A RONSARD (O
Ton esprit est, Ronsard, plus gaillard que le mien; Maismoncorpsestplusjeuneetplusfortqueletien; Par ainsy je conclu qu'en sçavoir tu me passe D'autant que mon printemps tes cheveux gris efface.
L'art de faire des vers, deust on s'en indigner, Doit estre à plus haut prix que celuy de régner. Tous deux également nous portons des couronnes; Mais, roy, je la reçus ; poète , tu la donnes. Ton esprit, enflammé d'une céleste ardeur, Esclatte par soy-mesme, et moy par ma grandeur. Si du costé des Dieux je cherche l'advantage , Ronsard est leur mignon et je suis leur image. Ta lyre, qui ravit par de si doux accords , Te soumet les esprits dont je n'ay que les corps ; Elle t'en rend le maistre, et te fait introduire' Oîi le plus fier tyran n'a jamais eu d'empire ; Elle amollit les cœurs et soumet la beauté : Je puis donner la mort, toi l'immortalité.
I. J'ai pris ces vers dans les Poètes français depuis le douzième siècle jusqu'à Malherbe 'Paris, Crapelet, 1824, 6 vol. in-8]. L'abbé Goujet , dans sa Bibliothèque françoise (art. Ronsard), en cite une partie. Ils ont été envoyés à l'impératrice de Russie Catherine II par M. de Meilhan, qui les avoit probablement retrouvés le premier.
Charles IX n'avoit, dit-on, que quatorze ans quand il composa les deux pièces précédentes. Celle-ci vaut beaucoup miejx; elle est même si belle que je crains qu'elle ne soit apocryphe. On remarquera qu'elle commence par un quatrain qui termine les vers de la page 2j8. P. B.
LE
BOCAGE ROYAL