NOTIONS GÉNÉRALES DU DROIT NATUREL
I. S'il y a un droit qui mérite véritablement ce nom (comme on ne sauroit en douter, et comme l'on en sera encore plus convaincu par l'exposition même de ce droit) , il doit consister uniquement dans des règles que la raison enseigne à tout homme exempt de passion et attentif à envisager de sang-froid ce qui tend a sa perfection et à son bonheur ; ou , si Ton veut exprimer la même pensée d'une autre manière, on peut dire que le droit naturel consiste dans ces lois primitives , qui , étant également reconnues par tous Ici,
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hommes , même par ceux qui les violent, 'sont regarde'es avec raison comme gravées dans le fond de notre être par la main de son auteur.
De là vient que ce droit a été encore appelé un droit commun à toutes les nations. Il n'en est aucune qui n'ait une idée du juste et de l'injuste^ qui n'approuve et ne loue les actions conformes à cette idée , qui ne blâme et qui ne punisse même les actions contraires. Il n'est aussi aucun homme qui ne soit content de lui - même , lorsqu'il a suivi les règles de l'équité naturelle; qui n'en soit mécontent au contraire, lorsqu'il a blessé ces règles, et qui n'en soit bientôt puni par le trouble de son ame , et par un remords vengeur qui suit promptement le crime , et qui est comme le premier tourment du coupable. C'est ainsi que tous rendent témoignage à ce droit supérieur à tout antre, qui est né, pour ainsi dire, avec nous , et qui a précédé tous les préceptes et toutes les lois.
II. Mais, en quoi consistent les règles de ce droit naturel ? C'est ce qu'on ne sauroit bien expliquer qu'après avoir ébauché un léger tableau de Tétat de l'homme dans ce monde.
III. Placé par une main invisible et toute-puissante entre Dieu qui l'a créé, et d'autres êtres qui lui sont égaux, l'homme s'aperçoit aisément qu'il y a trois objets pi'incipaux auxquels se rapportent toutes ses pensées, tous ses désirs, toutes ses actions :
Le premier est Dieu , auteur et dernière fin de son être ;
Le second est lui-même , dont il se fait souvent une espèce de divinité, en rapportant tout à lui par un amour-propre qui dcvroit le conduire à son véritable bonheur s'il étoit bien réglé, et qui fait ordinairement son malheur parce qu'il ne l'est pas ;
11 trouve son troisième objet tlans ses semblables, c'est-à-dire, dans les autres hommes avec qui il est lié, comme ils le sont avec lui par une espèce d'inclination naturelle, et même par des besoins réciproques.
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IV. Lorsque Thomme se consitlèro dans ces trois points de vue, il n*a pas besoin de maître pour sentir que sa félicité dépend de la manière dont il se conduit à leur égard j et qu'il n»peut être heureux qu'autant qu'il est bien avec Dieu , avec lui-même , avec ses M-mb labiés.
Et, comme il aspire continuellement, nécessairement, invinciblement à être heureux, il reconnoît en même lemps que c'est dans son union à ces trois objets , qu'il doit trouver le priticipe et la règle de tous ses devoirs natiuels.
V. Toute sociélé humaine , ou toute nation particulière n'élant que l'assemblage de plusieurs hommes unis ensemble par des liens plus étroits que ceux qui ne sont formés que par la nature, peut êlre considérée comme un seul homme. Ainsi, il est évident que ce qui est vrai de chaque membre d'un corps , n'est pas moins vrai du corps entier; d'où il résulte nécessairement, que le bonheur et les devoirs généraux ou primitifs de tout royaume ou de tout état, doivent consister aussi à être bien avec Dieu , avec lui-même, avec ses semblables, c'est-à-dire, avec les autres états avec qui il est lié par les mêmes relations ou les mêmes besoins qui rendent les particuliers dépendans les uns des autres. Ainsi, tout ce que l'on va dire des devoirs naturels de l'homme , par rapport aux trois grands objets de son amour, doit êlre appliqué à chaque nation , ou à chaque élat, comme à chaque homme envisagé séparément.
A I. Après ces observations préliminaires , il est temps d'entrer dans un plus grand détail, en s'altachaut d'abord au premier objet , je veux dire , à Dieu; et je demande qu'il me soit permis de parler ici en mon nom , pour m'exprimer d'une manière plus abrégée et plus sensible sur des devoirs qui me sont communs avec tous les hommes.
