‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., augmentée de pièces échappées aux premiers éditeurs, et d'un discours préliminaire (volume 5)Chapitre 8 sur 73 · ÉTUDE DU DROIT CANONIQUE · texte numérisé non relu

ÉTUDE DU DROIT CANONIQUE

Cette étude a aussi ses prélimiDaires, ou ses prolégomènes , comme celle du droit civil , et ils ne sont pas moins nécessaires pour y entrer avec la préparation convenable.

L'étude du droit canonique est , à proprement parler, l'étude des lois de l'église, par rapport à sa police et à sa discipline , aux titres et aux fonctions de ses ministres , et à l'ordre de ses jugemens.

Ainsi , tout ce que vous aurez vu dans les prolégomènes du droit civil, sur l'origine, la nature et les différentes espèces des lois, aura aussi son application au droit ecclésiastique j en sorte qu'il sera vrai de dire en ce sens , comme dans beaucoup d'autres qui s'off'riront à vous dans la suite, qu'en étudiant le droit civil, vous aurez appris, sans y penser, le droit canonique.

Mais , outre ces premières notions générales , qui sont communes à l'une et à l'autre jurisprudence;, vous aurez encore à étudier ces deux sortes de prolégomènes qui sont propres à l'étude des canons : l'une, qui est toute de droit, quoique les exemples puissent servir à l'illustrer j l'autre, qui est entièrement de fait.

La première , consiste à bien approfondir la nature des lois ecclésiastiques , et toutes les différences qui sont entre ces lois et les lois civiles ou temporelles, soit par rapport à leur matière, soit par rapport à leur objet, soit enfin par rapport aux peines qui aff'ermissent l'autorité des unes et des autres. C'est ce qui vous conduit naturellement à la grande et importante question de la distinction des deux puissances, c'est-à-dire, de la puissance spirituelle et de la puissance temporelle, qui est ce que l'on appelle d'un autre nom^, le sacerdoce et l'empire.

Vous ferez quelque jour, mon cher fils, une étude suivie et approfondie de cette grande matière qui, suivant toutes les apparences , pourra devenir un

des principaux objets de vos fonctions , si vous vous rendez digne de remplir celles du ministère public.

Mais, en attendant que vous puissiez étudier à fond cette matière , il est nécessaire que vous vous en formiez au moins une juste idée, avant que de vous engager dans l'étude du droit canonique, où vous pourriez prendre de très-mauvais principes sur les bornes des deux puissances , si vous en lisiez le texte et les interprètes , sans précautions , et sans avoir dans l'esprit quelques maximes générales qui sont absolument nécessaires pour en faire un juste discernement.

La lecture du traité des lois, de M. Domat vous en aura donné d'abord une première notion ; mais , comme il n'a touché ce point qu'en passant , quoique avec beaucoup de justesse , vous ferez bien d'y joindre deux choses qui vous suffiront quant à présent :

L'une, est la lecture du traité de M. le Vajer, de l autorité des rois dans l'administration de L'église ; traité qui , dans son genre, ne cède guère a celui de M. Domat , sur les lois , et qui est même écrit avec encore plus de clarté et d'agrément dans la diction. Vous pourrez en passer la première partie qui est historique, mais superficielle et peu exacte sur certains faits , pour vous attacher d'abord à la seconde qui est toute de droit, et où vous trouverez des idées simples, naturelles, mesurées avec toute la sagesse possible, et véritablement capables de concdier deux puissances souvent ennemies, qui ne le seroient jamais si elles entendoient parfaitement, nonseulement leurs droits, mais leurs véritables intérêts. Je me garderai bien de vous dire que j'en ai un extrait tout fait, parce qu'il faut, s'il vous plaît, que vous ayez aussi la peine d'en faire un; l'utilité de ces sortes d'extraits, comme je vous l'ai déjà dit ailleurs, étant de les faire soi-même.

L'autre, est la lecture de quelques écrits de M. le Merre, sur la même matière, où vous trouverez aussi beaucoup île sagesse et de solidité j et c'est

PLAN GÉNÉRAL d'ÉTUDES. 27

par là que vous pourrez commencer à faire conrioissance avec un homme d'un me'ritc supérieur, qui seul est plus capable de vous conduire dans l'étude du droit ecclésiastique, que tout ce que je pourrois vous en dire.

