LIVRE VII
A UNE VIEILLE, PRIS SUR CE VERS; Non gaudet veterl sanguine mollis amor.
V EULX tu vieille ridée entendre Pourquoy je ne te puis aymer?
Amour, l'enfant mol, jeune et tendre, Tousjours le vieil sang trouve amer.
Le vin nouveau faict animer Plus l'esprit que vieille boisson , Et puis Ton n'oyt bien estimer Que jeune cbair , et vieil poisson. '
Vint à Robin toute esplorée , Et luy dit : Donne-moy la mort Que tant de fois j'ay désirée.
Luy , qui ne la refuse en rien , Tire son.... vous m'entendez bien, Puis au bas du ventre la frappe.
Elle ,qui veut finir ses jours, Luy dit : Mon cœur, pousse toujours De crainte que je n'en reschappe.
Mais Robin , las de la servir, Craignant une nouvelle plainte , Luy dit : Haste toi de mourir , Car mon poignard n'a plus de pointe,
^ Ce proverbe était connu avant Marot , comme on le voit par les vers suivans , tires du Desbat de deux Sœurs disputant d*ainours. L'aînée, qui était, suivant l'expression de L. Dufresnoy, assez ruse'e pour entretenir toujours quatre ou cinq paires d'amans, parle ainsi à sa cadette :
Je fais tenir les jeunes vieux.
Disant qu'ilz ont des biens largesse, Et que nulz autres je np veulx , Car j'ayme moult leur grand'sagesse , Combien que ne suis pas clergesse D'aymer jamais jeunes coquars ,
d'une vieille dame fort pasle et d'un vieil gentilhomme.
Une dame du temps passé
Vey nagueres entretenue
D'un vieil gentilhomme cassé ,
Qui avoit la barbe chenue :
Alors la souhaitastes nue
Entre ses bras. Mais puis qu'il tremble.
Et puis que morte elle ressemble ,
Monsieur si pitié vous remord,
Ne les faictes coucher ensemble ,
De paour qu'ilz n'engendrent la mort.
d'un moyne et d'une vieille.
Un moyne un jour jouant sur la rivière, Trouva la vieille en lavant ses drapeaux , Qui luy monstra de sa cuisse heroniere Un feu ardant ou joignoient les deux peaulx ,
Ce seroit à moy grand'simplesse De refuser donc les vieillards.
Aux jeunes dy que les vieillards En rien jamais ne me complaisent , Et vouldrois qu'il/, fussent, tous ars , Car tous leurs faictz fort me desplai.seat , Adonc ilz m'accoUent et baisent, Puis je îeur dy tout en bas son Que riens ne trouve qui me plaisent Que jeune cLair et vieil poisson.