IjjO ESSAI DUNE INSTITCT10r«
DEVOIRS NATURELS DE l'hOMME ENVERS DIEU.
I. Ce sont ces devoii^ qui forment ce que l'on peut appeler le droit naturel entre le Créateur et la c/éature.
Maisj comment ma raison pourra-t-elle s'en former une juste idée? Je ne connois point d'autres moyens pour y parvenir, que de considérer ce que je suis, et ce que Dieu est; de tourner mes premiers regards vers mon cire borné , pour les élever ensuite vers l'Être infini. C'est ce qui peut me faire mieux coniioître mes devoirs par rapport à Dieu^ et j'espère de trouver dans ce double regard la source de toutes les règles que je dois suivre à l'égard de l'Être suprême. II. Au premier coup-d'œil que je jette sur moimême , je vois qu'il a donné à l'homme deux facultés dinérentes , par lesquelles il a bien voulu imprimer sur lui quelques traits de ressemblance avec son auteur :
La première , est une intelligence , ou un entendement capable de connoîtrc;
La seconde , est une volonté faite pour aimer. L'objet de l'une et de l'autre est infini. L'ceil ne se rassasie point de voir : l'esprit a un désir de connoître, qui n'a painl de bornes, (jui croîî, qui se multiplie avec ses connoissances mêmes , parce ([ue tout ce qu'il découvre étant borné , il veut toujours voir au-delà de ce qu'il a vu.
La volonté de Tbomme , aussi insatiable que son intelligence, et peut-êire encore plus, éprouve également que tout ce qui est iini ne fait ({u'irriler sa faim bien loin de l'apaiser. Dégoûtée bientôt des objets qu'elle possède , elle en chercbe toujours de nouveaux , sans en trouver jamais aucun qui rem* plisse ce vide immense qu'elle sent au fond de soa être.
HT. Si j'ose élever ensuite mes foibles yeux vers l'Etre suprême qui a allumé en moi cette soil ar— dcjite et coiilinucUc du vrai et du bien , je sens
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d'un côlé qu'un Dieu souverainement juste ne sauroit avoir tonné en moi ce désir élcnul et inépuisable , qui est comme le tonds de mon élre imparlait, pour ne le contenter jamais; et je ne sens pas moins de l'autre, que lui seul peut satisfaire pleinement co désir, parce qu'il n'y a qu'un objet inlini dont la possession puisse remplir la capacité d'une intelligence et d'ime volonté qui, tjuoique finies dans leur nature, sont cependant intlnies dans leurs désirs.
IV. De cette espèce de comparaison de l'homme avec Dieu , je conclus naturclleraent , que si la possession de l'Etre infini peut seule me rendre lieureux , c'est parce qu'elle me l'ait participer au bonheur de Dieu même.
V. Me scra-t-il permis de remonter encore plus haut , et de rechercher à me former au moins une idée imparfaite de ce bonheur que nous pouvons à peine entrevoir au travers des ombres de la vie présente? Il me semble cependant que je peux supposer sans témérité que la féliciié de l'Etre divin consile dans la vue et , pour ainsi dire , dans la jouissance de Ini-méme, ou , si l'on aime mieux celte autre expression, dans la salisiaction infinie que lui donne le spectacle éternel de sa perfection infinie.
Mais comment l'être imparfait pourroit-il acquérir la perfection qui lui manque , si ce n'est par sa ressemblance et par son union avec l'Etre souverainement parfj\it? Union par laquelle la perfection ihi Créaleur devient en quelque sorte la perfection do la créature , qui entre par là en partage du même bonheur.
VI. De toutes ces notions générales qui sont comme la métaphysique du droit naturel entre Dieu et l'homme, il me semble que je peux tirer aisément, et par des conséquences immédiates, toutes les règles essentielles de cette espèce de droit ; et je les appelle essentielles, parce qu'elles renferment éminemment toutes celles qui en résultent par des conséquences plus éloignées , et dont le détail seroit infini. Je réduis donc ces règles à sept principales ,
et je commence par celles qui regardent mon inlel- Jigence.
Yll. Comme elle ne peiil être satisfaile que par la connoissance de l'Être infini, ma première règle ou mon premier devoir à l'e'gard de Dieu , sera de travailler à développer toujours en moi cette première idée qu'il lui a plu de me donner de luimême , et que le spectacle admirable de l'univers qui publie si hautement la gloire de son auteur , retrace continuellement dans mon esprit.