Quand vous aurez bien compris la véritable nature de la puissance spirituelle et des lois canoniques, vous passerez à la seconde espèce de prolégomènes c[ui ne consiste qu'en faits , et qui est entièrement semblable à celle que vous aurez vue dans Jacques Godefroy, sur le droit romain.

Vous comprenez assez par là, mon clier fds, que je veux vous parler de l'iiisloire du droit canonique , que l'on peut diviser en deux parties, dont la première comprend l'ancien droit, c'est-à-dire, l'histoire des collections anciennes des canons qui ont eu cours dans l'église , jusqu'à la collection d'Isidore, exclusivement; et la seconde regarde le nouveau droit, c'est-à-dire, les nouvelles collections des canons et des décrétalesdes papes, dont la dernière forme avec le décret de Gratien, ce que l'on appelle le corps du droit canonique; recueil beaucoup plus imparfait que ceux du droit civil , et qui ne contient presque que ce qu'il y a de moins bon dans les dispositions canoniques, en sorte qu'il pourroit être plus justement appelé le corps de droit du pape que le corps de droit de Téglise,

Il faut cependant l'étudier , mon cher fds , soit parce que c'est de principal et presque le seul objet des études qui se font dans les écoles canoniques, soit parce que l'ignorance d'une longue suite de siècles a donné une espèce d'autorité à ce recueil, dans les choses néanmoins qui ne sont pas contraires aux maximes de ce royaume et aux libertés de l'église gallicane.

Mais, pour y bien entrer, et être en état d'en porter un jugement équitable, il faut en savoir l'histoire, qui contribue beaucoup à dopner une juste idée de son autorité.

Vous pourrez lire , pour cela , la dissertation de

M. Florent, savant professeur en droit, qui a pour litre ^ de origine et arte juris canonici\ les préfaces de la bibliothèque du droit canonique , de M. Justel, et les six premiers chapitres du troisième livre de M. de Marca , de concovdiâ sacerdotii et imperii. Vous pourrez parcourir aussi ce qui en est dit dans les prénotions canoniques de M. Doujat, et ([ui est encore plus accommodé à la méthode ordinaire des écoles. Il n*estpas inutile de lire aussi la même histoire dans plusieurs auteurs diiï'ércns, soit parce que chacun d'eux y joint des réflexions qui lui sont propres j soit parce que, comme cette science consiste uniquement en faits et en observations critiques , dont il faut que les principales demeurent toujours dans la mémoire , il est nécessaire de les lire et relire plus d'une foisj et vous le ferez plus agréablement en changeant d'auteur, et en renouvelant par là votre attention.

L'essentiel , pour vous rendre absolument maître de ces prénotions canoniques , sera d'en faire vous même un abrégé tiré de tous les auteurs que je viens de vous marquer , et je me garderai bien de vous donner le mien, mon cher fds , vous en savez la raison.

Quand vous vous serez ainsi pre'paré à l'étude du droit canonique , vous commencerez à y entrer par la lecture des paratitles , des décrétales du professeur dont vous prendrez les leçons , parce que c'est sur cela que vous serez examiné j mais vous y joindrez deux autres ouvrages pour vous instruire plus exactement des élémens du droit canonique.

Le premier , est le traité de Duaren , de sacris ecclesiœ ministeriis , qui est une esj)èce d'abrégé de ce droit , et dont la principale utiUlé sera de vous apprendre à bien parier latin dans cette jurisprudence , dont le style ordinaire est bien éloigné de la pureté et de la propreté de celui des jurisconsultes romains, et de plusieurs interprètes modernes.

Le second , est l'institution de M. l'abbé Flcury,

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au droit ecclésiastique. Quoique cet ouvrage ne soit pas aussi parfait qu'il pourroit l'eLre, il vous sera iie'ai) moins avantageux de le lire, parce que l'auteur a soin de rapporter le droit canonique romain à nos usages, et que les notions qu'il donne ont bien plus de rapport à la pureté des anciennes règles ecclésiastiques, que l&s autres institutions composées pour la plupart par des auteurs dont toute la science étoit renfermée dans le cercle étroit et dangereux du corps du droit canonique.

De toutes les institutions de ce genre, celles dont ou fait le plus de cas, et qui semblent avoir acquis une espèce d'autorité dans les écoles, sont celles de Lancelot; vous pouvez les parcourir, mon cher fdsj mais j'airnerois encore mieux que vous lussiez celles de M. Baudin , qui a pris tout ce qu'il y a de bon dans Lancelot, et qui y a joint une expression beaucoup plus pure et plus correcte.

