CANTIQUE DE LA ROYNE * SUR LA MALADIE ET CONVALESCENCE DU ROY
o'esbahiï on si je suis esploree?
S'esbahit on si suis descoloree, Voyant celluy, qui m'a tant honnoree, Estre à la mort ? "
^ Éleonore d'Autriche, seconde femme de François I*^'.
* On doit remarquer l'heureux choix du mètre employé' dans ce cantique et le précédent. Ce petit vers , de quatre syllabes, tombant à la fin de chaque strophe , produit une harmenie sourde qui convient à la tristesse du sujet.
O seigneur Dieu, tire son pied du bort D'obscure tumbe : ou bien , pour mon support , Avecques luy fais moy passer le port Du mortel fleuve.
Donne à tous deux, en un jour, tumbe neufve, A celle fin, qu'en deux mortz ne s'esmeuve, Qu'un dueil funèbre , et que France n'espreuve Dueil après dueil.
Ne soit, helas, ce mien larmoyant œil Si malheureux , que de veoir au cercueil Jecter celluy, qui en si doulx accueil M'a couronnée.
Qui m'a sur chef la couronne donnée , La plus d'honneur, et gloire environnée, Dont aujourd'huy l'Europe soit ornée.
O tout puissant!
Si pitié n'as de mon cueur languissant , Si pitië n'as du bon roy périssant , Aye pitié du peuple gémissant , Par ta clémence.
Laisse meurir la royalle semence, Sans que voyons l'extresme décadence Du père estant au sommet de prudence.
Pour dominer.
As tu basty, pour après ruyner ?
As tu voulu planter, et jardiner Pour ton labeur parfaict exterminer ?
O quelle perte !
Si elle advient, soit la terre couverte D'air ténébreux , plus ne soit Therbe verte : Soit toute boucbe ou muette, ou ouverte Pour faire crys.
Soient de regretz tous volumes escriptz. Tragiques soient tous escrivans espritz : Et rien ne soit celle qui a le prix D'estre nommée
Femme d'un roy de si grand' renommée, Rien plus ne soit, que pouldre consommée, Pouldre avec luy, toutesfoys, inhumée :
Ce bien j'auray.
Ainsi tous] ours sa compaigne seray, A son costé sans fin reposeray, Et de langueur n'experimenteray La longue peine.
Mais pourquoy suis je ainsi de douleur pleine ? Est espérance en moy ou morte, ou vaine? Le tout puissant par sa bonté humaine Le guérira.
Noz cueurs bien tost de liesse emplira , Car monseigneur encor ne périra , Ains par longs jours son peuple régira : C'est ma fiance.
Croistra ses faictz, pays et alliance : Puis ayant tout fonde sur asseurance, Ira plein d'ans ' prendre sa demeurance Là hault es cieulx.
Qu'est ce mes gens? pourquoy torchez voz yeulx ? Quel nouveau pleur, quel maintien soucieux Faict on encor ? vien , mon Dieu gracieux , Haste toy, sire.
J'entens, que mort mon amy veult occire, Sa force fond ainsi , qu'au feu la cire , Dont' tout bon cueur barbe, et cheveux descire, Faisant regretz.
Semblent Troyens de nuict surprins des Grecz : Semblent Rommains voyans (oultre leurs grez) César occis par traistres indiscretz :
Ha Dieu mon père !
S'il est ainsi qu'à ta loy j'obtempère, De monseigneur les angoisses tempère,
^ Nous retrouvons ici cette belle expression , si heureusement employée par Gilbert ;
Qu'ils meurent pleins de joursi...
En me faisant, ainsi qu'en toy j'espère, A ceste foys.
Or a mon Dieu d'en hault ouy ma voix ,
Et mis à fin l'espoir, qu'en luy j'avois :
Sus suyvez moy, au temple je m'en voys
Luy rendre grâces.
Ostez ce noir, ostez moy ces préfaces /
Chantans des mortz , ostez ces tristes faces : Il n'est pas temps que ce grand dueil tu faces , Pays heureux.