Je sais en général ([ue c'est un Etre souverainement parfait; mais ma Foiblesse m'obligeant à séparer dans mon esprit ce qui est essentiellement un, pour Tenvisager plus facilement, en distinguant ce que l'on appelle les propriétés ou les attributs de l'Etre divin , qui portent tous également le caractère de sa perfection infinie, je tâcherai de me former Tidée la plus étendue qu'il me sera possible de sa science , de sa sagesse , de sa puissance, de sa justice , de sa bonté infinie; et les réunissant ensuite, comme elles le scml en effet dans l'Êtic suprême , je parviendrai par là , autant que la mesure bornée de mon intelligence me le permet, à remplir mon premier devoir, qui est de faire tous mes efForfs pour connoître celui qui m'a fait ce que je suis.
VTII. Mais ma volonté n'a pas moins besoin de rùgles que mon intelligence, et j'ai remarqué qu'elle ne peut être rassasiée que par la possession d'un bien infini : ainsi, ma seconde règle sera de tendre constamment par tous les désirs , par toutes les affections , par tous les mouvernens de mou ame , à m'unir autant ({u'il m'est possible à l'Être suprême qui est l'unique et l'inépuisable source de ma félicité.
IX. Je conclurai de là, et ce sera ma troisième règle, que si je m'aime moi-même, comme je ne saurois m'en empêcher; si je ne m'aime véritablement, qu'autant que je crois approcher de ïa perfection de mon être: enfin, si je ne peux la trouver que dans Dieu, je suis obligé de l'aimer, je ne dis pas autant, mais plus que moi-même; ou , pour parler
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pîu^ correctemcnl, je sentirai que je ne peux m'alnier raisonnablement qu'en lui ; ou , pour exprimer encore mieux ma pensée , je dirai que c'est Dieu que j'aime véritablement , en m'aimant moi-même comme je le dois , pui8({uc ce 7}ioi n'est aimable qu'autant qu'il est uni à l'Etre souverainement parfait, dans lequel il se confond, pour parler ainsi, et oq devenant un avec lui, comme les sages mêmes du paijanisme l'ont senti par les seules lumières de la raison naturelle.
X. Par conséquent ma quatrième règle sera de me représenter toujours Dieu comme le seul être qui soit véritablement aimable, le seul qui puisse soutenir ma foiblesse, suppléer à mon indigence , et donner à mon ame toute espèce de satisfaction j et il est non-seulement mon bien , mais mon unique bien, ou plutôt , il est tout bien pour moi. Ce qui me flatte même dans les autres êtres à qui je prodigue ce nom , ne consiste que dans ce sentiment agréable qu'il plaît à Dieu de me donner à leur occasion. Malheur à moi, si j'en abuse 'pour m'atlacher à des biens indignes de mon amour, et incapables de le satisfaire ! Mais si je le fais, c'est moi seul qui deviens mauvais, et Dieu demeure toujours souverainement bon , parce qu'il ne me donne un pareil sentiment que pour me faire tendre à celui qui en est l'auteur.
Xï. Il est le maître de m'affliger par des senlimens douloureux , comme de me faire goûter une douce satisfaction : arbitre suprême des biens et des maux , il les tient également en sa main , et il les dispense comme il lui plaît suivant les règles de sa bonté et de sa justice. Ma cinquième règle sera donc de craindre souverainement de lui déplaire , et de le craindre d'autant plus que je l'aimerai davantage. La crainte du mal naît en moi de l'amour du bien, et ces deux sentimens sont naturellement la mesure l'un de l'autre.
XIT. Ainsi, regardant Dieu comme disposant de tout ce qui me paroît aimable et de tout ce que je trouve redoutable, j'en tirerai celte conséquence.
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«jui sera ma sixième règle : que riiomme est na?nrellemenl obligé d'invoquer et d'implorer continuellement le secours divin. Je reconnoîtrai que c'est lui que je dois supplier de m'accorder les vrais biens , et de détourner de moi les véritables maux , quand même je scrois assez aveugle pour demander comme un bien ce qui doit être regardé comme un mal, ou pour craindre comme un mal ce qui est en effet un Lien véritable : prière dont les pc^ètes profanes de l'anliquilé nous ont laissé le modèle, tant ils ont senti par les seules lumières de la raison, que cette prière étoit une suit€ nécessaire de la nature de l'homme comparée avec l'être de Dieu.
