‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. précédée d'une noticeChapitre 42 sur 67 · LE VOYAGEUR ÉGARÉ DANS LES NEIGES DU SAINT-BERNARD · texte numérisé non relu

LE VOYAGEUR ÉGARÉ DANS LES NEIGES DU SAINT-BERNARD

Vides ut alla stet nirr randirfum Soracte.

La neige au loin accumulée A torrents épaissis tombe du haut des airs,

El sans relâche amoncelée Couvre du Saint-Bernard les vieux sommets déserts.

Plus de route , tout est barrière.

L'ombre accourt; et déjà, pour la dernière fois,

Sur la âme inhospitalière, Dans les vents de la nuit l'aigle a jeté sa voix.

A ce cri d'effroyable augure , Le voyageur transi n'ose plus faire un pas ,

Mourant et vaincu de froidure, Au bord d'un précipice il attend le trépas.

Là , dans sa dernière pensée , 11 songe à son épouse , il songe à ses enfants :

Sur sa couche affreuse et glacée , Cette image a doublé l'horreur de ses tourments.

C'en est fait : son heure dernière Se mesure pour lui dans ces terribles lieux

Et chargeant sa froide paupière , Un funeste sommeil déjà cherche ses yeux.

Soudain , ô surprise , ô merveille !

D'une cloche il a cru reconnaître le bruit ;

Le bruit augmente à son oreille ; Une clarté subite a brillé dans la nuit.

Tandis qu'avec peine il écoute, A travers la tempête un autre bruit s'entend :

Un chien jappe, et s'ouvrant la route, Suivi d'un solitaire approche au même instant.

Le chien , en aboyant de joie , Frappe du voyageur les regards éperdus :

La mort laisse échapper sa proie , Et la Charité compte un miracle de plus.

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