En voilà plus qu'il n'en faut, mon cher fils , pour vous occuper sur l'une et sur l'autre jurisprudence, pendant le cours de votre première année académique : je compte même que ce que je viens de vous conseiller sur le droit canonique , vous conduira jusqu'au premier janvier de l'année 17 18, et je serai bien content , si vous n'y employez pas plus de temps.

Il ne me reste avant de passer à une autre matière, que de vous marquer comment vous pourrez coutcilier ces deux études , et les faire marcher presque de front.

Je vous ai déjà dit que je croyois que vous de»viez vous attacher uniquement au droit romain , jusqu'à la saint Jean de l'année prochaine; alors, comme j'espère que vous vous serez rendu maître des instituts de Justinien , et que vous n'aurez plus à lire que ce que je vous ai marqué à la suite de cette étude , qui ne doit pas vous occuper plus d'une heure, ou une heure et demie par jour, vous pourrez employer une heure et demie ou deux heures à la lecture du digit Ciinyiiique, et vous mettre en état

3o DEUXIEME INSTRUCTION.

(l'avoir achevé tout ce que je viens de vous propo*ser, dans les derniers six mois de l'année 17 17, pour vous disposer à subir le premier examen, et à soutenir votre première thèse, dans les deux premiers mois de l'année 17 18.

Il y a long-temps , mon cher fils , que je vous ai promis de vous parler de l'histoire, qui est le troisième objet de vos études présentes ; et je crains que si vous ne m'accusez pas d'être un débiteur de mauvaise foi, après un si long retardement , vous ne me regardiez du moins comme un débiteur peu solvable.

Vous ne vous tromperiez peut-être pas même dans ce jugement; car, comme il faut que vous profitiez de mes fautes , je ne rougirai point de vous avouer que je me suis toujours repenti de n'avoir pas étudié l'histoire avec autant de suite et d'exactitude que j'aurois du le faire. Je ne saurois même trouver une excuse sutfisanle dans les emplois pénibles et laborieux dont j'ai été chargé de bonne heure ; ils m'auroient laijssé encore assez de temps , si j'avois su le mettre à profit, pour acquérir une science dont on sent toujours de plus en plus l'utilité, à mesiiro (ju'on avance en âge et en connoissances. Mais, d'un côté, les charmes des belles-lettres , qui ont été poui' moi une espèce de débauche d'esprit ; et de l'autre, lo goût de la philosophie et des sciences de raisonnement, ont souvent usurpé chez moi une préférence injuste sur une élude qui, lorstju'elle est faite avec les réflexions nécessaires , joint à la douceur des belleslettres , l'utiiité de la philosopliie , je veux dire de la philosophie morale , la plus digne dej'hommc, et surtout de Thomme public.

ÉTUDE DE l'hKTOIRE. 3t

Evitez , mon cher fils , de tomber clans le même inconvénient; et fuyez , comme le chant des sirènes, les discours séducteurs de ces philosophes abstraits et souvent encore plus oisifs j qui, sensibles au bonheur de leur indépendance , et sourds à la voix de la société, vous diront que l'homme raisonnable ne doit s'occuper que du vrai considéré en lui-même, qui peut seul perfectionner notre intelligence, et qui suffit seul pour la remplir; que si nous vouions connoilre Thomme, c'est à la philosophie qu'il appartient de nous le montrer dans les idées primitives et originales dont l'histoire ne nous présente que des copies imparfaites et des portraits défigurés ; que nous n'y voyous que ce que les hommes ont fait, au lieu que l'étude de la philosophie nous découvre d'un coup-d'œil non-seulement tout ce qu'ils peuvent, mais tout ce qu'ils doivent faire; et qu'enfin il y a plus de vérité dans un seul principe de métaphysique ou de morale, bien médité et bien approfondi, que dans tous les livres historiques.

Tels furent à peu près les discours que me tint un jour le P. JMalebranche , lorsque , après avoir conçu quelque bonne opinion de moi , par les entretiens que j'avois souvent avec lui sur la métaphysique, il la perdit presqu'en un moment, à la vue d'un Thucidide qu^il trouva entre mes mains, non sans une espèce de scandale philosophique.

