LIVRE VII
Que pleust aux dieux que sans estre caché , J'eusse m'amye ainsi auprès de moy.
DE LA JALOUSIE d'uN MAISTRE SUR SON SERVITEUR.
Malheureux suis, ou à malheureux maistre,
Qui tant de foys sur moy a désiré,
Qu'auprès de luy sa déesse peust estre,
Par qui longtemps amour Ta martyre.
Or elle y est. Mais ce Dieu a tiré
Dedans son cueur une flesche nouvelle,
Mon maistre (helas) voyez chose cruelle,
Car d'un costé vostre désir m'advient :
De l'autre non, car je porte avec elle
Un autre amy , qui vostre place tient.
d'un amoureux et de s'amye,
JL'autre jour un amant disoit A sa maistresse en basse voix , Que chacun coup qu'il luy faisoit Luy coustoit deux escuz ou trois :
Elle y contredit : toutesfoys Ne pouvant le cas denier , Luy dit , faictes le tant de foys ,
53é ÉPIGRAMMES.
Qu'il ne vous couste qu'un denier.
LES SOUHAITZ d'uN AMOUREUX.
JrOUR tous souhaitz ne désire en ce monde Fors que santë, et toujours mil escuz:
Si les a vois , je veulx que l'on me tonde Si veistes onc tant faire de cocuz Et à ces culz frapper tost à ces culz , Donner dedans qu'il semble que tout fonde Mais en suyvant la compagne à Bacchus Ne noyez pas , car la mer est profonde.
XYI.
IL FAUT ALLER DROiCT AU BUT.
iiiN devisant à la belle latin , Mon cûeur esmeu le feu d'amour sentit , Lors je luy mis la main sur le tetin, Pour luy donner un semblable appétit ,
' J.-B. Rousseau a r'habill^ à neuf cette e'pigramme :
£n plein chapitre, un moine à son retour Compte rendait des frais de son voyage : Tant pour le coclie et tant pour le séjour ; Tant pour le vin , et tant pour antre usage. Puis quand ce vint aux frais du culetage , Le papelard mit vingt livres tournois. Lors le prieur lui dit : Par saint François , C'est trop payé. Trop payé ? dit le drôle , Je l'ai tant fait , morbleu , que cbaque fois Ne coûte pas au couvent une obole.
LfVRE VII. 537
Ce qui Tesmeut encores bien petit.
Mais quand je feiz de ma bourse ouverture, Je ne veiz onc plus paisible monture , Ne plus aisée à se renger au poinct.
Ainsi , dit elle , on me met en nature , Sans me venir taster mon embonpoinct.