Le ciel n'a pas esté si rigoureux De s'enrichir pour povre, et langoureux Te veoir ça bas, ton trésor valeureux Il te redonne.
Vy doncques France encor soubz la couronne , Qui le chef meur, et prudent environne : Tandis la fleur de jeunesse fleuronne.
Pour faire fruict.
Soit l'Océan calme, sans vent, sans bruict: Sechee aux champs soit toute herbe, qui nuyct, Comme le jour, sbit luysante la nuict : Tout dueil se taise.
Ne pleurons plus, si ce n'est de grand aise, Puis qu'envers nous l'ire de Dieu s'appaise.
Tant nous aymant , que de mortel mesaise Tirer le roy. ^
Escrivez tous ( poètes ) cest efFroy Et le hault bien , dont Dieu nous faict octroy : Vous n'y fauldrez, et ainsi je le croy. Ha povres Muses !
S^il fut pery, vous estiez bien camuses. Doncques ( enfans ) descrivez les confuses Voyant celluy, ou elles sont infuses, Esvanouyr.
Puis tost après faictes les resjouyr, Quand on leur faict les nouvelles ouyr De la santë dont Dieu les faict jouyr, Tant désirée.
Faictes Pallas pasle, et fort desciree, Mars tout marry, sa personne empiree , En appelant d'Atropos trop iree Comme d'abus.
Puis tout à coup chantez comme Phebus Luy mesmes va par les préaux herbus Herbes cueillir, fleurs, et boutons barbus, Fueille, et racine :
^ Les médecins ne purent que ralentir les progrès de ce mal terrible, contre lequel l'art était impuissant.
Pour faire au roy l'heureuse médecine , Prise dessoubz tant benivole signe y ^ Que nous verrons son chef blanc, comme un cigne A l'advenir.
Cela chanté, vous fauldra souvenir, De faire Mars tout joyeux devenir.
Et à Pallas la couleur revenir,
Non plus marrie. /
Faictes que tout pleure fort, et puis rie, Ainsi que moy vostre dame chérie :
Certes souvent de grande fascherie , Grand plaisir vient.
Ainsi ferez , et mieulx , s'il en souvient : Mais à la fm de votre œuvre accomplie, Avecques moy conclurre vous convient, Que jamais Dieu ceulx, qui l'ayment, n'oublie. ^
' Dans ces tems-là on observait les signes, les conjonctions et oppositions des planètes, le cours et le dëcours de la lune, pour purger les malades.
^ Quelle flatterie grossière ! François I*"^ , croyant que tout est permis aux princes, a viole' les droits d'un lien sacré j espe'rant braver, à l'abri du trône, la vengeance d'un de ses sujets, il a été l'honneur à un malheureux, dont, peut-être, l'honneur était le sevd bien , et on ose vanter son amour pour la Divinité , comme si cet amour était le mépris des lois les plus légitimes et la lâche injustice!
go CHANTS DIVERS.
XIIÏ.
FRANCK A l'eMPEUEVR, A SON ARRIVEE. '
O I ce bas monde et toute sa rondeur Est embelly par la claire splendeur Du seul renom qui court de ta personne, Que doj je faire ayant receu tant d'heur, De veoir à l'œil la hauîtesse et grandeur, De ta sacrée et auguste couronne?
Sera ce assez que j'en dresse et ordonne Arc triumphant, pyramide, et colonne, Pour vray record à la postérité?
Suffira il, César, que je m'adonne A te louer, tant que tout lieu resonne Ta grand' vertu , et ma prospérité ?
Non,' car je voy ta magnanimité De si près joincte à la Divinité, Que si je veulx parfaire chose telle, Je fais grand tort à l'immortalité, Qui en louant ceste bénignité Se pense rendre encor plus immortelle.
