‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 2)Chapitre 118 sur 164 · AUX VERS PRECEDENTS · texte numérisé non relu

AUX VERS PRECEDENTS

Si chasteaux, si citez de marbres estofées , Si empires, si rois, si superbes trofées Vieillissent, je puis bien, en imitant le cours De nature, decroistre , et voir vieillir mes jours. y Je vous passe, mon Roy, de vingt et deux années; Mais les vostres seront si soudain retournées , Qu'au prix du long séjour que fait l'éternité, Qui les siècles dévore en son infinité, Vingt, trente, quarante ans accomparés, ressemblent Un grain prés d'un monceau où tant de grains s'assemblent; Et qui meurt ce jourd'huy , soit riche ou souffreteux, Quant à l'éternité, meurt à l'égal de ceux Qu'engloutit le Déluge en l'eau démesurée.

Tout terme qui finit n'a pas longue durée. Et soit tost ou soit tard il faut voir le trespas , Et descendre au parquet des ju^es de là-bas. ^ Heureux, trois fois heureux, si vous aviez mon âge! Vous seriez délivré de l'importune rage Des chaudes passions , dont l'homme ne vit franc Quand son gaillard printemps luy eschauffe le sang.

De là l'ambition, de là la convoitise.

De là vient la chaleur que Venus nous attise, Et l'ire qui abbat le fort de la raison , Ennemis incognus du bon père grison.

fs Vous verriez, mon grand Prince, en barbe vénérable, Vostre race royale autour de vostre table, Comme jeunes lauriers; et. monarque puissant, Vous verriez dessous vous le peuple obéissant, Vostre espargne fournie . et vos villes françoises, Terres, havres et ports, loin de civiles noises; Riche d'honneur, de paix et de biens plantureux. Et. vieillard, vous seriez plus qu'en jeunesse heureux.

Il ne faut estimer que la mère Nature Les saisons des humains ordonne à l'avanture , Comme un meschant comique en son théâtre fait Le premier acte bon. le dernier imparfait; Elle compose tout d'une meure sagesse ;

i6o Responce.

Si la jeunesse est bonne, aussi est la vieillesse.

La jeunesse est gaillarde et discourt librement , Vieillesse a la raison, l'esprit, le jugement; L'une a l'opinion et l'autre la prudence ; L'une aime oiseaux et chiens, amour, chevaux et dance ; L'autre aime le bon vin, le bon lict , le bon feu. Ainsi toute saison diffère de bien peu , Et presque l'une à l'autre à l'égal se rapporte ; Chacune a son plaisir, mais de diverse sorte.

Pourquoy en vous moquant me faictes-vous ce tort De m'appeler voisin des ombres de la mort {a) , Et de me peindre aux yeux une fin si prochaine , Quand de mon chaud esté je ne sors qu'à grand peine , Je n'entre qu'en autonne , et ne puis arriver De quinze ou de seize ans aux jours de mon hyver , Et vous puis (si le ciel à ma vie est propice) Faire encore long temps agréable service ? ^ Et quand le corps seroit de trop d'âge donté , L'âge ne peut forcer la bonne volonté.

De force et de vigueur mal-gré moy je vous cède ; Vous possédez la fleur, l'escorce je possède; Et je vous cède encore en généreux esprit, Qui m'appelle au combat par un royal escrit.

Et bref; s'il vous plaisoit un peu prendre la peine De courtiser la Muse , et boire en la fontaine Fille de ce cheval qui fist sourcer le mont, Tout seul vous raviriez les lauriers de mon front (&), Un second roy François (i): de là viendroit ma gloire : Estre vaincu d'un roi, c'est gaigner la victoire.

a. Var. (1587):

De m'appelUr squelcte et l'ame de la mort.

b. Var. :

Qui baigne d'Helicon les vergers et le mont, Tout seul vous porteriez les lauriers sur le front. I . Il le compare à François I<^r.

Autres vers du roy Charles IX. 261 AUTRES VERS DU ROY CHARLES IX

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