X[Il. Mais il est évident que l'Être infiniment parfait ne peut se rendre favorable ni s\inir qu'à ceux qui lui ressemblent : vérité qui n'a pu aussi être obscurcie par les ténèbres du paganisme j et les philosophes mêmes de ranti(paité en ont conclu que l'homme devoit travailler continuellement à retracer, à perfectionner en lui cette image du souverain Etre qu'il trouve dans sa nature.
Ma septième règle sera donc de joindre à l'invocation de cet Etre, l'imitation de ses divines perfections ; et elle ne peut consister (jue dans la conformité de mes pensées et de ma volonté avec les pensées et la volonté de mon auteur. Juger de tout comme Dieu , autant qu'il m'est possible de le connoîtrcj vouloir tout ce qu'il veut; rejeter tout ce qu'il lie veut pas, ce sera dans cette heureuse conformité que je ferai consister Jc principal efîet d'un amour qui me porte natuiellenu'ut à Tiniitation de l'Elre souverainement parfait.
XIV. On me demandera, sans doute, comment ma foible raison pourra parvenir à pénélrer , pour ainsi dire , dans le secret de l'intelligence et de la volonté d'un Etre qui surpasse inliniment toutes mes connoissances. Mais j'ai déjà prévemi en partie cette question, lorsque j'ai ren»arqué qu'au milieu même des ténèbres qui nous environnent, nous apercevons au fond de uotre amc un rayon de lumière qui noua
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éclaire assez pour nous iaire connoître an moins que Dieu est un être inliniment partait, en science, en sagesse, en puissance, en justice, en bonté ; et c'est en travaillant à nous former l'ide'e la plus sublime et la p!us élendue de ces perfections, que nous pouvons parvenir à connoître , quoique imparfaitement , comment nous devons nous conduire , pour conformer notre intelligence et notre volonté à celle de Dieu.
J'ajoute seulement ici, que quelque bornées que soient nos connoissances , elles nous suffisent pour ïjous faire sentir au moins ce qui rions manque, et ce que nous ne pouvons trouver qu'en Dieu. Tel est l'etîtit et la conséquence na'urelle de la comparaison que nous faisons de notre être borné avec l'Etre qui n'a point de bornes ; en sorte que la vue même de notre imperfection nous é;ève, par degrés , jusqu'à la connoissance de la perfection , telle que nous pouvons la voir par les seules forces de la raison.
XV. Ainsi , pour entrer dans un plus grand détail sur l'utilité de cette comparaison de l'imperfection humaine avec la perfection divine, mon plus grand soin sera de méditer attentivement sur l'élévation et la bassesse de l'homme j sur sa force et sa foiblesse. Je chercherai à découvrir en quoi peut consister la perfection bornée de son intelligence et de sa volonté; ce qui peut le rendre heureux ou malheureux; ce qu'il a reçu et ce qu'il reçoit continuellement de l'auteur et du conservateur de son être; ce qu'il doit en craindre , ce qu'il doit en désirer , et ce qu'il peut en attendre ou en espérer, s'il est toujours fidèle à chercher dans l'Etre infini ce qui manque à son être fini.
XVI. Celte première manifestation des lois que le seul nom de Créateur impose à la créature, est ce que l'on appelle révélation naturelle , par laquelle Dieu fait connoître à l'homme ce qu'il exige d'un être raisonnable qu'il n'a créé que pour l'élever à lui et le rendre aussi parfait et aussi heureux qu'il le peut titre par la ©oauoissance , par l'invocation ^
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pai' rimilatiou de sou auteur j et c'est à cette mêuie révélation que l'on donne aussi quelquefois le nom de religion naturelle , dans la<{uelle est renfermée cette espèce de droit primitif et immuable, qui a lieu, comme je l'ai dit, entre le Créateur et la créature.
XVII. J'éprouve cependant tous les jours que , soit par la foibk'sse de ma raison , soit par les nuages des passions qui en obscurcissent souvent la lumière, ou qui lui font perdre de vue son véritable objet, mes coilnoissances sont comme enveloppées d'une obscurité qui m'afflige. Mais, si je sais en faire un bon usage, ce seront ces ténèbres mêmes qui me porteront à désirer de savoir s'il n'a pas plu à l'Être souverainement bon de joindre , à cette révélation iiaturede et imparfaite dont je viens de parler, une révélation plus expresse, plus lumineuse, plus étendue , dans laquelle il ait daigné nous parler luinième, venant ainsi au secours de notre raison impuissante, pour nous révéler ce que nous devons connoître de son intelligence et de sa volonté, sur la vraie perfection, sur le bonheur solide et durable de notre être, sur la voie qui nous y conduit, sur le culte par lequel il veut être honoré, en un mot, sur tous nos devoirs par rapport à lui, et sur les forces (ju'il nous donne p(jur ics remplir.
