‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., augmentée de pièces échappées aux premiers éditeurs, et d'un discours préliminaire (volume 5)Chapitre 20 sur 73 · ETUDE DES BELLES-LETTRES. (JC · texte numérisé non relu

ETUDE DES BELLES-LETTRES. (JC

qui n'exige pas un article sépare , parce que ce sera un jeu pour vous de l'appieudrc quand vous saurez une i'ois l'espagnol.

Au reste , mon clier lils , je ne voudrois point que l'étude de ces langues vous dérobât une partie considérable de votre teuips , ni qu'elle devînt , pour vous, une occupation principale. Cette étude doit être placée dans des temps , ou dans des heures presque perdues , dans lesquelles on ne peut pas en Faire aisément de plus importantes. J'y destinerois , par exemple, quelque partie des temps de vacations, et de ceux que l'on passe à la campagne, dans le cours de l'année. Je commencerois par l'italien, parce que c'est la langue la plus utile , après \e grec, le latin et le français , et j'y donnerois une année ; c'est beaucoup plus qu'il n'en faut, en ne prenant qu'une portion des temps que je viens de vous marquer , pour vous mettre en état d'entendre facilement et les historiens et les orateurs , et même les poètes, à la réserve du Dante , qui demanderoit peut-être une étude particulière. L'année suivante , je m'attacherois à l'espagnol. Ainsi, sans inlerrompre vos autres occupations , vous vous seriez familiarisé , sans peine , avec deux langues nouvelles , et vous vous trouveriez en état de profiter de leurs richesses.

Pour achever ce qui regarde le premier point de ceux que j'ai distingués d'abord , c'est-à-dire, l'intelligence , je dcvrois peut-être vous parler ici des grammairiens, des dictionnaires, des commentateurs et des ouvrages de critique. Mais , à l'égard des trois premiers, c'est un secours qui est du nombre des choses qu'on entend assez , sans qu'il soit besoin de les dire , et qui ne demandent que deux précautions :

La première , d'user sobrement de ce secours , et de chercher , autant qu^il est possible , l'inlelligence des auteurs dans les auteurs mêmes , plutôt que dans leurs commentateurs ;

La seconde , de savoir choisir les meilleurs, pour

lOO QUATRIÈME INSTRUCTION.

ne point se jeter dans la mer des interprètes , et dans la triste oecupalion de compiler , comme dit Horace , Crispini scrinia Lippi (i).

A l'e'gard des ouvrages de critique, comme cela appartient encore plus au jugement qu'à la simple intelligence , je me réserve de vous en dire un mot , en parlant du second point aucjuel je passe à présent.

On juge d'un ouvrage de belles - leltres , ou par lumière et par la connoissance des règles , ou par sentiment et par goût: mais on n'en juge jamais bien que lorsqu'on peut joindre l'un à autre. Un savant , dont la tête est remplie des préceptes de la rhétorique , de la poétique , ou de l'art historique , et qui ne juge du mérite des auteurs que par l'application méthodique des règles spéculatives , est souvent sujet à se tromper ; et un ouvrage froid , dans lequel cependant toutes les lois de l'art auront été exactement observées, pourra quelquefois lui paroître plus estimable qu'une pièce moins régulière , mais où la nature l'emporte sur l'art , qui a ses imperfections et ses irrégularités , mais tellement compensées , ou plutôt effacées par la noblesse des pensées , la grandeur du sentiment, et le sublime de l'auteur, qu'on peut dire que ces fautes , contre les règles de la composition , sont comme absorbées dans sa gloire.

SUR l'Étude et les exercices qui peuvent préparer

AUX FONCTIONS d'avOCAT DU ROI.

Un jeune homme qui se destine à remplir bientôt la charge d'avocat du roi au châtelet , et qui désire

(i) Satyr., lib. i, sat. i.

ETUDE POUR LES FONCTIONS D AVOCAT DU ROI. lOl

encore plus d'y réussir , doit s'y préparer en deux manières différentes ; je veux dire par l'étude, et par une espèce de pratique ou d'exercice anticipé , comme je l'expliquerai dans la suite : l'un sans l'autre ne l'y disposeroit qu'imparfaitement.

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