‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. précédée d'une noticeChapitre 22 sur 67 · LUCRE.T · texte numérisé non relu

LUCRE.T

Sur les bords d'un fleuve limpide Un pauvre pêcheur arrêté , Après une course rapide , S'était assis un soir d'été.

En jetant sa ligne mobile

Sur ces rivages inconnus ,

Il contemplait l'onde tranquille

Qui venait baigner ses pieds nus.

KT1.JDES POÉTIQUES. 225

Une illusion insensible Charmant le pécheur attiré, Connue un rêve aimable et paisible S'empare de lui par degré.

Soudain de sa grotte azurée.

Belle, nue, et sans ornements, Une nymphe sort entourée De ses plus doux enchantements.

Riante, elle semblait lui dire :

« Viens, viens, infortuné pécheur; « 0 viens dans mon liquide empire .

« De mes flots goûter la fraîcheur !

Au sein de* ma grotte profonde « Tu trouveras la volupté Qu'offrent l<> délioea •!»■ l'onde /

Durant l<> chaleurs de l'été.

« La vierge modeste et timide ,

« Du Lion évitant l'ardeur,

« Se plonge en mon cristal humide ,

« Sous la garde de la pudeur.

« L'astre à la flamme étiucelante , « Lassé d'éclairer l'univers, « Au bout de sa course brûlante , 'c Aime à se baigner dans les mers.

« Et quand des souffles invisibles <t Enchantent l'ombre de la nuit , « De Phébé les rayons paisibles « Au sein des flots dorment sans bruit.

Elle dit : du vague prestige Il a senti les traits puissants :

Un mol et magique vertige Égare et trouble tous ses sen*.

A son erreur il s'abandonne ;

Et vaincu par ce fol amour,

Aux bras de la nymphe il se donne ,

Glisse , et disparaît sans retour.

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