‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. précédée d'une noticeChapitre 62 sur 67 · LE DONJON DE VIRE · texte numérisé non relu

LE DONJON DE VIRE

POÈME

La Méditation m l'ini tux ri.'iu débrà

Vieux Donjon! dont les murs, croulant de tontes paris. Attristent i la fois et charment mes regards, -iii'.i M>n> l'abri de tea hautes ruines! C.Hinl)ii'ii j'aime i Fouler le roc d'où ta domines

Ces coteaux , et ces prés , et ce riant vallon , Et ces rochers toujours battus de l'aquilon , Et le torrent , dont l'onde , à grand bruit divisée ; Court , sans cesse écumante et sans cesse brisée.

Souvent je viens chercher ces lieux que je chéris, Je ne sais quel attrait m'attache aux vieux débris. J'aime les troncs rompus des chênes centenaires, Les antiques tombeaux aux urnes cinéraires , La colonne en ruine , et les palais déserts , Dont l'arbuste a percé les frontons entr'ouverts. La Méditation , amante du silence , Ici , prête à mes vers son austère influence : Ces tours debout encor, bien que noires du temps , Ces créneaux, mutilés par l'Age et les Autans, Que la mousse a jaunis , et que verdit le lierre ; Ces angles, cette étroite et longue meurtrière, D'où le tube d'airain , arbitre des combats , Du sein de mille éclairs vomissait le trépas; Ces hauts murs escarpés, jadis teints de carnage, Où la ronce serpente, où l'églantier sauvage Vacille au gré des vents , et prête à ses débris Le jeune et frais éclat de ses bouquets fleuris , Tout m'invite à rêver, m'émeut et m'intéresse. En contemplant ces fleurs , dont Terrante souplesse Monte, en festons légers, au front des vieux créneaux , Je crois voir des enfants courir sur des tombeaux.

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Ces contrastes frappants de vie et de ruines , Ces plantes dans les murs enfonçant leurs racines, Tout dit que des mortels les travaux inconstants Succombent, commeeux-mème,aux longsefforts du temps; Mais tout répète aussi, qu'agent infatigable, La puissante Nature , immense , inépuisable , Répare promptemeut ce qu'elle a dévasté, Et partout à la mort joint la fécondité.

Combien de souvenirs recueillis par l'histoire, Ici, viennent en foule éveiller ma mémoire! C'est là que Duguesclin , honneur du nom français, Signala sa valeur par d'éclatants succès; C'est de là qu'en hiver, au sein d'une nuit sombre , Il partit, protégé par l'épaisseur de l'ombre, Et de vingt chevaliers seulement escorté, Jusqu'aux bords de la mer rapidement porté , Vint fondre sur l'Anglais, dont les fières cohortes Campaient devant Avranche et menaçaient ses portes. Là, Guesclin triompha dans un combat sanglant, 11 rendit l'épouvante au Léopard tremblant ; Et, d'Albion domptant les fureurs étouffées , Refiai à ce donjon arborer m ■«. trophées.

Mais tout change; et ces murs, ces tours H < cxiriuMiis, De carnage et de sang rougis dans trente assauts, lit m murs qui, dans les jours de nos guerres civiles,

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Qui même, en ses revers, au fier Montgommery, Offrirent de leurs tours l'inexpugnable abri , Changés, par nos aïeux , en un vaste Calvaire , A la Divinité servaient de sanctuaire.

La Croix majestueuse et les bustes pieux Décoraient cette enceinte et consacraient ces lieux : Des hymnes solennels , de sublimes cantiques, Frappant le sombre écho de ces créneaux antiques, S'élevaient vers le Ciel dans un pieux transport , Et remplaçaient les cris de carnage et de mort. La julienne au front blanc , les rouges giroflées , Ainsi qu'un encens pur dans les airs exhalées, Devant l'auguste Croix balançant leurs couleurs , Embaumaient le saint lieu du doux esprit des fleurs Et le buis , des hivers éternelle parure , Jetait sur les sentiers ses festons de verdure. Quand la Religion , dans des jours consacrés, Appelle au repentir ses enfants égarés, L'humble Recueillement , la Pénitence austère , Ici, priaient aux lieux témoins du grand mystère; Et, du rachat céleste invoquant tous les droits, De la station sainte accomplissaient les lois.

Mais quand, de feux ardents la tête environnée , Juin s'emparait , aux cieux, du trône de l'année, Par de pieuses mains, en ces lieux préparé, S'élevait pour le Christ un reposoir sacré.

0 jour religieux ! dès que brillait l'aurore.

Du haut des vieilles tours l'airain grave et sonore ,

Ébranlé pesamment, annonçait dans les airs

La fête consacrée au Roi de l'univers.

Bientôt, des parvis saints, à flots nombreux sortie,

La foule accompagnait l'auguste Eucharistie

Qu'un prêtre recueilli, sous le dais opulent,

Portait, les yeux baissés, et d'un pas grave et lent.

Des nuages de fleurs s'élevaient devant elle :

Les Lévites guidaient la pompe solennelle;

Et les uns entonnant des chants majestueux ,

Les autres balançant l'urne où brûlaient les feux ,

Tous s'avançaient ainsi vers la ruine sainte ;

Et le Fils du Très-Haut , franchissant cette enceinte. ,

Au milieu des parfums qu'exhalait l'encensoir,

San était , triomphant , au pieux reposoir.

0 touchants souvenirs ! saintes cérémonies !

De quels ravissements vos pompes infinies

Me remplissaient aux jours de mon heureux printemps !

Mais, o jours trop féconds en malheurs éclatants!

Où, grosse de fureurs, l'effroyable tempête

Des peuples consternés battit dix ans la tête,

Et frappant à la fois l'État, le trône et Dieu ,

Parmi tous les fléaux, vint fondre sur ce lieu.

Alors tout fut détruit. Le veut de la colère

Ravagea . <lau> MM roi, l« honneurs du Calvaire.

Ils ne sont plus ces Saints , à l'œil calme et pieux Dont les bustes peuplaient ces murs religieux! La Croix est abattue ; et des bustes célestes Le pied de l'incrédule a dispersé les restes. La fervente Prière en ces lieux a cessé , Et le nom du Très-Haut d'ici fut effacé. Le Calvaire est désert ; et l'antique ruine N'offre plus maintenant à l'œil qui l'examine Qu'une sauvage empreinte, un sceau de vétusté Qui conserve à ces lieux un air de majesté.

Aussi , quoique désert , bien souvent le poète Revient , ô vieux Donjon ! épris de ta retraite , Quand le Soleil du soir enflamme tes créneaux , Sur ta ruine assis , rêver au bruit des eaux ; Et cherche encor, autour de tes murs poétiques , Les inspirations dos souvenirs antiques.

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