À UNE DAME LUY OFFRANT CUEUR ET SERVICE
1 A NT seulement ton amour te demande, Te suppliant, que ta beauté commande Au cueur de moy, comme à ton serviteur. Quoy que jamais il ne desservit heur, Qui procedast d'une grâce si grande.
Croy que ce cueur de te congnoistre amande, Et vouluntiers se rendroit de ta bande, S'il te plaisoit luy faire cest honneur Tant seulement.
Si tu le veulx , mets le soubz ta commande : Si tu le prens, las je te recommande Le triste corps : ne le laisse sans cueur, Mais loges y le tien, qui est vainqueur De l'humble serf, qui son vouloir te mande Tant seulement.
d'alliance de sœur. *
Jr AR alliance ay acquis une sœur, Qui en beauté, en grâce, et en doulceur Entre un millier ne trouve sa pareille. Aussi mon cueur à l'aymer s'appareille, Mais d'estre aymé ne se tient pas bien seur.
Las elle m'a navré de grand' vigueur.
Non d'un cousteau , ne par haine , ou rigueur : ^ Mais d'un baiser de sa bouche vermeille , Par alliance.
Cil qui la veolt, jouyt d'un treshault heur. Plus heureux est qui parle à sa haulteur : Et plus heureux à qui preste l'oreille : Bien heureux donc debvroit estre à merveille , Qui en amour seroit son serviteur Par alliance.
^ C'est la reine de Navarre que le poète appelle sa sœur d'alliance. On le voit par l'epigramme xxr du livre III.