' En i53g, l'empereur ne vit pas de moyen plus promptet plus sftr d'aller en Flandre soumettre les Gantois révoltes, que de traverser la France. Il envoya demander au roi passage par ses états. François I*"^, ébloui par les avantages qu'on lui fcsait espérer, céda aux conseils du connétable Anne de Montmorency, dévoué à la reine Eléonore , et consentit à recevoir son perfide ennemi.
SUR l'entrée de l'empereur a p.\ris. ^
Or est Cesar, qui tant d'honneur acquist,
Encore un coup en ce beau monde né :
Or est Cesar, qui les Gaules conquist
Encore un coup en Gaule retourné, ,
De légions non point environné,
Pour guerroyer : mais plein d'amour nayfve.
Non point au vent Paigle noir couronné,
Non point en main le glaive, mais Polive.
Françoys et luy, viennent droit de la rive De Loyre à Seine , "^ affin de Paris veoir :
* Charles comptait sans doute son passage en France parmi ses plus grandes victoires. Il sut, par sa politique insidieuse , fasciner les yeux de toute la nation. On avait oublie la bataille de Pavie , le traité de Madrid , la France ravage'e 5 et les traces humides du sang dont la patrie avait été arrosée , étaient cachées par les fleurs que l'on semait sous ses pas. Les fêtes , les festins accompagnaient l'empereur ; il était partout comblé de présens et de flatteries \ son passage était un long triomphe. Triboulet , fou du roi , fut seul préservé de cette folie générale. 11 avait coutume d'inscrire sur un livre, qu'il appelait le journal des fous, les noms de ceux qui, à son avis, agissaient inconsidérément. A l'arrivée de Charles, il y ajouta le nom de ce prince ; François l^"^ l'ayant appris , lui dit : Que feras-tu, si je le laisse passer ? J'effacerai son nom , répliquii Triboulet , et j'y mettrai le votre. Le roi dut ne pas manquer à sa i)arole , mais il n'aurait pas dû la donner.
2 François 1er ^ malgré la cruelle maladie qui le minait , alla audevant de son hôte jusqu'à Loches.
Et avec eulx guerre melnent captive, Qui à discord les souloit esmouvoir.
L'un ( pour au faict de ses pays pourvoir ) Passa par cy, sans paour ne deffiance : ' L'autre de cueur trop hault pour décevoir , Luy donne loy de commander en France. ^ Si que l'on est en dispute, et doubtance, Qui a le plus de hault los mérité, Ou de César la grande confiance , Ou de Françoys la grand' fidélité'.
0 rojs uniz, plus que d'affinité, '
Bien heureuse est la gent qui n'est point morte ,
Sans veoir premier vostre ferme unité ,
^ Charles était loin d'être sans défiance : il avait souvent trompé j il craignait d'être trompé à son four. Le roi lui dit un jour, pour plaisanter , en lui montrant la duchesse d'Étarapes : F'ous voyez, mon frère, cette belle dame ; elle est d'avis que je ne vous laisse pas sortir d'ici que vous n'ayez révoqué le traité de Madrid. — Si l'avis est bon , répondit Charles en fronçant le sourcil , il faut le suivre. Le lendemain , lorsque la duchesse lui offrit la serviette, après qu'il se fut lavé les mains , avant de se mettre à table , il tira adroitement de son doigt un beau diamant qu'il laissa tomber. La duchesse s'empressa de le ramasser et de le lui présenter : Gardez-le , lui dit-il galamment , je suis trop heureux d'avoir l'occasion d'orner une si belle main.
^ François V voulut que l'empereur exerçât l'autorité royale dans toutes les villes qui le recevraient.
^ François I^r , marié en secondes noces à Eléonore , était uni à Charles par le sang ; mais comme ce n'est point le sang , mais les intérêts qui unissent les princes. Cl. Marot les appelle urds plus que d'affinité.
CHANTS DIVERS. qS
Qui le repos dé tant de monde porte.
Vien donc, César, et une paix apporte Perpétuelle, entre nous, et les tiens.
Haulse, Paris, haulse bien hault ta porte,' Car entrer veult le plus grand des chrestiens.