Mais , quoi qu'en puissent dire ou penser le P. Malebranche et ses semblables, outre les usages infinis que l'homme public sait tirer de l'histoire pour les lois, pour les mœurs, pour les exemples, je ne craindrai point de vous dire aujourd'hui , mon cher fils, bieil revenu des erreurs de ma jeunesse, que l'histoire est vraiment une seconde philosophie qui mérite mieux qu'Homère, l'éloge qu'Horace a donné À ce poète (i), c'est-à-dire,

Quœ quid sit pulchrum, quicl titrpe, quid utile, qiiid non, Pleniùs ac meliiis , Chrysipo et Crantore dicit.

(i) Epist., lib. \) ep. 2.

32 DEUXIÈME INSTRITCTION.

La métaphysique et la morale forment à la vérité les premiers traits , et elles posent les fondemens de la connoissance du cœur humain ; mais elles ne nous montrent au plus que les causes , au lieu que l'histoire nous découvre les effets ; et tel est le caractère de la plupart des hommes que , comme les exemples les alfectent davantage et font plus d'impression sur eux que les préceptes, ils connoissent aussi plus facilement les causes par les effets , que les effets par les causes.

Entre les causes mêmes , la métaphysique et la morale ne nous découvrent que les plus simples et les plus générales, c'est-à-dire, celles qui sont plus agréables dans la spéculation qu'utiles dans la pratique : il n'y a que l'histoire qui nous instruise des causes particulières, et qui nous développe les ressorts secrets et souvent imperceptibles qui remuent les volontés des hommes , et qui par là donnent la guerre , ou la paix forment ou rompent les engagemens qui lient les nations entr'elles , ébranlent ou affermissent les empires. C'est par cette connoissance que l'homme apprend véritablement à vivre avec les hommes ; il est né pour la société, et la connoissance de soi-même , qui ne lui suffit que dans la solitude^ doit emprunter le secours de la connoissance des autres hommes , pour se soutenir dans le tourbillon du monde et des affaires. Ainsi , l'utilité de l'histoire n'a plus besoin d'être prouvée que l'utilité de la connoissance des hommes, qui s'acquiert en grande partie par Tétude de ce qui est arrivé dans les différentes sociétés entre lesquelles la providence a partagé l'univers.

Sans cela la métaphysique, ou la morale purement philosophique, ne peuvent produire que de vertueux solitaires, ou des savans occupés à satisfaire leur curiosité , et inutiles à leur patrie ; ou des esprits spéculatifs qui, ne coimoissant que l'homme en général, et non pas l'homme en particulier, veulent gouverner le monde par intelligence plus que par expérience, et conduire les aflaires par des systèmes abstraits qui

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supposent les hommes tels qu'ils devroient être, plutôt que par des vérilcs pratiques qui les supposent teJs qu'ils sont.

De là vient que toutes les méditations du plus grand philosophe que la Grèce, ou plutôt que la nature ait produit avant la prédication de l'évangile, se sont terminées à enfanter une république dont l'idée, quoique sublime , a été justement regardée comme une belle spéculation; et de là vient aussi que le plus sage et le plus vertueux des Romains a mérité le reproche que Cicéron lui lait d'avoir voulu conduire les citoyens de Rome comuie s'il eût vécu dans la république de Platon , et non dans la lie de Romuius.

Ce n'est pas, après tout, que, déserteur et trans* fuge de la philosophie , je veuille vous en déi^oùter aujourd'lud pour vous livrer servilement à l'histoire.

Il faut rendre à la philosophie l'honneur qu'elle mérite , et la justice qui lui est due ; c'est elle qui prépare notre esprit aux autres connoissances , qui le dirige dans ses opérations, qui lui apprend à mettre toutes choses dans leur place , et qui lui donne nonseulement les principes généraux, mais l'art et la méth )(le de s'en servir et de faire usage de ceux mêmes qu'elle ne lui donne pas.

Vous avez donc très-bien fait , mon cher fils , de vous disposer à l'étude de l'histoire par celle de la philosophie. Vous y joignez à présent celle de la jurisprudence qui n'y est guère moins nécessaire; et, ce qui me l'ait beaucoup plus de plaisir, vous y serea encore mieux préparé par la connoissance de ia religion , dont je rends grâces a Dieu de vous voir instruit par principes.

