DE LA STATUE DE VENDS ENDORMIE
l^U I dort icy ? le fault il demander ?
Venus y dort, qui vous peult commander.
Ne Tesveillez , elle ne vous nuyra :
Si l'esveillez , croyez qu'elle ouvrira
Ces deux beaulx yeulx , pour les vostres bander. *
d'une qui faisoit la longue.
l^UAND je vous ayme ardantement , % Vostre beauté toute autre efface :
Quand je vous ayme froidement^ Vostre beauté fond comme glace.
Hastez vous de me faire grâce , Sans trop user de cruauté :
Car si mon amytié se passe , Adieu command vostre beauté. *
* J.-B. Rousseau , qui imitait peut-être trop souvent Marot , a Éait son profit <le cette idée :
R«spectons l'Amour Tandis qu'il sonritueille, £t craignons qu'un jour Ce dieu ne s'éveille.
Diane. Cantate I.
^ Cette pensée est exprimée avec bien plus de délicatesse dans cos vers de Mellin de Saint-Gelais :
Tousjours vous me semblastca belle :
d'une qui LUY FEIT CHERE par MANIERE d'ACQUIT.
JNe vous forcez de me cherer, Chère ne quiert point violence :
Mes vers vous veulent révérer , Non obliger vostre excellence :
Si mon amour et ma science En vostre endroict n'ont sçeu valoir , C'est à moy d'avoir patience , Et à vous de ne vous chaloir.
XXXYIIL
d'entretenir DAMOYSELLES.
J E ne sçaurois d'entretien appeller Le deviser qui aucun fruict n'apporte , C'est le vray vent qui tost se perd en l'air , Ou l'eau qui roide en aval se transporte. L'ojseau gentil , sur le poing je le porte,
Mais encor le congneu je mieulx , Apres que la damme immortelle D'amour m'eust ouvert les deux yeulx.
Puis quand les vostres gracieux Reçeurent la mesme estincelle , hovs vostre beauté devint telle , Qu'il en est de moindres aux cieulx :
Soit donc vostre cueur soucieux De m'aymer avec loyauté , Non que le mien ambitieux Mérite un bien si précieux :
Mais pouf garder vostre beauté.