XV III. S'il y a eu une révélation de cette nature, ma raison même doit m'exciter à faire tous mes etTorls pour ia bien connaître comme le plus grand présent que la bonté de Dieu ait pu faire au genre humain, puisqu'il l'a mis par là en état de le chercher et de le trouver.
XIX. Il me semble même que mes foibles lumières me font découvru" deux vérités également importantes sur ce sujet :
L'une , que si Dieu a bien voulu parler lui-même à l'homme, il aura sans doute accompagné sa parole de tant de signes éelalans et des prodiges évidemment surnaturels , que tout esprit raisonnable et atlenlif ilut être poiivaincu que c'est Dieu en eflèt qui a voit parlé ;
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.UsiuXve, que pour accomplir ce qu'il nous aura commandé, nous pouvons espérer de sa bonté un attrait puissant , un secours capable de nous faire résister au charme ou à la violence des passions , et surmonter tous les obstacles qui nous enqiêchent de tendre véritablement à notre perlection et à noire félicité.
XX. Quelle sera donc ma salisfaction , si je parviens à m'assurer que Dieu a parlé; qu'il s'est fait connoître sensiblement aux bomnies pour les éclairer , pour les instruire lui-même; qu'il y a une religion qui porte les caractères que je viens d'indiquer, et qui peut se glorifier d'être la seule dépositaire de cette révélation surnaturelle , où je trouve abondamment tout ce qui xn'est nécessaire pour me rendre parfait et heureux par la connoissance et par l'amour.
Il est temps de finir cette espèce de digression , où je suis sorti en quelque manière de ma sphère ; mais si je m'en suis écarté pour un moment, je ne saurois cependant m'en repentir , puisque je me suis convaincu que le dernier effort de ma raison est de me conduire et de m'amener par degrés jusqu'à la porte de la véritable religion.
XXI.' Je reviens donc ici à mon objet, je veux dire aux devoirs, dont la révélation naturelle m'apprend que je suis obligé de m'acquilter envers Dieu. Je les ai renfermés dans un nombre de règles générales, dont toutes les autres, comme je l'ai dit ^ ne sont que des conséquences plus ou moins éloignées j et il me semble même cpie je pour rois réduire toutes ces règles à une seule; puisque, après m'être convaincu, d'un coté, que ma souveraine perfection est d'être uni à Dieu , et de l'autre , que cette perfection fait mon souverain bonheur, il est évident que mon intention continuelle doit être de tendre constamment à cette union , comme à la dernière fin de mon être. Sa véritable essence consiste dans une inclination raisonnable, qui ne m'attache ni à raoi- D'Agaesscau. Tome Xp^. 12
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même, ni à aucun autre objet, que pour me rendre parfailemcnt et solidement heureux; à quoi ma raison m'apprend que je ne peux parvenir que par la possession de l'Etre suprême.
XXII. Mais, après tout, je dois observer que le nom de droit naturel , entre le Créateur et la créature, que j'ai donné à ces devoirs, ne peut s'entendre que dans un sens impropre , puisque , à la rigueur, le nom de droit semble signifier des obligations réciproques , entre ceux qui y sont soumis ; et puis -je penser que, comme l'iiomme est naturellement obligé de suivre , à l'égard de Dieu , les règles dont je viens d'ébaucher l'idée, Dieu est aussi tenu d'observer certaines règles, à l'égard de l'homme, comme si , en le tirant du néant , il avoit contracté , par la création même , une espèce d'engagement avec i'ouviage de ses mains ?
Toute réciprocité suppose une égalité de droit , plus ou moins parfaite. Et qui est-ce qui peut avoir des droits contre Dieu ? L^Etre infini est , à ce titre même , le plus libre et le plus indépendant de tous les êtres : il a un droit suprême et universel sur tout ce qu'il a fait j et rien de tout ce qu'il a fait n'a aucun droit sur lui : sa volonté est la seule règle , la seule mesure de ses actions ; ses promesses ne sont que le libre efl'et de sa bonté infinie. L'homme doit donc tout à Dieu ; mais, dans l'exacte vérité , Dieu ne doit rien à l'homme. Et si l'on attache au terme de droit naturel , l'idée d'un engagement réciproque, on ne peut , sans doute , l'appliquer proprement à Dieu.
