A KLOPSTOCK
luwiili'. lu vivrai.
Tel, lorsque du Chaos brisant la nuit profonde Le Soleil, tout armé, s'elanea dans les airs, Des flots de sa lumière il inonda le monde, Et, vainqueur, lit pâlir tous les astres dneis;
Ainsi , ira MM BMOr rapide ,
In génie ardent , intrépide,
Éclaire l'univers par ses nobles travaux;
Et, sous l'éclat de feux dont brille sa pensée Bientôt disparaît* éclipsée La splendeur de tous ses rivaux.
Mais quel mortel, des Arts pénétrant les mystères, Pourra s'ouvrir la route au trône des talents, Et rendant de son nom les Siècles tributaires , Sillonner l'Avenir de feux étincelants ?
Quel est l'homme dont le génie,
En secouant la tyrannie , Qui voudrait enchaîner son vol audacieux , Saura, toujours hardi, toujours loin de la terre,
Planer sur l'aile du Tonnerre ,
Et se reposer dans les Cieux*?
Auteur, qui que tu sois, dans ton élan rapide , Brûles-tu de voler à l'immortalité ?
Fuis la froide Raison, prends l'Audace pour guide ; Trace, à pas de géant, un cercle illimité.
Découvre des routes nouvelles :
Des Cieux les plaines éternelles Offrent à ton essor leurs déserts éclatants ; Là, dans le feu sacré du transport qui t'anime ,
Fonde un édifice sublime Qui fatigue la faux du Temps.
Si, pour favoriser l'Alcoran qu'il prépare , Sous le sanglant abri de ses noirs étendards , Un nouveaux Mahomet veut, de sa main barbare, Porter encor le feu dans l'empire des Arts :
Que ton monument littéraire,
Bravant la torche incendiaire, A son crime inutile insulte avec fierté ; Que de mille débris le spectacle terrible
De cette masse incombustible
Rehausse encor la majesté.
S'il était un mortel dont le sublime ouvrage, Profondément » iiipmut du sceau de la grandeur, De la destruction bravât arnsi l'outrage, Et du génie entier dévoilât la splendeur :
Ah ! j'en jure Homère et Virgile !
Mon art ne serait point stérile , Par quelque chant hardi je voudrais m'houorcr ; A < i rival sacré des poètes antiques,
Je vouerais les nobles étatique!
Que ses \er> lauraieal n'inspirer.
C'est ainsi que mon âme, au gré de son caprice , D'une brillante erreur goûtait la volupté, Sans prévoir qu'une main , à mes désirs propice , Viendrait m'offrir l'attrait de la réalité.
Un matin, ô rare merveille !
Une vive clarté m'éveille ; Les airs sont embellis d'un éclat radieux : Un Ange aux ailes d'or, à l'attitude fière ,
Nageant dans des flots de lumière ,
Soudain se présente à mes yeux.
Tes vœux seront remplis : tes paupières débiles Vont du génie enfin contempler la hauteur : Vois ces fastes pompeux, en grands tableaux fertiles, Où Dieu même a versé son souffle créateur.
h Une scène neuve , imposante ,
« A tes yeux ici se présente ; Déroule avec transport ce volume éclatant. Si tu veux agrandir ton âme rétrécie,
« Prends , lis , admire le Messie ! »
Il dit, et s'envole à l'instant.
J'ouvre; et d'un œil brûlant je dévore ces fastes : Dieu ! quel burin profond et quel riant pinceau )
Quel ensemble pompeux ! quels groupes ! quels eontrasles Se pressent pour former cet immortel tableau !
Là, le Ciel déploie à la vue (1),
Autour de sa ricbe étendue, Des rideaux de lumière et de globes vermeils ; Ici , se prolongeant dans un espace immense ,
S'ouvrent avec magnificence
Des chemins bordés de Soleils.
[baissent (2) ?
Mais dans quels noirs cachots mes yeux tremblants s'a- Une éternelle horreur assiège les Enfers ; Les fleuves de la mort dans leurs gouffres s'affaissent, Et les monts sulfureux vomissent leurs éclairs.
Dans ce séjour des longs supplices ,
Sur leurs ailes dévastatrices S'agitent les Terreurs du Monarque des cieux ; Deux Chérubins , couverts d'une armure guerrière,
Veillent à la sombre frontière
De et! ép<>u\antables lieux.
Quel Ange a détaché cette planète obscure (3), Et de sa lourde masse a voilé le Soleil ?
i Cfcuri i
i C.hui.l I.
Une effroyable nuit s'abaisse la Nature
Repose dans le sein d'un lugubre sommeil.
Le Fils du Dieu vivant succombe :
Terre, engloutis-moi dans la tombe !
Jéhova ! comment fuir ton coup d'œil irrité ? Que dis-je? Cette mort, «en miracles féconde,
Enfante le salut du monde
Et l'orgueil de l'humanité.
Qu'annonce à l'univers ce bienfaisant orage (1) ? Le Fils de l'Éternel s'élance du trépas : L'éclat premier d'un Dieu, renaît sur son visage, Des prodiges sans nombre attestent tous ses pas.
A son peuple, ici, sa présence
Porte la joie et l'espérance ; Là, couvert de sa gloire, il descend aux Enfers; Ici, tandis qu'il parle aux Disciples fidèles,
Un doux nuage , sur ses ailes ,
Le soulève au milieu des airs.
Il vole dans l'espace où les mondes se pressent (2) Un Ange ouvre la marche avec sa harpe d'or.
(1) Chants 13 et 14.
(2) Chant 20.
Les nouveaux immortels autour de Dieu s'empressent ; En versant les bienfaits il poursuit son essor.
Voyez les Planètes rivales ,
Jetant des palmes triomphales, Applaudir à l'éclat de ce jour solennel. 11 s'avance ; et parmi les hymnes du cortège
Que sa divinité protège
S'assied au trône paternel.
Vieux et sublime Homère, astre de tous les âges ! Harmonieux Virgile, orgueil du nom romain ! Kt vous, Tasse et Milton ! leurs vivantes images, Les Ans vous courberont sous leur sceptre d'airain.
Les soins laborieux du sage
Ne pourront sauver du ravage Vos chants X)ù la grandeur brille en traits éclatants. Un jour, hélas ! un jour l'ignorance et les crimes
Plongeront vos fastes sublimes
Dans les gouffres muets du Temps !
Mais le Temps, ô Klopstock ! sur tes pages divines , N'osera déployer son bras dévastateur.
Dans ce dernier jour même où le .monde en ruines Vina planer sur lui l'Ange exterminateur,
Urim (1), sur ses ailes dorées,
Doit, vers les voûtes azurées, Porter tes vers, ravis au trépas envieux ; Là, chantés dans le sein des sacrés édifices,
Ils feront encor les délices
Des Chœurs innombrables des Cieux.
(1) L'Ange auquel, suivant Klopstock. est confiée la garde de la terre.