DE LA CHIENNE DE LA ROYNE ELEONOR
Mignonne est trop plus affette'e, Plus frétillant , moins arrestée Que le passeron de Maupas :
Cinquante pucelles n'ont pas La mignardie si friande.
Mignonne nasquit aussi grande Quasy comme vous la voyez.
Mignonne vault ( et m'en croyez ) Un petit trésor : aussi est ce Le passe et temps et la liesse De la royne, à qui si fort plaist , Que de sa belle main la paist.
Mignonne est la petite chienne :
Et la royne , est la dame sienne :
Qui l'orroit plaindre aucunesfoys , On gageroit que c'est la voix De quelque dolente personne :
Et a bien cest esprit Mignonne , De sentir plaisir , et esmoy , Aussi bien comme vous et moy.
La royne en sa couche parée ,
Luy a sa place préparée :
Et dort, la petite foUastre,
Dessus la gorge d'allebastre
De sa dame , si doulcement
Qu'on ne l'oyt souffler nullement.
Et si pisser veult d'adventure ,
Ne gaste drapz , ny couverture :
Mais sa maistresse gratte , gratte ,
Avecques sa flatteuse patte :
L'advertissant qu'on la descende :
Qu'on l'essuyé , et puis qu'on la rende
En sa place : tant est honneste,
Et nette la petite beste.
Le' jeu d'amours n'a esprouvé :
Car encores n'avons trouvé
Un mary digne de se prendre
A une pucelle si tendre.
Or affin que du tout ne meure , Quand de mourir viendra son heure , Sa maistresse en un beau tableau , L'a faict paindre à Fontainebleau , Plus semblable à elle ( ce semble ) Qu'elle mesme ne se ressemble.