Mais , dans cette extrême inégalité, qui est essentiellement attachée aux (pialités de créateur et de créature , l'homme; a le bonlwur île tiouver le titre de son espérance , dans les idées que Dieu lui donne de ses perfeclions iniinies ; et il est aisé d'en conclure que riiomnie traite, pour ainsi dire, avec Dieu, beaucoup plus sûrement, sans aucune comparaison , qu'il ne peut le faire avec un homme scnil)lable à
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lui. Il n'en faut pas davantage pour faire connoître le sens légitime que l'on peut allaclier au terme de droit naturel entre Dieu et l'homme.
DEVOIRS NATURELS DE l'hOMME ENVERS LUI-MEME.
I. Avant que d'entrer dans l'explication de ces devoirs , ou des rèj,dcs générales de ce droit naturel, qui a lieu entre moi et moi-même , je ferai d'abord deux observations préliminaires :
L'une, que toutes ces règles doivent être renfer-^ mées dans cette proposition , dont je me suis déjà convaincu j je veux dire , que si je suis raisonnable , si je m'aime véritablement moi-même, je tendrai toujours à mon bonheur par ma perléclion;
L'autre , que je suis composé de deux substances diflérentes : l'une matérielle , que je nomme mon corps ; l'autre spirituelle , que j^appelle mon ame : et que ces deux substances , dont la nature est si essentiellement difîérente , sont cependant unies par un lien invisible, mais qu'une expérience continuelle me fait sentir à chaque instant ; et sont tellement assorties l'une à l'autre , que les biens et les maux leur sont communs , en quelque manière , par l'impression qu'elles en reçoivent , chacune , selon sa nature.
IL La première conséquence que je tirerai de ces deux observations, ou la première règle générale de mes devoirs à l'égard de moi-même , sera donc que je suis naturellement obligé de travailler à la perfection de mon corps , à la perfection de mon ame , et enfin , à celle de ce tout, ou de ce moi tout entier , qui est composé de l'un et de l'autre.
m. Pour commencer par ce qui regarde le corps, ce droit naturel , que je dois observer à l'égard de moi-même, m'oblige de prendre un soin raisonnable de conserver, de rétablir , d'augmenter même, s'il est possible , la bonne disposition , la force, l'adresse de mon corps ; d'éviter, avec soin, les plaisirs ou les excès qui peuvent y être contraires , et tout ce
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qui est capable de déranger ou de détruire une machine si admirable , mais si fragile.
Je trouve un avantage dans l'observation de cette règle ; c'est que la perfection de mon corps ne m'est pas seulement agréable en elle-même , je sens qu'elle m'est encore très-ulile pour la perfection de mon ame , qui remplit , bien plus aisément , toutes ses fonctions , lorsqu'elle n'est point Iroublée par le dérangement et l'alléralion d'un corps dont les organes lui sont si nécessaires , dans les opérations même les plus spirituelles.
Ainsi , mon plus noble objet , dans l'attention que que j'aurai pour mon corps , sera de l'entretenir dans une situation , où , loin de se rendre inhabile au service de mon ame et souvent même d'y mettre un obstacle , il soit , entre ses mains , comme un instrument souple et docile , dont elle disnose à son gré pour parvenir à sa propre perfection.
IV. C'est ce qui me conduit naturellement à parler de ce que je dois à mon ame.
Personne , dit un des sages du paganisme,. ne sait honorer son ame autant qu'elle le mérite. C'est , en ell'et , dans cette seule partie de mon être, que je peux trouver une image de la divinité. Je respecterai donc cette image; et, connoissant tout ce qui élève l'esprit, infiniment au-dessus du corps, je me prescrirai , pour seconde règle générale , de travailler beaucoup plus , sans comparaison , à la perfection de mon être spirituel , qu'à celle de mon être corporel.
Mais il est évident que celte perfection ne peut copsister que dans le bon usage de mon intelligence pour connoître le vrai bien , et de ma volonté pour l'acquérir. C'est par là que ma perfection me conduit à mon bonheur. Ainsi , toute mon attention doit se porter à chercher les movens de faire cet usage de mes deux facultés , en observant , avec une fidélité persévérante, \es règles que je vais expliquer.