Livre qjjatriesme
N'opposera ay lance ny escu,
Qu'il ne soit pris, oufuitif, ou vaincu.
« Voy quels lauriers , marques de sa conqueste , Vont plis sur plis environnant sa teste! Voy son maintien , combien il est gaillard, Et de quels yeux il enfonce un regard ! Il occira par bataille cruelle Des forts Saxons la nation rebelle; Ceux de Bavière à mort desconfira ; Les Allemans tributaires fera Jusqu'au Danube , et la terre frizonne Rendra, vainqueur, servile à sa couronne ; Prendra d'assaut, invaincu chevalier, Nismes, Marseille, Arles et Montpellier, Beziers , Narbonne , et toute la Provence Fera servile à son obéissance; Prendra Bordeaux et Blaye , et tous les forts Que la Gironde arrouse de ses bords.
« Voi-cy comme Eude , Empereur d'Aquitaine, Les Sarrazins , peuple innombrable, ameine Contre Martel , à la guerre conduits Par Abdirame , antique sang des Juifs , Qui d'Abraham et de Sara, sa femme.
Se vantera. Ce cruel .\bdirame, Cruel de mœurs, de visage et de cœur {a) , Des puissans dieux et des hommes mocqueur, Tout acharné de meurdre et de furie , Enflé d'orgueil , enflé de vanterie , Doit amasser les siens de toutes pars.
Femmes , enfans , vieux et jeunes soudars, Valets , bouviers , marchans, afin que l'onde D'un si grand ost effroyast tout le monde.
a. Var. :
Cruel de port, de moastaclu et de cœur.
248 La Franciade.
« Ces Sarrazins, au travail obstinez , Outre-passans les cloistres-Pyrenez, Et file à file espuisans toute Espagne, Se planteront au pied de la campagne Avec çrands cris , tels que les grues font Quand queue à queue en ordre s'en revont, Hautes aux vents, et , dehachant les nues, Vont reloger en leurs terres cognues , Fuyant l'hyver; un cry trenchant et haut Se fait en l'air, tout le Ciel en tressant.
« La mer ne pousse aux rives tant d'areines, De tant de feux les voûtes ne sont pleines Au ciel la nuict, que de peuples pressez Dessous ceroy se verront amassez.
Ils tariront le coulant des fontaines , Dessous leurs pieds feront trembler les plaines , Grands comme pins en hauteur élevez; Prendront Bordeaux et les peuples lavez Dé la Gironde , et d'ardeur violante Viendront puiser les eaux de la Charante , Ne pardonnans à temples ny moutiers.
D'avares mains saccageront Poictiers, Razans chasteaux et villes enfermées , Et prés de Tours camperont leurs armées.
« Là l'invincible, indontable Martel, Ne s'estonnant de voir un nombre tel , Mais d'autant plus ayant l'ame eschaufée Qu'il verra grand le gain de son trofée , Chaud de louange , au péril hazardeux.
Ira planter son camp au devant d'eux, Les menaçant ; la déesse Bellonne Courra devant, et Mars , qui aiguillonne Le cœur des rois , pour sauver de meschef Ce vaillant duc , luy pendra sur le chef.
« Ce jour Martel aura tant de courage, Qu'apparoissant en hauteur d'avantage Que de coustume, on dira qu'un grand dieu ,.