‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 2)Chapitre 106 sur 164 · Livre quatriesme · texte numérisé non relu

Livre quatriesme

Qui a le front de palme couronné, Qui ja les Turcs menace de la guerre, Sera Clovis, lequel ira conquerre Hierusalem et les sceptres voisins D'Egypte jointe aux peuples sarrazins.

[Outre la mer, bien loing de sa patrie, Tiendra des Juifs l'heureuse seigneurie, Et son ost brave et luy brave à la main Boiront sept ans les ondes du Jourdain.] Puis, retourné victorieux en France, De ses enfans punira l'arrogance.

Qui , *par flateurs , par jeunes gens deceus , Vers celle ingrats (|ui les avoit conceus, De tout honneur dégraderont leur mère, Et donneront la bataille à leur père.

« Leur mère, adonc, ah! mère sans merci, Fera bouillir leurs jambes, et ainsi Tous mehaignez les doit jetter en Seine. Sans guide iront oili le fleuve les meine A l'abandon des vagues et des vens; Grave supplice ! afin que les enfans Par tel exemple apprennent à ne faire Chose qui soit à leurs parens contraire. Bien que ce roy soit magnanime et fort. Soit aumosnier, des pauvres le support, Pourtant son ame, aux vices inclinée, De trop de vin se verra dominée.

L'amour, la gueule et les plaisirs qui font Rougir de honte un prince , le feront Esclave roy de vilaine luxure.

Trompant son nom, soy-mesme et sa nature.

«Vois-tu ceux-cy qui abaissent les yeux, Honteux de voir la lumière des cieux , Qui ne devroient au monde jamais naistre, Ny moins avoir Hector pour leur ancestre .'' Clotaire est l'un, et l'autre Childeri, Theodoric l'autre , en délices nourri, Trois fai-neants , grosses m.asses de terre , Ronsard. — III. lé

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Ny bons en paix, ny bons en temps de guerre, La maudisson du peuple despité.

« L'un, pour souiller son corps d'oisiveté, Pour n'aller point au conseil ny pour faire Chose qui soit au prince nécessaire, Pour ne donner audience à chacun, Pour n'avoir soin de soy ny du commun, Pour ne voir point ny palais ny justices, Mais pour rouiller sa vie entre les vices, Traistre à son peuple et à soy desloyal, Sans plus monter en son throne royal , Ains le Iraudant de son naturel guide, A Ebrouin en laschera la bride , Et le fera , soit en guerre ou en paix , Chef du conseil et maire du palais.

« Cet Ebrouin aura soin des batailles.

De la finance, et d'augmenter les tailles, Et de respondre à tous ambassadeurs; Et son estât aura tant de grandeurs, Comme chargé d'une peine honorable, Qu'il deviendra si craint et redoutable (En ce pendant que les rois amusez A bouiïonner, aux femmes abusez , Sans nul conseil, trahis de leur plaisance, Sont rois de nom, Ebrouin de puissance) Qu'en peu de jours ces maires, approuvez De tout le peuple, aux honneurs élevez, Puissans de faits, de parole et d'audace. Des premiers rois aboliront la race, Et se feront, d'autorité pourveus, Eux-mesmes rois , leurs fils et leurs neveux. Pource, Troyen, ne commets telle faute; N'élève point en dignité trop haute Quelque vassal ; ton dommage en dépend. Quand un roy faut, trop tard il s'en repent. L'autre second , de luxure tout palle , Perdra long temps sa dignité royale, Et sans égard à son sang descendu

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