‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 2)Chapitre 110 sur 164 · Livre qjjatriesme · texte numérisé non relu

Livre qjjatriesme

Vestant son corps, aura choisy son lieu {a).

ce Luy, tout horrible en armes flamboyantes, Meslant le fifre aux trompettes bruyantes, Et de tambours rompant le Ciel voisin , Eveillera le peuple sarrazin , Qui l'air d'autour emplira de hurlées.

Ainsi qu'on voit les torrents aux valées Du haut des monts descendre d'un grand bruit , En escumant ; la ravine se suit A gros bouillons, et, maistrisant la plaine, Caste des bœufs et des bouviers la peine; Ainsi courra, de la fureur guidé, Avec grand bruit ce peuple desbridé.

« Or comme on voit alors qu'une tempeste D'un grand rocher vient arracher la teste , Puis, la poussant et lui pressant le pas, La fait rouler du haut iusques à bas; Tour dessus tour, bona dessus bond se roule Ce gros morceau qui rompt, fracasse et foule Les bois tronquez , et d'un bruit violant, Sans résistance , à val se va boulant.

Mais quand sa cheute en tournant est roulée Jusqu'au profond de la creuse valée, S'arreste coy; bondissant il ne peut Courir plus outre , et d'autant plus qu'il veut

a. Var. :

on le dira vesîa D'un corps divin renforcé de vertu.

Les éditions posthumes donnent ensuite ces quatre vers :

Le sacre fait, l'hostie estant rompue Et départie à la troupe repue Du vra-j sainctpain, chacun, armé de Dieu, S'arme de fer et s'arrange en son lieu.

2^0 La Franciade.

Rompre le bord , et plus il se courrousse, Plus le rempart le chasse et le repousse. Ainsi leur camp en bandes divisé, Ayant trouvé le peuple baptisé (Bien qu'acharné de meurdre et de tu'rie), Sera contraint d'arrester sa furie.

« Chacun de rang en son ordre se met , Le pied le pied, l'armet touche l'armet, La main la main et la lance la lance , Contre un cheval l'autre cheval s'eslance, Et le piéton l'autre piéton assaut.

Icy l'adresse, icy la force vaut, Sort et vertu pesle-mesle s'assemblent; Dessous les coups les armeures qui tremblent Font un grand son. Victoire, qui pendoit Douteuse au Ciel, les combats regardoit.

« Au mois d'esté , quand la pauvre famille Du laboureur tient en main la faucille Et, se courbant, abat de son seigneur Les espics meurs, des campagnes l'honneur, Tant de moisson, tant de blonde javelle L'une sur l'autre espais ne s'amoncelle. De tous costez esparse sur les champs, Que de corps morts par les glaives tranchans Seront meurdris de la gent sarrazine. En moins d'un jour, hostes de Proserpine , Iront là bas trois cens mille tuez, L'un dessus l'autre en carnage ruez.

« Mille ans après, les tourangelles plaines Seront de morts et de meurdres si pleines {a), D'oz, de harnois , de vuides morions, Que les bouviers, en traçant leurs sillons,

a. Var. :

Seront encor de carcasses si pleines.

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