La véritable nature de l'homme y est dévoilée biea plus clairement que dans la philosophie la plus sublime; nous y découvrons le principe de ce mélange et de cette contrariété étonnante de passions et de vertus , de bassesse et de grandeur , de foibiesse et de force,

D'/iguesseau. Tome Xf^, 3

de légèreté et de profondeur, d'irréligion et de superstition , de crimes atroces et d'actions héroïques, qu'on trouve partout clans l'histoire, et souvent dans le même homme ; en sorte qu'il y a eu peu de ceux mêmes qui y brillent avec le plus d'éclat, dont on ne puisse dire ce que Tite-Live a dit d'Annibal, ingénies animi virtutes ingeniia vida œquabant; et que rien n'est plus rare que les deux extrêmes opposés j c'est-à-dire la vertu sans vices et le vice sans vertus, ou, ce qui est presque la même chose, l'homme entièrement bon , et l'homme souverainement mauvais : principe fécond, dont un politique moderne s'est servi si utilement , pour expliquer la véritable cause d'une grande partie des événemens qui nous surprennent dans l'histoire.

Si nous sommes affligés d'y voir souvent la vertu méprisée et le vice honoré , la religion nous apprend à soutenir cette espèce de scandale sans en être troublés j elle nous montre une Providence toujours attentive et toujours juste , soit qu'elle ne semble occupée pour un temps, qu'à éprouver et à purifier la vertu , soit qu'elle fasse éclater enfin le châtiment du vice; exerçant successivement sa justice contre les nations , faisant servir la malice des hommes à l'accomplissement de ses desseins, et punissant les Assyriens par les Perses , les Perses par les Grecs , les Grecs par les Romains, les Romains par les Gots, les Huns et tontes les autres nations du Nord , qui ont enfin accablé cette grande monarchie à laquelle ses oracles et ses poètes avoient tant de fois promis une durée éternelle (i).

Je rcf,'arde donc l'étude de l'histoire comme l'étude de la providence , où l'on voit que Dieu se joue des sceptres et des couronnes, qu'il abbaisse l'un , qu'il élève l'autre, et qu'iltlent dans sa main , comme parle l'écriture , cette coupe mystérieuse , pleine du vin de

(i) Ilis ego nec mêlas rcnnn , nec tempora pono. Imperium sine fine dedi. Virg.

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sa fureur, dont il faut que tous les pécheurs de la terre boivent à leur tour (i).

Ouvrez les livres saints , mon cher fils , et surtout ceux des prophètes; cette providence cachée à présent sous le voile des événemens qui en sont comme le chifïre et le langage muet , y est clairement développée par la voix de Dieu mcme , expliquant aux hommes l'ordre, les motifs, le tissu et l'enchaînement des révolutions qu'il veut faire éclater sur la terre. Si Dieu ne parle pas toujours, il agit toujours en Dieu. Sa conduite peut être plus ou moins manifestée au dehors , mais au fond elle est toujours la même; elle se montre partout à quiconque a des yeux pour la reconnoître ; et comme la contemplation des choses naturelles nous élève par degrés jusqu'à la première cause physique qui influe en tout, et sans laquelle tous les autres êtres sont stériles et impuissans , ainsi , l'élude des événemens humains nous ramené à la première caufe morale de tout ce qui arrive parmi les hommes : ensorte que ceux qui ne trouvent pas Dieu dans l'histoire, et qui ne lisent pas sa grandeur , sa puissance , sa justice dans les caractères éclatans qu'elle en trace à des yeux éclairés , sont aussi inexcusables que ceux dont parle saint Paul, qui , à la vue de l'univers , de l'ordre , du concert et de la proportion de toutes ses parties j s'arrêtoient à la créature sans remonter au créateur.

C'est ainsi , mon cher fils , que l'étendue de l'histoire fondée sur les principes de la vraie philoso-phie , c'est-à-dire , de la religion , nourrit la vertu, élève l'homme au-dessus des choses de la terre , au-dessus de lui-même , lui inspire le mépris de la fortune , fortifie son courage , le rend capable des plus grandes résolutions , et le remplit enfin de cette

(i) Hune humiliât , et hune exaltât ; quia calix in manu DO'

mini vini meri plcnus mixto , et inclinavit ex hoc in hoc i

bibent onmes peccatores terrce. Ps. 74*

36 OEUXIÊME INSTRUCTION.

magnanimité solide et vérilable qui fait non-seulement le lîéros , mais le héros clnétien.

Je n'avois pas dessein de m'étendre si long-temps sur ces généralités j mais je vous parle de l'abondance du cœur, mon cher lils, et le cœur d'un père qui parle à un fils qu'il aime , ne connoît point de mesure. Je reviens maintenant de ces réflexions générales sur l'utilité de l'histoire, à ce que je dois vous dire sur la manière de l'étudier.

Je la réduis à six points :

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