‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. précédée d'une noticeChapitre 43 sur 67 · FONTANES · texte numérisé non relu

FONTANES

Enfin je te revois encore , Vaste Mer ! abîme azuré !

Toi , que depuis longtemps implore Mon vers par toi seule inspiré.

Oui , tes bruits seuls et leur magie Peuvent réveiller l'énergie Et la flamme de mes transports; Et ma lyre , longtemps muette , Ne répond aux vœux du poète Qu'en l'interrogeant sur tes bords.

Le Mont-Blanc, sur ses hautes cimes, A souvent arrêté mes yeux :

Combien me paraissent sublimes Ses trois sommets voisins des eieux !

J'aimais la terreur qui l'assiège, J'aimais la couronne de neige Qui de son front ceint la fierté ; Mais , à Mer terrible et sauvage , Combien me ravit davantage Ta menaçante immensité !

Redoutable Océan ! rends-moi tous tes rivages ! Livre à mes yeux tes flots-, empire des orages. Ton sein s'ouvre sans cesse à nos mille vaisseaux ; Mais nos flottes , s'armant d'une impuissante audace Comme un trait fugitif, sans y laisser de trace, Effleurent ton domaine et sillonnent tes eaux.

L'homme ne marche point dans tes routes humides ; Tes orageux sentiers et tes plaines liquides Ne souffrent pas longtemps ses pas injurieux : Rejeté loin de toi , ce despote éphémère , GmbÉB un flocon de neige 6a d'éeume légère, Du sein de l,i tempête est lancé dans les eieux.

Sur la terre, où l'homme respire, Il règne au moins par des débris ; Mais de ton indomptable empire Ses pas destructeurs sont proscrits.

S'il y veut marquer son passage, Tu te lèves , et le Naufrage Fait justice de son orgueil; Et , jouet de tes vagues sombres , Il descend dans leurs vastes ombres Sans épitaphe et sans cercueil.

Tes rivages sont des royaumes Où trône , autel , tout a changé ; Et de leurs peuples , vains fantômes !

Le sort dès longtemps t'a vengé.

Ils ne pèsent plus sur tes rives :

Tes vagues reposent oisives Aux bords où Sidon a régné ; Et de porter les vastes flottes Que guidaient ses hardis pilotes Ton orgueil n'est plus indigné.

Eh ! que sont aujourd'hui Rome , Athène et Carthage ? Saturne a , sous ses pieds , foulé leur héritage ,

Par vingt peuples divers tour à tour disputé : Toi , tu ne changes point ; et ton onde sauvage Toujours des mêmes flots vient ronger le rivage Qui voit la Servitude où fut la Liberté.

Ainsi que les États les monts mêmes s'affaissent :

Sous le sceptre des ans les Apennins s'abaissent.

Trente siècles , suivis de la Destruction ,

Onl imprimé leurs pas sur ces sommets arides ;

Mais le Temps sur ton front n'a point laissé de rides ,

Tu parais tel qu'au jour de la création.

0 Mer ! de la toute-puissance

Miroir immense et glorieux ,

Avec quelle magnificence

Ton azur reproduit les cieux !

Que tes espaces sont sublimes !

Du Très-Haut tes pompeux abîmes

Forment le trône solennel ;

Et le long assaut de tes ondes ,

Sans cesse ébranlant les deux mondes ,

Leur livre un combat éternel.

Nourris ma poétique ivresse ,

Océan ! que j'ai tant aimé !

Toi , que chérissait ma jeunesse ,

Riant, orageux ou calmé.

Puisse ta magique étendue

A jamais fixer sous ma vue

Tes .tableaux ou fiers ou touchants ;

Et que ta sauvage harmonie

Inspire longtemps mon génie,

Et préside à mes derniers chants !

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