LA CHUTE DU CHÊNE
Concidit,ut quondam cava concidit, aut Erymantho, Aut IdA in magriâ, radicibus eruta pinus.
(VlRO.)
Le voilà donc déraciné Ce Chêne au front immense , au tronc vaste et robuste ; Ce chêne , dont le Temps , à détruire obstiné ,
Respectait la vieillesse auguste!
Le sol a gémi sous son poids :
Il a de sa ruine étonné les campagnes ; Et !<• bruit « sa chute, en traversant les bois
A frappé l'écho des montagnes.
Dans ses rameaux l'Aigle arrêté N'assoira plus son nid sur sa cime hautaine; De loin, au voyageur, le vieux pâtre attristé
Ne montrera plus le grand Chêne.
Souvent, de sa fraîche épaisseur, , 11 couvrit le troupeau rassemblé sous ses ombres ; Souvent il protégea la halte du chasseur,
Abrité par ses rameaux sombres.
Majestueux sur le vallon , Il déployait au loin son opulent ombrage; Des Autans, de la Foudre et du noir Aquilon
Trois cents ans il brava l'outrage.
La cognée eût craint de toucher A ses pompeux rameaux , à ses fortes racines ; Le fer du bûcheron, n'osant en approcher,
S'éloignait du Roi des collines.
Mais l'Ouragan s'est élancé :
Vaincu par les assauts de l'horrible tempête, Le Chêne , sur la terre , à grand bruit renversé ,
A vu tomber sa noble tête.