‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. augmentée d'un essai sur la vie et les ouvrages de Cl. Marot, de notes historiques et critiques, et d'un glossaireChapitre 298 sur 329 · DE MAISTRE PIERRE DE VILLIERS · texte numérisé non relu

DE MAISTRE PIERRE DE VILLIERS

C Y gist feu Pierre de Villiers , Jadis fm entre deux milliers ,

>o8 ÉPIGRAMMES.

Et secrétaire de renom De Françoys premier de ce nom.

Si sagement vivre souloit , Que jamais estre ne vouloit ( Combien qu'il fust vieil charié ) Presbtre , ne mort , ne marié :

De paour qu'il ne chantas t l'office.

De paour qu'il n'entrast en service.

Et de paour d'estre ensevely.

Et de faict je tiens tant de luy, Ou au moins par tout le bruict a , Que des trois, les. deux évita, Car jamais on ne le veit estre Au monde marié, ne presbtre :

Mais de mort, ma foy je croy bien Qu'il l'est , depuis ne sçay combien.

Les deux il sceut bien eschapper , Mais le tiers le sceut bien happer , Mil cinq cens un et vingt et quatre : Non pas happer, mais si bien batre, Qu'il dort encor icy dessoubz :

De ses péchez soit il absoubz.

IIÏ.

DU PETIT ARGENTIER PAUtlWIER , d'oRLEANS.

Cy gist le corps d'un petit Argentier, Qui eust le cueur si bon , large et entier

XIVRE VI. 5o9

Qu^en son vivant n'assembla bien aucun, Fors seulement l'amytié de chascun :

Laquelle gist avec luy ( comme pense ) Et a laissé pour toute recompense A ses amys le regret de sa mort.

Doncques, passant, si pitié te remord, Ou si ton cueur quelque dueil en reçoit. Souhaite luy (a tout le moins ) qu'il soit Autant aymé de Dieu tout pur et munde, • Comme il estoit du misérable monde.

DE COQUILLART , ^ ET DE SES ARMES A TROIS COQUILLES d'oR.

JLa morre'' est jeu pire qu'aux quilles, Ne qu'aux escbez, ne qu'au quillart.

A ce meschant jeu Coquillart Perdit sa vie et ses coquilles.

^ Guillaume Coquillart, chanoine et officiai de Reims , vivait du tems de Louis XI et Charles VIII. Il a laisse le Plaidoyer et Procès entre la Rusée et la Simple, le Blason des Armes et des Dames , les Monologues de la Botte de foin, des Perruques y et d'autres poe'sies assez agre'ables. Coquillart ^ dit la Monnoye, écrit avec une facilité merveilleuse y et parle très- bien pour son tems.

Cette epitaphe n'est pas du goût de la Monnoye. Il a raison de dire que ce n'est pas là cet élégant badinage que Boileau proposait pour modèle.

^ La morre e'tait un jeu auquel Coquillart perdit toute sa fortune ; il en mourut de chagrin. Le sel de cette ëpigramme est renferme dans le mot morre {mort).

5lO ÉPIGRAMMES.

DE GUION LE ROY QUI S'ATTENDOIT d'eSTRE PAPE A\ANT QUE MOURIR.

Cy gist Guion, pape jadis, et roy :

Roy de surnom , pape par fanlasie :

Non marié, de paour (comme je croy) D'estre cocu, ou d'avoir jalousie.

Il préféra bon vin et malvoysie , Et cliair salée à la propre santé.

Or est il mort la face cramoysie :

Dieu te pardoint , povre pater sancte.

J E fuz Jouan sans avoir femme ,

Et fol jusque à la haulte game :

Tous folz, et tous Jouans aussi

Yenez pour moy prier icy ,

L'un après l'autre, et non ensemble :

Car le lieu seroit (ce me semble)

Un petit bien estroict pour tous :

Et puis s'on ne parloil tout doulx,

Tant de gens me romproient mon somme.

Au surplus, quand quelque sage homme Tiendra mon epitaphe lire,

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