‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. augmentée d'un essai sur la vie et les ouvrages de Cl. Marot, de notes historiques et critiques, et d'un glossaireChapitre 19 sur 329 · XY · texte numérisé non relu

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MAROT A l'empereur.

01 la faveur du ciel , à ton passage En France, faict de grans biens un présage, Aussi promet croistre Theur qui te suyt. César Auguste, à l'effect qui s'ensuyt.

Ta conscience en la fidélité

Du roy ton frère , et son humanité

T'ont faict en France acquérir en un moys ,

Dedans trois jours, sans souldars et harnoys

Plus que César, des Gaules acquéreur,

Et le premier des Rommains empereur,

N'avoit conquis en huict ou neuf années

Accompaigné de légions armées :

Car des Françoys assubjectiz par force

'Il fit son entrée à Paris, le premier janvier i54o. Le parlement vint en corps le complimenter; les deux fils du roi s'avançaient à ses côte's, et le connétable marchait, l'epëe nue, devant lui. La ville lui fit présent d'un Hercule d'argent de grandeur naturelle , et lui donna des fêtes magnifiques.

En leur pays, ne conqulst que Tescorce : Mais tu as eu par un don libéral De leurs francs cueurs un acquest gênerai. Et pour garder ce que tu as acquis Aucune force y tenir n'est requis , Mais seulement une paix bien fermée, * Par alliance en amour confermee :

Dont adviendra ferme tranquilité , Et soubz la foy catholique unité'.

Paix qui tiendra les provinces ouvertes , Et peuplera les régions désertes : ^ Des roys uniz la force assemblera , Dont le surplus du monde tremblera.

Paix , qui fera la vive salamandre , ^ Apres son faict mortel estainct en cendre , Nourrir au feu d'une vie immortelle :

A Taigle ^ aussi, quand le vol de son aesle Plus ne pourra sur la terre s'estendre

ï Quelle paix devait-on attendre ? Quel garant avait-on de la parole d'un empereur qui ne fut jamais fidèle à ses sermens? Bientôt Charles répondit à l'ambassadeur de France, charge' de réclamer l'exécution de ses promesses: Je ne m^en souviens pas ; qu^on me montre un écrit.

2 Ces guerres désastreuses avaient changé en déserts des provinces florissantes.

3 Le corps de la devise de François I*"^ était une salamandre dans les flammes.

' Les armes de l'empire sont un aigle à deux têtes.

CHANTS DIVERS. gS

Pour voler plus oultre , ^ si fera fendre Tous les neuf cieulx jusque au lieu angelique, Promis à ceulx qui aymenl paix publique.

CHANT DE FOILIE, DE l'oRIGINE DE VILLEMANOCHE. ^

Lé ES Pichelins par le monde espanduz, Sont de si hault, et si loing descenduz, Qu'a peine a l'on sceu trouver la racine , D'un seul rameau de si brave origine : Mais Dieu voulant qu'ilz ne fussent periz , A resveillé les joyeux esperitz De l'un d'entre eulx nommé Yillemanoche , Qui tout ainsi que l'on rompt une roche Pour trouver l'eau , qui dessoubz est cachée ,

''■ Plus outre était la devise de Charles-Quint. Hercule , dit la fable , arrivé au détroit de Gibraltar , finit ses conquêtes où il croyait que finissait le monde , et éleva deux colonnes avec cette inscription : Nec plus ultra. Après l'expédition de Tunis , Torgueilleux monarque mit dans ses armes les deux colonnes d'Hercule, et ces mots : Plus ultra.

^ Villemanoche était un visionnaire, qui, né dans une obscure condition, se croyait d'une illustre origine. Il avait forgé la généalogie de ses aïeux, qu'il faisait remonter jusqu'aux apôtres, et dont les deacendans occupaient encore plusieurs trônes de l'Europe. Il aspirait à l'alliance des plus nobles familles de France, et divertissait beaucoup la cour par ses extravagances. On veit un Villemanoche , dit Pasquier , n'' avoir le jugement offensé que sur les mariages des grandes dames quUl se promettait. Lettres, liv. tq, page 583, édition in-folio.

Ainsi il a sa race tant cherchée , En se rompant entendement et corps , Qu'il Ta trouvé en livres tous d'accords : Livres ; mais quelz ? livres tresautentiques , Vieux , et usez de force d'estre antiques , Lesquelz il a à grand' peine trouvez Leuz , et releuz , volvez , et revolvez , Si vieux (de faict) les a voulu eslire, Que nul , fors luy , oncqaes n'y sceut rien lire.

Il a trouvé ses grans prédécesseurs :

Preux et hardys , comme leurs successeurs : Dont l'une part réside en Germanie :

Et la pluspart plusieurs règnes manie.

11 a trouvé à force de chercher ,

Que ses parens sceurent si bien prescher,

Non pas prescher , mais si bien harenguerent ,

Qu'a nostre loy Infidèles rengerent.

Et de ceulx là on voit par conséquence

Villemanoche avoir leur éloquence :

Car luy estant vestu de longue togue

Sçait harenguer tout seul en dialogue :

Et s'il avoit la robbe courte prise ,

Lors on verroit, qu'il seroit d'entreprise:

Et qui plus est , semblable de prouesse ,

A ses ayeulx , comme il est de sagesse.

Or est ainsi ( helas ) qu'il nous appert ^

Que par deçà ceste race se pert Si cestuy cy n'est joinct par mariage En noble lieu, qui seroit grand dommage.

O Pichelin tu dessers , qu'on t'allie

En lieu royal : o superbe Italie

Tu es enflée au nom des Crivelins , *

Mais Gaule s'enfle au nom des Pichelins.

Vive (dis tu) la case Criveline,

Mais en tous lieux vive la Picheline.

XYII.

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