LA CHRESTIENTÊ , SUR LA VENUE DE l'EMPEREUR ET DU ROY , AU VOYAGE DE NICE. *
Approche toy, Cbarles, tant loing tu sois, . Du magnanime, et puissant roy Françoys, Approche toy, Françoys tant loing sois tu, De Charles plein de prudence, et vertu :
* En i538, le pape Paul III, de'sirant mettre fin à une guerre longue et de'sastreuse, engagea le roi et l'empereur à se re'unir à Nice, où ii se rendit lui-même comme me'diateur. Une trêve de dis: ans fut le prix de ses soins. Mais ce ne fut qu'après la conclusion du traite , que les deux princes consentirent à se voir; ils s'embrassèrent à Aigu es-Mortes. Ils s'e'taient aussi embrasse's lorsque pour sa <le'livrance , François I*'' eut signe' le traité qui livrait à Charles les plus belles provinces de son royaume !
Non pour tous deux en bataille vous joindre, Ne par fureur de voz lances vous poindre , Mais pour tirer Paix , la tant désirée Du ciel treshault, là ou s'est retirée.
Si Mars cruel vous en feistes descendre ,
Ne pouvez vous le faire condescendre
A s'en aller, pour ça bas donner lieu
A Paix la belle, humble fille de Dieu ?
Certainement si vous deux ne le faictes,
Du monde sont vaines les entrefaictes ,
Recevez la, princes cbevaleureux,
Pour faire nous (voyre vous) bien, heureux ,
Ce vous sera trop plus d'honneur, et gloire,
Qu'avoir chascun quelque grosse victoire :
Recevez la , car si vous la fuyez ,
Elle dira, que serez ennuyez
De voz repos , et que portez envie ^
A la doulceur de vostre heureuse vie.
Si pitié donc (o princes triumphans)
Vous ne prenez des peuples voz enfans,
( Dont reciter Testât calamiteux
Seroit un cas trop long , et trop piteux )
Si d'eulx n'avez commisération ,
A tout le moins ayez compassion
Du noble sang, et de France, et d'Espaigne,
Dedans lequel ce cruel Mars se baigne.
Mars cy devant souloit taindre ses dars
Dedans le sang de voz simples sonldàrs : Mais maintenant ( o dieu quel dur esclandre î ) Plaisir ne prend fors à celuy espandre Des nobles chefz, meritans diadesraes :
Et si respand souvent le vostre mesmes , * Faisant servir les haultz princes, de butte Au vil souldard tirant de hacquebutte.
Si que de Mars , ne sont plus les trophées Fort enrichiz d'armes bien estofFees.
Plus ilz ne sont garniz , et décorez , Que de harnoys bien polys et dorez Qui disent bien, la despouille nous sommes De grans seigneurs, et de vertueux hommes.
O quantz et quelz de voz plus favoriz
Sont puis dix ans en la guerre periz î
O quantz encore en verrez desvier,
Si à ce coup paix n'y vient obvier !
Que pensez vous ? cherchez vous les moyens ^
De voz malheurs, nobles princes Troyens? ^
* François 1er avait ëte blesse à la bataille de Pavie.
^ Jean le Maire, dans ses histoires fabuleuses, avait dit qu'un Francus , fils de Priam , échappe' de Troie en flammes , traversa les mers , aborda en France, et y établit une colonie. Quelle était cette étrange manie, défaire de Troie une pépinière de héros qui s'étaient répandus dans tout le monde pour y fonder des états ! Énée en Italie, Francus en France, Turcus en Turquie, Bru tus en Angleterre. Voilà comme on épaississait les ténèbres qui enveloppent le berceau des peuples. En élevant sur des traditions vagues un amas de mensonges grossiers, espérait-on débrouiller le chaos des pre-
Ja pour tenir ou voz clroictz, ou voz torts, Sont ruez jus voz plus vaillans Hectors. Gardez qu'en fin je, qui suis vostre Troye, Du puissant Grec, ne devienne la proye.
Estimez vous, que ce grand Eternel
Ne voye bien du manoir supemel
Les grans débats d'une et d'autre partie ?
Ne^çavez vous, qu'un bon père chastie
Plustost les siens , que les desavouez ?
Si maintenant faictes ce que pouvez ,
Paix descendra , portant en main l'olive ,
Laurier en teste , en face couleur vive ,
Tousjours riant, claire comme le jour,
Pour venir faire en mes terres séjour.
Et Mars souillé tout de sang, et de pouldre,
Deslogera plus soudain que la fouldre :
Car il n'est cueur, tant soit gros , qui ne tremble,
Si voz vouloirs en sont uniz ensemble.
Vienne sur cbamps , Mars avec son armée
Vous présenter la bataille termee,
Il la perdra. Ainsi doncques uniz ,
Et de pitié paternelle muniz ,
Vous eslirez quelque bienheuré lieu,
Là ou viendra de vous deux au milieu
Pallas sans plus. Pallas, à sa venue,
Vous couvrira d'une céleste nue.
Pour empescher, que les malings trompeurs.
D'heureuse paix trop malheureux rompeurs, Ne puissent veoir les moyens, que tiendrez, Alors, qu'au poinct tant désiré viendrez: Si qu'ilz seront tout acoup esbahys Que sur le soir, Tun et l'autre pays, Reluyra tout de beaulx feux de liesse, Pour le retour de Paix noble déesse ; Et que rendray sans que Mars m'en retarde. Grâces au ciel : o mon dieu , qu'il me tarde ! ^
Approche toy, Charles, tant loing tu sois, Du magnanime, et puissant roy Françoys, Approche toy, Françoys , tant loing sois tu , De Charles plein de prudence, et vertu.